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Raisons en faveur de la rotation de la Terre

1° — Non sans peine on est parvenu à la notion de la fixité des cieux par conséquent de la rotation de la Terre : au Polonais Copernic (mort -en 4343) revient l'honneur d’avoir mis hors de doute une hypothèse qui avait été proposée bien avant lui.

Les raisons en sa faveur sont nombreuses.

Certes les apparences resteraïent les mêmes si la Terre était immobile et si le monde tournait autour d'elle. Mais il faudrait admettre pour les astres des vitesses de rotation extraordinairement grandes, invraisemblables déjà pour la Lune, le Soleil et les planètes, évidemment inac-

- ceptables pour les étoiles. En effet leurs distances à la Terre sont telles que l'angle sous lequel, de la plus rapprochée d’entre elles on voit, non pas le rayon terrestre, mais le grand axe de l’ellipse que la Terre décrit annuellement, est à la limite des angles mesurables.

On a trouvé que la distance de l'étoile la plus proche est 275 000 fois la distance de la Terre au Soleil, distance qui est d’environ 149 nullions de kilomètres. Qu'on imagine la vitesse qu'il faudrait à cette étoile pour parcourir en vingt-quatre heures une circonférence d'un tel rayon! Entre les deux hypothèses : de faire tourner le monde autour de la Terre, ou de faire tourner la Terre autour de son axe de figure, il semble que personne n'aurait jamais dû hésiter. Il est vrai qu'avant Copernic on ne connaissait ni les dimensions exactes du système planétaire, ni a fortiort la limite inférieure de la distance des étoiles.

9° — La grande objection à l'hypothèse de la rotation de la Terre,

était qu'un corps lancé avec une grande vitesse, suivant la verticale de bas en haut, devrait retomber non pas au même endroit, mais un peu plis à l’ouest. Cet argument a perdu sa valeur quand on acquit des idées plus précises sur l’inertie. Un corps qui quitte la Terre, à par rapport à celle-ci un certain mouvement relatif dont nous avons conscience: mais il conserve de plus le mouvement absolu qu'il avait en commun avec la Terre au moment où le contact a cessé. Quand nous jetons une bouteille par la portière d’un train, l'expérience montre que la bouteille n’accompagne pas le train : c'est vrai, mais cela tient à ce

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que l'air dans lequel le train se meut, est en repos relatif et arrête la

bouteille. Si le train se mouvait dans le vide, la bouteille accompagnérait le train, autant du moins que celui-ci se déplacerait en ligne droite et d’un mouvement uniforme. Quand nous jetons un corps en l'air, l'air qui participe au mouvement de-la Terre, n'empêche pas le corps de suivre ce mouvement. | |

Tant s’en faut cependant.que l'argument soit dénué de sens. Bien au contraire, les-vents alisés fournissent un argument en faveur de la rotation de la Terre.

Imaginons que, pour une raison quelconque, un courant d'air s’éta-

blisse à la surface de la Terre, partant des pôles et allant vers l'équateur. Il part des pôles avec une vitesse nulle; peu à peu les frottements lui communiquent la vitesse des points de la surface terrestre qu'il atteint. Mais il est en retard sur celle surface qui va de l’ouest à l’est : donc il souffle de l’est à l’ouest; il donne naissance aux vents connus sous le

nom d'alises.

3° — Autre argument : la force centrifuge s’exercerait pour chasser les corps loin de la Terre supposée en rotation. A cela une réponse péremptoire; la force centrifuge existe, mais sa valeur est petite. -

Calculons-la. NA

En raison de la rotation,‘la vitesse des points équatoriaux terrestres est relativement grande. Admettons que l’ équateur soit long 40-000 kilomètres; le éta u par seconde de temps moyen est :

AOL 464 mètres.

Mais cette vitesse linéaire correspond à une vitesse angulaire très petite. L’accélération y; due à la vitesse w de rotation est (en mètres par seconde) :

w—0,000-07272, : y—=wr— 2 -—. 164". 27 00338 mètres.

