‹ Atala. RenéChapitre 3 sur 8 · TALA. I (J · texte numérisé non relu

TALA. I (J

Bientôt les vases les cimentent , les lianes les enchaînent , et des plantes y prenant racine de toutes parts , achèvent de consolider ces débris. Chariés par les vagues écumantes, ils descendent au Meschacebé. Le fleuve s*en empare , les pousse au golfe Mexicain , les échoue sur des bancs de sable et accroît ainsi le nombre de ses embouchures. Par intervalle , il élève sa voix , en passant sous les monts , et répand sea eaux débordées autour des colonnades des forets et des pyramides des tombeaux indiens ; c^est le Nil des déserts. Mais la grâce est toujours unie à la magnificence dans les scènes de la nature : tandis que le courant du milieu entraîne vers la mer les cadavres des pins et des chênes , on voit sur les deux courans latéraux remonter le long des rivages, des îles flottantes de pistia et de nénuphar , dont les roses jaunes s'élèvent comme de petits pavillons.

Des serpens verds, des hérons bleus ^ des flammans rosés ^ de jeunes crucor

ao ATALA.

diles s'embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs , et la colonie , déployant au vent ses voiles d'or, va aborder endormie dans quelque anse retirée du fleuve.

Les deux rives du Meschacebé présentent le tableau le plus extraordinaire. Sur le bord occidental , des savanes se déroulent à perte de vue ; leurs flots de verdure, en s' éloignant , s'emblent monter dans l'azur du ciel où ils s'évanouissent. On voit dans ces prairies sans bornes, errer à l'aventure des troupeaux de trois ou quatre mille bulHes sauvages. Quelquefois un bison chargé d'années , fendant les flots à la nage , se vient coucher parmi de hautes herbes, dans une île du Meschacebé. A son front orné de deux croissans, à sa barbe antique et limoneuse , vous le prendriez pour le dieu du fleuve , qui jette un œil satisfait sur la grandeur de ses ondes , et la sau-:

yage abondance de ses rives.

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