‹ Astronomie théorique et pratiqueChapitre 424 sur 437 · Manière sensée de poser le problème · texte numérisé non relu

Manière sensée de poser le problème

Éliminons toutes ces billevisées, charmantes ou lourdes; serrons le problème de plus près. Reconnaissons qu'ici du moins,-Fontenelle n’est pas seulement un brillant esprit. Voici ce qu’on trouve dans sa préface ; J'imagine qu’en 1918 personne ne sera plus susceptible que ne l'était Louis XIV en 1686, un an après la révocation de l’édit de Nantes. à

« [ne me reste plus qu’à parler à une sorte de personnes ; mais ce seront peut-être les plus difficiles à contenter, non que l’on n'ait à leur donner de fort bonnes raisons, mais parce qu'ils ont le privilège de: ne se payer pas de toutes les raisons qui sont bonnes. Ce sont les gens scrupuleux qui pourront s’imaginer qu'il y a du danger, par rapport à la religion, à mettre les habitants ailleurs que sur la Terre.

« Je respecte jusqu'aux délicatesses excessives que l'on a sur le fait de: la religion; et celle-là même, je l'aurais respectée au point de ne la vouloir pas choquer dans cet ouvrage, si elle était contraire à mon sentiment. Mais ce qui va peut-être vous paraitre surprenant, elle ne” regarde pas seulement ce système où je remplis d'habitants une infinité de mondes. Il ne faut que démêler une petite erreur d'imagination.

« Quand on vous dit que la Lune est habitée, vous vous y représentez aussitôt des hommes faits comme nous. Et puis, si vous êtes un peu théologien, vous voilà plein de difficultés : la postérité d'Adam n'a pas pus étendre jusque dans la Lune, ni envoyer des colonies en ce pays-là; les hommes qui sont dans la Lune ne sont donc pas fils d'Adam. Or, il serait embarrassant, dans la théologie, qu'il y eût des hommes qui ne: descendissent pas de lui. *

« I n’est pas besoin d’en dire davantage; toutes les difficultés imaginables se réduisent à cela, et les termes qu'il faudrait employer dans une plus longue explication sont trop dignes de respect pour être mis. dans un livre aussi peu grave que celui-ci. L'objection roule donc tout. entière sur les hommes de la Lune; mais ce sont ceux qui la font, à qui il plaît de mettre des hommes dans la Lune. Moi, je ny en mets point. J'y mets des habitants qui ne sont point du tout des hommes. Que sont-ils donc? Je ne les ai point vus, ce n’est pas pour les avoir vus que j'en parle; et ne soupconnez pas que ce soit une défaite dont je me serve pour éluder votre objection, que dire qu'il n'y “a point d'hommes dans la Lune : vous verrez qu'il est impossible qu'il y en ait, selon l'idée que j'ai de la diversité infinie que la nature doit avoir mise,dans ses ouvrages. »

LS

Page 1