LES SCIENCES INUTILES : XIE
Les vulgarisateurs veulent épater le bourgeois. Par exemple ils vous diront qu'on pèse les étoiles. Stupeur du gogo! Malheureusement on détermine les masses des étoiles, ce qui est tout différent; on les détermine en partant d’une hypothèse et d'après les mouvements qu'elles produisent, ce qui n'est pas sensationnel.
La science n’est pas sensationnelle : mais nos savantasses font les
plus exténuants efforts pour qu'on ne débine pas leur petit truc, parce qu'à l'usage, il apparaît comme entièrement dénué de sorcellerie. Ils prennent des airs de conspirateur pour murmurer des théorèmes qui, réduits en style vulgaire, énoncent des truismes, ou même n'énoncent rien. Telles les propositions sur la stabilité du système solaire qui reviennent à dire que le système est stable parce que nous posons des hypothèses qui impliquent qu’il le soit:
Si le public se doutait de la vérité, il se ficherait de nous et n'aurait pas tort! Il suffira d'une demi-douzaine de bonshommes dans mon
genre pour l’éclairer, le public; il se lassera de payer, pour qu'en.
échange de son argent on lui fasse gober des calembredaines.
La science, souvent très amusante, n’a rien de mystique : le mystère est du placage. L'Astronomie expérimentale, c'est la détermination des chemins que parcourent le Soleil, la Lune et les planètes dans le champ des étoiles; l'Astronomie théorique, c'est le calcul de ces chemins par des développements en série que fournissent le tâtonnement ou l'application d’une hypothèse. Pourquoi faire une religion de cela qui, loin d'être « sublime », tire son principal mérite de son « terre: à terre » et de sa grande simplicité?
Dernière caractéristique de l’Astronomie populaire : elle est composée pour les dames. J'écris dame:et non pas femme.
« J'ai mis dans ces entretiens une femme qui n’a jamais oui parler de ces choses-là; j'ai cru que cette fiction me servirait à encourager les dames par l'exemple ‘d'une femme qui ne sortant jamais des bornes d’une personne qui n’a nulle teinture des sciences (?!), ne laisse pas de ranger dans sa tête, sans confusion, les tourbillons et les mondes (!).
« Pourquoi les femmes céderaient-elles à cette marquise imaginaire qui ne conçoit que ce qu'elle ne peut se dispenser de concevoir (l). »
Comme cela se passait en 1686, la marquise de Fontenelle (posons qu'elle avait trente-cinq ans) est la grand’mère de la marquise du Chàtelet qui. était une bien insupportable pécore! Elle a traduit Newton, aidée par Voltaire qui n'y comprenait rien, mais ne laissait pas de tout expliquer,. comme il sied.à un philosophe.
xx 4. DE LA MANIÈRE D'ENSEIGNER
Je ne sais quel personnage de Shakespeare disait à je ne sais quel autre : « Elle est bien petite! » « Peu importe, répondit le noble due, pourvu que sa tête vienne Jusqu'à mon cœur! » Il était féministe à sa manière.
Un cœur, ces dames astronomes ont bien mieux : elles ont une âme! F
Aussi n'est-il pas rare de voir au dos de l’Astronomie populaire qu'édite Aristarque de Belleville :
Buste d’Aristarque de Belleville.
Sur la demande d’un grand nombre de lectrices Madame Michel-Ange A laquelle on doit le meilleur buste de cet astronome, à consenti à en faire elle-même un certain nombre de reproductions, Terre cuite ou plâtre (prix modérés):
1089, rue du Mont-Parnasse, Paris.
Pourquoi blaguer? Puisqu'il existe des « dames » qui n'ont personne à soigner, personne à consoler, pas le moindre bien à faire, qu'elles lisent les œuvres complètes d’Aristarque de Belleville et achètent son buste (terre cuite ou plâtre) : cela vaut mieux que d'aller aux courses ou de perdre son argent dans les tripots.