L'accélération de la pesanteur est de 981 céntimètres par seconde: la force centrifuge est donc à l'équateur 289 fois plus petite que la pesanteur. Le rapport u —1 : 289— 0,00347, entre la force centrifuge à l'équateur et la pesanteur interviendra souvent par la suite.

À la latitude }, l'accélération centrifuge est :

0,0338: cosx mètres par seconde,

€ 4 à-dire encore plus petite.

— Les preuves de la rotation terrestre se sont multipliées, en ce sens que cette rotation est d’accord avec les théories les plus simples : servant à grouper d’autres phénomènes : aplatissement du globe aux pôles, variation de la longueur du pendule battant la seconde, ….

Le mouvement de rotation diurne une fois admis, l'acceptation du

mouvement annuel devenait aisée : il avait fallu des siècles de dis-

cussions pour remuer la Terre; mais du moment qu'ôn la supposait

mobile, un mouvement de plus, ou de moins ne tirait plus à conséquence : elle était déchue de son rang, elle devenait un astre comme un autre. Et de fait l'explication du système solaire fut très simple quand on lui supprima tout privilège.

Ce n’est pas le lieu d'étudier le mouvement annuel; nous verrons plus

loin que la Terre décrit à peu près exactement une ellipse dont le Soleil occupe l’un des foyers, ellipse voisine d’un cercle. Le rayon moyen de l'ellipse est de 149 millions de kilomètres. Le plan de la trajectoire, appelé écliplique, est de direction quasiment invariable epar rapport aux étoiles; nous allons le retrouver plus loin. k ‘ . 4° — Je ne résiste pas au plaisir de citer ici une jolie page de Fontenelle dans sa Pluralité des Mondes. A1 explique le système de Copernic à une marquise fictive qui s'étonne qu'on ail fait tant de façons avant d’adméttre que la Terre tourne autour du Soleil.

« Mon Dieu, madame, je sais bien qu'on sera moins jaloux du rang qu'on lient dans l'univers que de celui qu'on croit devoir tenir dans une chambre, et que la préséance de deux planètes ne sera jamais une si grande affaire que celle de deux ambassadeurs. Cependant la même inclination qui fait qu’on veut avoir la place la plus honorable dans une cérémonie, fait qu'un philosophe, dans un système, se met au centre du monde s’il peut. Il est bien aise que tout soit fait pour lui; 1l suppose, peut-être sans s’en apercevoir, ce principe qui le flatte, et son cœur ne laisse pas de s'intéresser à une affaire de pure spéculation.

— Franchement, répliqua-t-elle, c’est là une calomnieé que vous avez inventée contre le genre humain. -On n'aurait done jamais dû recevoir le système de pi RE puisqu'il est si humiliant?

— Aussi Copernic lui-même se défiail-il fort du succès de son opinion. Il fut très longtemps à ne la vouloir pas publier. Enfin, il sy résolut à la prière de gens très considérables; mais le jour qu'on lui apporta le premier ie imprimé de son livre, savez-vous ce qu'il fit? Il mourut. Il ne voulut point essuyer toutes les contradictions qu'il prévoyait, et se lira habilement d'affaire. »

Puisque je suis en veine de citations, en voici une de Lalande qui est excellente à méditer. « Il y aurait un zèle bien étrange à prétendre exclure des Livres saints toutes les expressions qui sont reçues dans la société et par lesquelles on se fait entendre de tout le monde. Les astronomes disent comme les autres : le Soleil se lève, le Soleil se couche. Hs le diront éternellement sans prétendre méconnaître l'immobilité du Soleil. Dieu conversant avec les hommes le disait comme eux et Josué ne pouvait dire autrement.

« Il mesemble qu'il y a de la stupidité à prétendre qu'un général d os dans le moment qu'il s'agissait de manifester à ses doldats la gloire et la puissance de Dieu par une victoire, dût leur'faire une leçon d'astronomie, et, quittant le langage que ses soldats pouvaient

entendre, dire à la Terre de s'arrêter. Il aurait fallu leur apprendre en détail pourquoi cette singularité d'expression, et jamais digression n eût été plus hors de place. »

Que nos pères avaient d'esprit!

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