LES SCIENCES INUTILES LEUR
de ces Astronomies assommantes écrites par des professionnels pour de futurs professionnels.
J’ai défini mon site en vous disant que je m 'efforce d'adapter l’Astronomie de Lalande, merveilleuse, malheureusement illisible en 1918 pour ceux dont le métier n’est pas d'étudier les sciences. Cent cinquante ans d'efforts permettent des démonstrations plus courtes et plus simples que celles de Lalande, pour simples et courtes qu'elles paraissaient de-son temps. à
A la vérité, de san propre aveu, Lalande écrivait pour les amateurs et pour les professionnels; mais il craint de mécontenter les uns et les autres. Je n'écris ni pour les amateurs, ni pour les professionnels. J'exige de mon lecteur des connaissances que n'ont pas les premiers. Quant aux seconds, imparfaitement revêtus de peaux de lion, ils ne manqueront pas de déclarer que je ne suis pas assez profond pour leur plaire.
Caractérisons les Astronomies populaires que je m aérue de ne pas imiter.
Deux Astronomies populaires sont de premier ordre : celles d'Arago et d'Herschel. Elles n’ont qu'un défaut : on n'y comprend rien qu'à la condition de savoir ce qu'elles ont la prétention de vous apprendre.
A part cela, ce sont des ouvrages parfaits, écrits par des hommes très mtelligents, dont la lecture est un agréable passe-temps.
Ils n'ont pas réussi, par ce qu'il est impossible de réussir.
Il y a contradiction dans leur tentative : LA VULGARISATION SCIENTI- FIQUE.EST UN GENRE FAUX ET, SOMME TOUTE,. NUISIBLE.
L'homme qui pour des raisons faciles à déméler, fit un chef-d'œuvre d’esprit d’une entreprise désespérée, Fontenelle, dans sa Pluralilé des mondes, n’a pas d'illusions sur la valeur de ce qu'il tente.
«J'ai voulu, dit-if, traiter la philosophie d’une manière qui ne fût pas philosophique : j’aitâché de l’amener à un point où elle ne fût ni trop sèche pour les gens du monde, ni trop badine pour les savants. Mais si on medit à peu près comme à Cicéron qu'un pareil ouvrage n’est propre ni aux savants qui n’y peuvent rien apprendre, ni aux gens du monde qui n'auront pas envie d’y rien apprendre, je n’ai garde de répondre ce qu'il répondit. IL se peut bien faire qu’en cherchant un milieu où la philosophie convint à tout le monde, j'en aie trouvé un où elle ne convînt à personne : les milieux sont, trop difficiles à tenir, et je ne: crois pas qu'il me prenne envie de me mettre une seconde fois dans la même peine. ;
« Je dois avertir ceux qui liront ce livre et qui ont quelque connaissance de la physique que je n’ai point du tout prétendu les instruire, mais seulement les divertir en leur présentant d’une manière un peu plus agréable et plus égayée, ce qu'ils savent déjà plus solidement. J’avertis ceux à qui ces matières sont nouvelles, que j'ai cru pouvoir les instruire et les divertir tout à la fois, Les premiersiront contre mon intention s'ils cherchent ici deël’utilité; et les. seconds s’ils. n'y cherchent que de l'agrément. »
xIv DE LA MANIÈRE D'ENSEIGNER
C'est fort bien dit. J'ai plaisir à lire Fontenelle parce que je connais mieux que lui ce dont il parle.
Mais je doute qu'un ignorant y trouve la même distraction et en retire de l'utilité sans un commentaire trois fois long comme le texte.
Aussi bien un genre d'ouvrages utile en 1686, ne l’est plus en 1918 où les magazines pullulent, où la presse quotidienne, hebdomadaire, semi-mensuelle, mensuelle, est pleine de chroniques pseudo-scientifiques dans lesquelles les lecteurs ignorants recueillent au moins quelques idées fausses. Elles prouvent que beaucoup de savants, tirant le diable par la queue, éprouvent le besoin de parfaire leur terme ou de mettre du beurre dans leurs épinards. A la vérité je trouverais plus digne de copier de la musique, comme Rousseau, que de vendre des morceaux de ma cervelle; mais pour ce que vaut leur cervelle, j’approuve qu'ils n'hésitent pas à en tirer de l'argent, puisqu'ils trouvent des imbéciles pour la payer.
Impossible d’être utile sans exiger du lecteur de la peine et des connaissances préalables. De vagues renseignements sont des poisons intellectuels; ils apprennent à pérorer!
Arago, Herschel étaient des hommes fort au-dessus de la moyenne. Leurs Astronomies, qui ont les défauts du genre, en ont toutes les qualités. Depuis, les Astronomies populaires et les journaux populaires d'Astronomie se sont multipliés, caricatures de ces remarquables modèles,
os caractéristique de ces CHERE ignorer 165 mathématiques élémentaires.
Les Astronomies populaires détestent ce qui sent la précision.
Pour populaire qu'on tienne à rester, il est facile d’expliquer l'emploi des coordonnées équatoriales (déclinaison, ascension droite). Nos vulgarisateurs n’osent pas exiger cet effort : en conséquence leurs ouvrages contiendront par exemple cent figures de constellations non orientées, à des échelles différentes mais non précisées, ne pouvant servir au lecteur qui veut poursuivre ses études.
La vulgarisation apparaît dans son rôle néfaste : habituer les gens à se payer de mots, à croire comprendre ce qu'au fond ils n'entendent pas, à se déclarer satisfaits de demi-lumières, de clairs obscurs plus trompeurs que l'obscurité complète.
Il n'est pas indispensable de savoir ce qu'est la précession des équinoxes; mais, si l’on en parle, qu'on explique au moins la façon de déterminer le phénomène et les conséquences qu’il peut avoir. Le genre d'intérêt du fait que le Soleil passe d'un hémisphère à l’autre en ne recouvrant pas toujours les mêmes’étoiles, est d’un ordre tel qu'on peut
décemment l'ignorer : il est donc absurde d'en parler sans précision