‹ Astronomie théorique et pratiqueChapitre 7 sur 437 · LES SCIENCES INUTILES XV · texte numérisé non relu

LES SCIENCES INUTILES XV

. Seconde caractéristique des astronomies populaires : ramener cerfains clichés historiques qui tiennent beaucoup de place.

Qu'il soit impossible en Astronomie d'oublier le passé, est évident : PAstronomie, science historique, se construit automatiquement du seul fait que les résultats sont conservés, pour peu précis qu'ils soient, L'accumulation de petites inégalités finit par produire des différences énormes. Nous profitons aujourd'hui des observations d'Hipparque.

Mais entre utiliser leurs observations et raconter leurs erreurs théoriques, est un abîme. Nous devons élaguer ce qui n’est pas éducatif, Que nous importent les épicycles alors qu'il est infiniment plus difficile d'imaginer le mouvement épicycloïdal que l’elliptique?

A l'inverse il faut montrer comment les anciens résolvaient certains problèmes expérimentaux, grossièrement il est vrai. Leurs méthodes, rudimentaires mais non pas fausses, ont l'immense avantage pédagogique d’être claires et concrètes.

La partie expérimentale de l’Astronomie antique reste debout. C'est

-une première, une grossière approximation : mais nos faiseurs de pré-

cision devraient savoir, pour Citer un exemple, que le jour moyen déterminé par Cassini, il y a deux siècles, à partir des observations d'Hipparque, est le même qu’on trouve dans la Connaissance des Temps, avec toutes ses décimales.

De l'Astronomie des anciens, ils choisissent ce que je laisse, ils

oublient ce que je garde.

+ La mesure de la Terre par Eratosthène me paraît aussi intéressante que celle de Maupertuis; la mesure de la parallaxe solaire par Aristarque me semble merveilleuse : les résultats sont pourtant grossièrement erronés. À l'inverse, toute l'Astronomie fhéorique antérieure à Képler m'assomme effroyablement. C'est qu'une, expérience subsiste alors même que le résultat manque de précision : une théorie mauvaise encombre,

Troisième caractéristique des Astronomies populaires : l'éloquence.

Certains Sanchos bien caractérisés deviennent « poètes » quand ils parlent d'espaces interstellaires. Kant avait une belle âme et toutes les qualités intellectuelles qu'on voudra. Mais je grince des dents en lisant ce passage dont je copie la traduction dans une revue astronomique; elle est tirée de l'opuscule sur la Constitution du Ciel.

« L'aspect du ciel étoilé pendant une nuit pure et tranquille procure une jouissance qu'éprouvent seules les âmes supérieures. Au sein du silence général de la nature et dans le calme de tous nos sens, l'entendement secret de l’âme immortelle parle un langage indéfinissable et enfante des conceptions

Astronomie. — H. BouAssE. L b

Te DE LA MANIÈRE D'ENSEIGNER:

difficiles à exprimer. Si parmi les êtres pensants de notre planète, il se trouve des esprits vulgaires qui restent esclaves de la vanité, ce globe est à plaindre d’avoir donné le jour à de telles créatures. Mais sa valeur est ‘grande de porter à sa surface des intelligences capables de s'élever vers les: plus hautes contemplations de la nature. »

‘Bon exemple des inimitables bouffonneries que l’Astronomie (qui n’a cependant rien d’excitant) fait éclore dans la tête des philosophes.

Toutes les dix lignes les vulgarisateurs s’abîment dans la stupeur. Ils s’étonnent d’être assez prodigieux pour comprendre les merveilles de la nature; ils n'en reviennent pas d’avoir pu mesurer la distance de la Terre à la Lune el' que cette distance vaille 60 rayons terrestres; ce qui, à la vérité, n’est pas plus difficile que de mesurer l'intervalle de deux bornes HORS PL Guen.

‘ Voici un exemple des soltises auxquelles aboutit cette manie grandi- * loquente.

Dans son Astronomie populaire, Herschel fils se. demande quel aspect offre la Terre pour d'hypothétiques habitants de la Lune : « Ils ont, dit- 1l, ce spectacle extraordinaire d'un satellite de 2° de diamètre apparent! » Mais en quoi le spectacle est-il extraordinaire puisqu'il existe d’ une manière permanente pour les habitants de la Lune, les nouvelles terres exceptées?

D'autres décrivent l’extase des habitants d’une planète dont les nombreux satellites n’ont pas même couleur. Ils oublient que le clair de Lune est franchement bleu, le plein Soleil franchemênt jaune. Nous y sommes habitués; ..….. de même les habitants de la pÉnée à Jeurs satellites Rs :

J'entends : « Comment demeurer insensible devant l’immensité des mondes? »

Pour ma part je trouverais affolant que la sphère céleste fût une voûte opaque de rayon petit. Car, alors, que se passerait-il der- Irene

L'immensité d'un Sahara inquiète moins que la réclusion dans une enceinté dont jamais vous ne franchirez les murs qu'on vous autorise cependant à toucher. En Beauce l'horizon ne -vous inquiète pas : en montagne, on veut toujours voir ce qu'il y a derrière la crête qui coupe la vue. Il n’y a rien d’intéressant? — qu'importe!

Le savant est blasé, depuis le temps qu'il regarde les phénomènes grands ou petits. L'ignorant s'étonne quand il apprend que le Soleil est distant de 149 millions de kilomètres. L'énormité du chiffre le frappe et non ce qu'il représente. Aussi les vulgarisateurs ont soin d'écrire tous les zéros : on s’y perd, le gros effet est produit.

Le spectacle du monde amuse le savant; il ne l'émeut jamais. Pour l'homme intelligent la Science n’a que de l'ironie. Quand on voit les ficelles du spectacle, il perd sa splendeur; ce n’est pas la peine de se gratter pour simuler un enthousiasme que personne n’éprouve. Alors

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quil se bat les flancs pour entasser les épithètes, le faiseur d’ articles * de Revue pense aux 150 francs qu on le paiera!

Le savant vit de la science : idole pour le public, vache à lait pour le pontife. Quand deux augures se rencontraient, ils pouffaient de rire en se tapant sur le ventre : nos savants sont trop dans la peau du bonhomme pour sourire en se regardant; ils ont perdu le sens du ridicule. Je fais scandale en crevant leur baudruche.

Résultat de la grandiloquence : les vulgariseurs « tirent à la ligne ». Mettre en 100 lignes ce qui tent en 5, me paraît-imepte. Mieux vaut passer des intermédiaires que de prétendre ne laisser aucune peine au lecteur. Incapable de faire le pont entre deux propositions voisines, il n’est pas intéressant.

Ne travaillons pas pour qui veut surtout ménager ses méninges.

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