‹ Astronomie théorique et pratiqueChapitre 2 sur 437 · LE · texte numérisé non relu

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Que l’Astronomie de position soit presque sans application, que son utilité décroisse de jour en jour, n'est que trop facile à prouver. Je ne prendrais même pas cette peine légère pour l'Astronomie physique, tant la chose est évidente : la constitution du Soleil ou des étoiles est de pure curiosité. |

L'Astronomie de position n’a jamais eu que trois fins pratiques : déterminer l'heure de temps moyen, établir un calendrier raisonnable, mesurer les latitudes et longitudes géographiques.

De ces trois fins, deux sont réalisées par des considérations très élémentaires, à une approximatiou plus que suffisante. A preuve que notre calendrier date de 1582, pour ne pas dire de 44 avant J.-C. ; à preuve que voici deux siècles et demi que le tempsmoyenest d'usage courant, sinon dans la vie civile, du moins dans les observatoires, avec des constantes numériques et des procédés de détermination identiques à ceux qu'on utilise aujourd'hui.

Reste la troisième ‘fin. De ‘tous temps les latitudes géographiques ont

ET PR En

nr: | DE LA MANIÈRE D'ENSEIGNER &

été bien connues. Quant aux longitudes, leur mesure a présenté d'abord de grandes difficultés. Toujours est-il qu'aujourd'hui, avec les chrono-

mètres que nous possédons, avec la télégraphie sans fil, la question est entièrement renouvelée. Les connaissances nécessaires à la mesure des

Jongitudes sont très élémentaires, pour une précision largement suffi-

sante. L'Extrait de la Connaissance des Temps à l'usage des marins et des explorateurs n'est qu'une humble plaquette qu'on réduirait sans inconvénient au quart de son volume. On n'utilise que les tables du Soleil, les digressions de la polaire, les positions des étoiles fondamentales et les tables « diverses ». Personne ne songerait à se servir des planètes ou de la Lune, ce qu'avoue la Connaissance des Temps ellemême. s

Vous ne raccrocherez donc pas les étudiants en leur racontant que

l'Astronomie sert. à quelque chose : ils s'apercevront qu'on se paie leur tête. Leur temps est trop précieux pour user une année, voire un semestre, à l'acquisition de connaissances qui ne leur serviront à rien

ou qu’au besoin ils mettront huit jours à se procurer.

J'excepte les futurs astronomes. Mais à ce qui sort de nos observatoires, on finira par trouver les dépenses disproportionnées aux résultats : il est stupide de nourrir un bataillon mâle et femelle pour la besogne de manœuvre qui consiste à photographier le ciel par tranches ou à déterminer successivement les spectres des trois millions d'étoiles visibles, alors que.les enseignements fondamentaux sont dans la purée.

Pour recruter vos étudiants, vous donnerez donc le certificat d’Astro-

nomie APPROFONDIE à de braves garçons, à de gentes GemDSClesS Inca=

pables d’une règle de trois.

Un professeur d'Astronomie me confiait qu'à la fin de l'année, c'est au plus si son auditoire ne confondait pas les ascensions droites et les déclinaisons, ce qui n'empêche pas de le recevoir avec mosen « dans l'intérêt pécuniaire de la Faculté ».

Avec l'enseignement actuel de l’Astronomie, on n'a pas d'élèves’ ou bien on vend le certificat. Il est cependant possible d’intéresser les étudiants qui consentent à user un semestre à cette étude, mais qui de ce sacrifice veulent tirer (outre un diplôme) à un AMUSEMENT et un profit intellectuel incontestable.

Pour éviter toute contestation j'accorde que les Traités d'Astronomie

français sont admirables, éfant donné le but que les auteurs se proposent

d'atteindre.

Mais ils ne visent pas le même but que moi.

Je crois être juste en posant que ces ouvrages sont écrits par des pro-

fessionnels, pour de futurs professionnels; s'ils ont toutes les qualités contenues dans cette définition, ils en ont tous les défauts. Or, pour ce qui nous occupe, ces défauts sont rédhibitoires.

LES SCIENCES INUTILES | dr

Je-précise par quelques exemples.

Pour ne pas me faire la partie trop belle, je néglige dans les Astronomies les chapitres consacrés à la trigonométrie sphérique, aux erreurs, à la réfraction, aux instruments d'optique, à la chronométrie, toutes questions hors du sujet, et que les astronomes feraient mieux de ne pas traiter incidemment.

Bornons-nous aux questions de pure Astronomie,

Prenons le calcul des éclipses de Soleil.

Pour qu’on ne m'accuse pas de dénigrer, je transcris Sono de Gruey sur les formules de Hansen : « Cependant ces formules peuvent s'établir très simplement par la Géométrie et prendre une place intéressante dans un cours public. Je m'en suis assuré à la Faculté des Sciences de Besancon. »

Suivent vingt pages de calculs à révolter le plus patient.

