LES FUNÉRAILLES
„ Je n'entreprendrai point, 6 Ren^, de. te peindre aujourd'hui le désespoir qui saisit mon ame, lorsqu' Atala eut rendu le dernier soupir. Il faudroit avoir plus de chaleur qu'il ne m'en reste; il faudroit que mes yeux fermés
x48 ATALA.
66 pussent réouvrir au soleil ^ pour lui demander compte des pleurs qu'ils versèrent k sa lumière. Qui, cette Iun# qui 'brille à présent sur nos têtes, se lassera d'éclairer les sglitudes du Ken— tudkj ; oui, le fleuve tpii porte maintenant no|S pirogues, suspendra le cours de ses eaux , avant qu^ qaes Larme»
cessent de couler ppur Atala ! Pendant deux jours entiers , je fus insensible aux discours de Thermite. £;i essayant de calmer mes peines, cet excellent homme ne se servoit point des vaines raisons de la terre , il se contento.it de jne dire : ** Mon fils, c'est la volonté de „ Dieu , „ et il me pressoit dans ses bras. Je n'aurois jamais cru qu'il y eût tant de co;9L$oiatiQa dans ce peu de mots du chrétien résigné, «i je ne l'avois éprouvé moi-même.
„ JLa tendresse, Ponction, l'inaltérable pa,tience flu vieux serviteur de Dieu, vainquirent enfin Tobstination de ma douleur. J'eus bonté des larmçs
que je lui faisois répandre. " Mon père, „ lui dis-je, c'en est trop : que les pas- , „ sions d'un jeune homme ne troublent „ plus la paix de tes jours. Laisse-moi „ emporter les restes de mon épouse; „ je les ensevelirai dans quelque coin „ du désert^ et si .je suis encore con- „ damné à la vie, je tâcherai de me „ rendre digne de ces noces éternelles ,, qui m'ont été promises par Atala. ,,
„ A ce retour inespéré de courage , le bon père tressaillit de joie ; il s'écria : ** O sang de Jésus-Christ, sang „ de mon divin maître, je reconnois là tes mérites! Tu sauveras sans doute ce jeune homme. Mon Dieu, achève „ ton ouvrage. Rends la paix à cette „ ame troublée, et ne lui laisse de ses „ malheurs, que d'humbles ôt utiles 9, souvenirs. „
w Le juste refusa de mi^abandonner le corps de la £lle de Lopez, mais il jxifi proposa d© faire venir ses Néophj-
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tes, et de l'enterrer avec toute la pompe chrétienne; je m'y refusai à mon toun ** Les malheurs et les vertus d'Atala, ,, lui dis-je, ont été inconnus des hom- ^,^ mes; que sa tombe, creusée furtive- > „ ment par nos mains , partage cette „ obscurité. „ Nous convînmes que nous partirions le lendemain au lever du soleil pour enterrer Atala sous l'arche du pont naturel, à l'entrée des Bocages de la mort. Il fut aussi résolu que nous passerions la nuit en prières auprès du * corps de cette sainte.
„ Vers le soir ^ nous transportâmes ses précieux restes à une ouverture de la grotte, qui donnoit vers le nord.
Ii'hermite les avoit roulés dans une pièce de lin d'Europe, filée par sa mère:
c'étoit le seul bien qui lui restât de sa patrie, et depuis long-temps il le des— tinoit à son propre tombeau. Atala étoit couchée sur un gazon de sensitives de montagnes; ses pieds, sa tête, ses épaule^ et une partie de spA seiu èXoi^nt
AT ALA* i5k
découverts. On vojoit dans ses cheveux une fleur 4e pïagnoUa fanée.... celle-là xnéme que )'a vois déposée sur le lit de la vierge , pour la rendre féconde. Ses lèvres f comme un bouton de rose cueilli depuis deux matins^ sembloient languir et sourire. Dans ses joues d'une blan-* cbeur éclatante, on distinguoit quelques veines bleues. Ses beaux yeux étoient fermés, ses pieds modestes étoient joints, et ses mains d'albâtre pressoient sur son cœur un crucifix d'ébëne ; le scapulaire de ses vœux étoit passé à son cou. £lle paroissoit enchantée par l'Ange de la mélancolie, et par le double sommeil de rinnocence et de la tombe. Je n'ai rien vu de plus céleste. Quiconque eût ignoré que cette jeune ûUe avoit joui de la lumière, auroit pu la prendre pour la statue de la Virginité endormie.
9, Le religieux ne cessa de prier toute la nuit. J'étois assis en silence au chevet du lit funèbre de mon Ata)a. Que de Coisi durant son soxwneil| j'avoi^
I Bz ATAL A.
supporté sur mes genoux cette tête charmante! Que de fois je m'étois penché sur elle, pour entendre et pour respirer son souiHe! Mais à présent aucun bruit ne sortoit de ce sein immobile, et c'étoit en vain que j'attendof* le réveil de la beauté!
