HABITABILITÉ DÉS MONDES
Voilà qui est très net : quand on demande siles mondes sont habités, c'est une manière absurde de comprendre là question que de traduire : existe-t-il des hommes dans la Lune, dans Mars oudans Vénus?
On demande ‘s’il existe autre part que sur la Terre des êtres vivants, analogues aux plantes el aux animaux que nous connaissons, Mais pouvant n'avoir rien de commun avec les hommes. |
Fontenelle revient plus loin sur la même idée; on sent qu'il prend très au sérieux ce qu'il dit.
« Moi? repris-je, je ne crois point du tout qu'il y ait: des hommes dans la Lune. Voyez combien la face de la nature est changée d'ici à la Chiné : d’autres visages, d’autres figures, d'autres mœurs et presque d'autres principes de raisonnement, D'ici à la Lune, le changement doit être plus considérable. Quand on va vers de certaines terres nouvellement découvertes, à peine sont-ce des hommes que les habitants qu'on y trouve; ce sont des animaux à figure humaine, encore quelquefois assez imparfaite, mais presque sans aucune raison humaine. Qui pourrait pousser jusqu'à la Lune, assurément ce ne seraient plus des hommes qu’on-y trouverait.
— Quelles sortes de gens seraient-ce donc? reprit la marquise avec un air d'impatience.
— De bonne foi, madame, répliquai-je, je n’en.sais rien. S'il se pouvait faire que nous eussions de la raison et que nous ne fussions pourtant pas hommes, et si d’ailleurs nous habitions la Lune, nous imaginerions-nous qu'il y eût ici-bas cette espèce bizarre de créatures qu'on appelle le genre humain? Pourrious-nous nous figurer quelque chose qui eût des passions si folles et des réflexions si sages; une durée si courte et des vues si longues; tant de science sur des choses presque inutiles et tant d'ignorance surles plus importantes ; tant d'ardeur pour la liberté et tant d'inclination à la servitude; une si forte envie d'être heureux et une si grande incapacité de l'être. Il faudrait que les gens de la Lune eussent bien de l'esprit s’il devinaient tout cela! »
Enfin voilà le problème posé.
La réponse à la question, si les mondes sont habités, n'a de sens qu'après avoir défini de quels êtres vivants nous parlons. | Que devons-nous considérer comme les conditions essentielles de la vie et de la matière animée? ces conditions paraissent-elles réalisées sur les planètes et sur leurs satellites? ;
Le problème est moins précis et moins présomptueux que celui des hommes dans la Lune; on se garde de le compliquer par la question de savoir si cette matière animée est pensante.
Le problème prend un énoncé restreint, mais raisonnable.
Ajoutons tout de suite que Fontenelle admet la possibilité d'êtres vivants dans les conditions les plus diverses, à 1 000 de nos degrés centigrades, par exemple : il conclut justement que toutes les planètes, toutes les étoiles, peuvent être habitées. Pourquoi ne le seraient-elles pas ?
602 tes ; APPENDICÉ J
347) Conditions de vie d'êtres analogues à ceux que nous connaissons. |
1° — En devenant raisonnable le problème suit la loi coutumicre : il perd tout intérêt autre que scientifique et professionnel.
Il se réduit à ceci.
Des plantes et des animaux, CONSTRUITS COMME CEUX QUE NOUS CON- NAISSONS, exigent pour vivre des températures qui ne soient pas supérieures à 100°, à 410° si l’on -veut (températures pour lesquelles les albumines se coagulent), ni de beaucoup inférieures à la température de congélation de l’eau. Ils exigent pour vivre de l'eau, de l'oxygène, du gaz carbonique.
Nous pouvons donc admettre pour conditions essentielles de la vie la présence de l’eau, la présence d’une atmosphère contenant de l'oxygène et du gaz carbonique, enfin l'existence d’une température comprise entre les limites ci-dessus définies.
Mais, dites-vous, c'est restreintre arbitrairement la solution! Que nenni! Car si vous ne posez pas ces conditions, si vous admettez qu’elles
n'ont rien de nécessaire, il n'y a plus de problème du tout, puisque rién.
n'empêche logiquement l'existence d'êtres vivants dans des conditions QUI NOUS SONT INCONNUES. Si vous ne restreignez pas le problème, vous le supprimez ; il n’y a pas de troisième alternative. Hu
2° — Nous jouons maintenant sur le velours.
Dans quelles planètes les conditions ci-dessus définies paraissentelles réalisées? |
Tout porte à croire que la Lune est inhabitable pour des'étres conslilués essentiellement comme les plantes ou les animaux que nous con-
natssons, quelles que soient du reste leurs formes, si différentes qu'elles .
puissent être de celles auxquelles nous sommes accoutumés.
La Lune n'a sûrement pas d’atmosphère contenant des gaz ou vapeurs à une pression sensible. D'autre part, elle doit passer par des alternatives de températures très élevées et très basses dont les limites sont en dehors de celles ci-dessus posées.
Voilà tout ce qu’on peut dire de scientifique sur la vie à la surface lunaire. Même si vous admettez avec Fontenelle que les habitants se réfugient dans des puits très profonds où la température est moyenne, ce nest pas de vivre dans des trous qui leur donnera de l'eau, et une atmosphère dont la pression ne soit pas celle de nos vides dits parfaits.
Mercure semble avoir une atmosphère. Étant beaucoup plus proche que nous du Soleil, la chaleur doit être. intense sur la face exposée à ses rayons. Mais si l’on admet que Mercure présente toujours la même face au Soleil, la face à l'ombre doit être très froide. Peut-être existe-
t-il une zone intermédiaire où les conditions de la vie sont réalisées.
Tout de même si Mercure présente une libration sensible, éa ne doit pas être gai tous les jours d'y habiter,
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