Si les formules de Hansen sont adoptées par les praticiens, est-ce une raison d'en assommer les étudiants? Croit-on difficile de leur expliquer à moins de frais la nature d'une éclipse et la manière d’en déterminer les circonstances?

Lisez La Caille et Lalande : vous y verrez qu'on les calcule, à la minute près, par des procédés élémentaires qui laissent la satisfaction « d’avoir compris », le plaisir de dire « Ce n’est pas malin! »

Comme les éclipses sont aujourd'hui parmi les phénomènes les plus inutiles, que personne ne songerait à les prendre comme critérium

. d’une théorie, à quoi riment pédagogiquement les vingt pages de Gruey

et sa méthode géométrique « simple! » C'est un praticien qui éduque de futurs praticiens; ce n'est pas un professeur qui forme des cerveaux!

Certains défauts des professionnels en font généralement des professeurs lamentables.

Ainsi les professionnels ne définissent jamais les notions fondamentales; ils sautent par-dessus les préliminaires essentiels. Ces notions, ces préliminaires, qui sont parfois toute la science puisqu'ils en constituent les principes, sont devenus pour eux des choses si banales qu'ils ne les distinguent plus : en raison de leur importance même, ils

perdent à leurs yeux toute existence propre.

Je précise par quelques exemples.

Certes les coordonnées qu'on utilise en Astronomie n’ont rien de mystérieux. Ascensions droites, déclinaisons, angles horaires, longitudes, latitudes, il suffit de quelques fieerés pour en savoir le fin du fin, de quelques formules pour les relier. Encore faut-il les donner ces fo tres avec les sens adoptés; pour définir ces sens, faut-il prendre la peine de montrer qu'ils changent en apparence suivant qu’on est dans la sphère de projection ou hors de cette sphère,

ini DE LA MANIÈRE D'ENSEIGNER

Dans nos « savants » traités ces figures sont absentes, paraissant inutiles à nos professionnels.

Autre exemple. En Astronomie presque tous les mouvements ont le même sens. Nos auteurs :se gardent de l'indiquer, ce qui rend leur texte illisible, Ts ne s'en aperçoivent pas, ces notions leur étant à ce point familières qu'ils s’imaginent les avoir sucées avec le lait de leur nourrice. C’est la mentalité du chef de gare à qui l'on demande l'heure d'un train : « Est-il bête, ce public! voilà 30 000 fois que je donne le renseignement! »

Au reste ces principes, les professionnels les ignorent souvent. Certains astronomes ne savent pas d'où l'on a tiré la valeur actuellement admise du jour de temps moyen. Mon ahurissement fut extrème quand discutant avec l’un d'eux la précision des observations méridiennes, je m'aperçus qu'il ignorait pourquoi les fondamentales étaient fondamentales et servaient de termes de comparaison. Il utilisait les fondamentales tous les jours (?); il ne s'était jamais soucié d'apprendre de quelle manière elles avaient acquis leur rang, Respect hiérarchique probablement !

L'Astronomie est une science historique : mais nos professionnels ignorent tout de son histoire.

Bref nos professionnels sont des professionnels. Adroïts dans leur petit truc, sachant couper la seconde ‘en 40 ou 20 morceaux à l'œil et à l'oreille, sachant régler leur lunette méridienne, ou même sachant développer la solution d'une équation différentielle jusqu'à la puissance n +1 des excentricités, alors que le précurseur ne l’a développée que jusqu'à la puissance n, ils font leur métier avec une conscience admirable.

D’autres qualités sont nécessaires pour enseigner proprement.

Les défauts des professionnels s'expliquent par le caractère actuel de TAstronomie : c'est une science parfaite ou finie, comme vous voudrez.

Les découvertes du xix° siècle devant lesquelles les prêtres du temple font un si beau vacarme, ont une importance théorique médiocre, pratique nulle. Depuis cinquante ans on gralte des décimales. Les mathématiciens démontrent des théorèmes : ils cherchent par exemple ce que deviendra la stabilité du système après que les corps qui le constituent, seront réduits en poudre par leurs chocs : ils appellent ce beau travail « prolonger analytiquement la destinée ». Les professionnels ne sont plus intéressants. Au xvin® siècle ils l’étaient à un point dont la prodigieuse Astronomie de Lalande donne l'idée. Il fallaitalors élever lemonument:ilne s’agit plus que d'en ramonerles cheminées. Au xvur* siècle les professionnels étaient des philosophes; aujourd'hui ce sont des manœuvres, manœuvres mathématiques, manœuvres spectroscopiques, manœuvres photographes.

Ils sont embêtants comme des manœuvres!

Les vices pédagogiques caractéristiques des professionnels s’élalent

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