La divine Émilie était une fichue pécore que je ne souhaite à personne pour épouse droite ou gauche; au surplus bien appariée à ce vilain singe de Voltaire, qui le 4 septembre 1749 écrivait à d'Argenson :
« Mme du Châtelet vous mande que cette nuit, étant à son secrétaire et griffonnant quelque pancarte newtonienne, elle a eu un petit besoin. Ce petit besoin était une fille qui a paru sur-le-champ. On l’a étendue sur un. livre de géométrie in-4°. Pour moi qui ai accouché d'un Caltilina, je suis cent fois plus fatigué qu’elle. »
Elle mourut de ses couches, et l’on fit cette épitaphe :
Ci-gît qui perdit la vie
Dans le double enfantement
D'un traité de philosophie
Et d’un malheureux enfant.
Lequel des deux nous l’a ravie?
Sur ce funeste événement,
Quelle opinion devons-nous suivre?
Saint-Lambert s’en prend au livre, Voltaire dit que c’est l'enfant.
Pour achever le crayon de ce fameux ménage à quatre, je signale une lettre de Voltaire à la sœur de la marquise (15 décembre 1749).
J1 lui rappelle qu'il prêta plus de 40 000 francs au mari dont il reçut promesse de rente.
« Vous savez, madame, si j'ai jamais touché un sou de cette rente, si j'en ai rien demandé, et si même je n’ai pas donné quittance plusieurs années de suite, étant assurément très éloigné d’en exiger le paiement. »
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LES SCIENCES INUTILES Dre xR£
Après cela qu'on rengaine le cliché de la Science moralisatrice et de la sublimité des nt du Ciel. M"° du Châtelet, son dos vert de mari et ses deux amants (l’un par trop jeune.et l’autre vieux) me servent de caution peu bourgeoise auprès des jobards.
Mais enfin, monsieur, et la démocratie, et le peuple!
Le peuple, avec vos universités populaires et votre science au rabais, vous essayez de le duper!
Dans les souvenirs de je ne sais quel Américain, je trouve une excellente histoire. Iétait jeune et pauvre; un livre d’Astronomie populaire lui tombe entre les mains. Il s'enthousiasme; avec l'esprit d'affaire des transatlantiques, il veut tirer parti des connaissances fraîchement acquises. Il annonce donc des conférences populaires, payantes bien entendu. Tout marchait à satisfaction, ses auditeurs étaient nombreux, quand un capitaine au long cours eut la malencontreuse idée
de venir entendre une lecon. L'orateur parlait des longitudes. Naturel-
lement il bafouille, le capitaine relève aigrement ses erreurs : el ce fut la dernière conférence!
Que de conférenciers astronomes arrêteraient leurs topos si dans la salle se trouvait un homme compétent, ne dédaignant pas d'interrompre!
Que d'ignorance recouvre le plus souvent le verbiage de nos vulgarisateurs! Mieux vaut ne pas gratter le vernis dont la couche est trop mince.
À égale distance des Astronomies pour professionnels et des Astronomies pour gens du monde, il y a donc place pour un ouvrage apprenant à regarder autour de soi, expliquant au lecteur les phénomènes qu'il remarquera sûrement si sa faculté d'observation a été systématiquement développée, seul but de toute éducation scientifique raisonnable. Je mets toujours à part les mathématiciens : j'ai dit cent fois à quel point je les trouve ridicules et néfastes.
Pour apprendre à regarder, l’enseignement doit se compléter par dès manipulations, des exercices pratiques.
Elies sont belles aujourd'hui ces manipulations!
La théorie des jeunes demoiselles qui (sans savoir les quatres règles) prépare le certificat d'Astronomié APPROFONDIE, est amenée devant la lunette méridienne. Chacune regarde passer une étoile, ...…, et cela s'appelle une manipulation : c’est même la plus importante, pour ne pas dire la seule.
« Mais vous n’exigez pourtant pas que l’on confie l'instrument une