» La lune prêta son pale flambeau à cette veillée funèbre. Elle se leva au
milieu de la nuit ^ comme une blanche vestale qui vient pleurer sur le cercueil d'une compagne. Bientôt elle répandit dans les.bois ce grand secret de mélancolie 9 qu'elle aime à raconter aux vieux chênes et aux rivages antiques des mers.
De temps en temps, le religieux plongeoit un rameau fleuri dans- une eau consa*crée, puis secouant la branche humide, il parfumoit la. nuit des baumes du ciel.
Parfois il répétoit sur un air antique quelques vers d'un vieux poète nommé Job ; il disoit -:
« J'ai passé comme une fleur; j'ai » séché coxQiue l'herbe des champs^
AT ALA. l58
» Poui'quoi la lumière a-t-elle été » donnée à un misérable , 'et la vie à » ceux qui ^oot dans Tamer tume du
cœur ? »
i> AijQisi chantoit Tancien des hommei.
5a voix griive et un peu cadencée , ailoi t roulant dans le silence des déserts.
Le nom de Dieu et du tombeau sortoil de tous les échos, de tous les torrens, de toutes les forets, hea roucoulemeiQ^ de la colombe de Virginie, la chute d^un torrent dans la montage , Les tintement de la cloche qui appeloi ties voyageurs, 9P méloient à ces ch^at§ funèbres, et Ton crojoit entendre dans ies BoCiages de W mort le elio&ur lointain des décédés , q^i répondoit A la voix idu Solitaire.
M Cependant iine barre d'or se forma dans rOrient. Les éperviers crioient sur les rochers, et les martres rentraient dans le creux des ormes : c'étoit le signal du convoi d'Atala. Je chargeai le •orps sur mes épaules; Thermite mar«
choit devant moi, une bêche à la main; Nous commençâmes à descendre de rochers en rochers ; la vieillesse et la mort ralentissoient également nos pas. A la vue du chien qui nous avoit trouvés dans la forêt, et qui maintenant, bondissant de joie, nous traçoit une autre route, je me mis à fondre en larmes. Souvent la longue chevelure d'Atala, jouet des brise* matinales , étendoit son voile d'or sur mes jeux; souvent pliant sous le fardeau, j'étois obligé dele déposer sur la mousSe, et de m'asseoir auprès, pour reprendre des forces. Enfin, nous arrivâmes au lieu marqué par ma douleur; nous decendîmes sous l'arche du pont. O mon fils, il eût fallu voir un jeune Sauvage et un vieil hermi te, à genoux l'un vis-à-vis de l'autre dans un désert, creusant avec leurs mains un tombeau pour une pauvre fille dont le corps étoit étendu près de là, dans la ravine desséchée d'un torrent !
» Quand notre ^ouwage fut achevé)
AT ALA. l55
nous transport âmes la beauté dans son lit d'argile. Hélas, j'avois espéré de préparer une autre couche pour elle!
Prenant alors un peu de poussière dans ma main , et gardant un silenje effroyable, j'attachai, pour la dernière fois, nies yeux sur le visage d'Atala. Ensuite je répandis la terre du sommeil sur un front de dix-huit printemps ; je vis graduellement disparoitre les traits de ma sœur, et ses grâces se cacher sous le rideau de l'éternité; son sein surmonta quelque temps le sol noirci, comme un lis blanc s'élève du milieu d'une sombre argile : « Lopez, m'écriai-je alors, voi« „ ton fils inhumer ta fille! „ et j'achevai de couvrir Atala de la terre du sommeil,
„ Nous retournâmes à la grotte,€t je fis part au missionnaire du projet que j'avois formé de me fixer près de lui.
le saint, qui connoissoit merveilleusement le cOBur de l'homme, découvrit ma pensée et la ruse de ma douleur.
U me dit : « Chactas , EU d'Outalissi ,
„ tandis qu'Atala a vécu » je vous ai sol— „ licite moi-même de demeurer auprès' „ de moi; mais à présent votre sort est „ changé : vous vous devez à votre pa- „ trie. Crojez-rtioi, mon fils, les doii— „ leurs ne sont point éternelles; il faut ,, tôt ou tard qu'elles finissent, parce „ que le cœur de Thomme est fini ; c'est „ une de nos grandes misères : nous ne „ sommes pas même capables d'être „ long-temps malheureux. Retournez „ au Meschacebé : allez consoler votre ^ mère, qui vous pleure tous les jours, „ et qui a besoin de votre appui. Faites- ,, vous instruire dans la religion de votre „ Atala , lorsque vous eh trouvei^éz l'oc- „ casion , et souvenez-vous que vous lui „ avez promis d'être vertueux et chré- „ tien. Moi, je veillerai ici sur son tom- „ beau. Parte;s, mon fils, Dieu, l'ame „ de votre soeur, et le cœur de votr»
,1 vieil ami vous suivront. „
n Telles furent les parores de l'honime du rocher; sOn autorité étoil trop
grande , sa sagesse trop profonde, pour ne pas lui obéir. Dès le lendemain, je quittai mon vénérable hôte qui me pressant sur son cœur, me donna ses clernîers conseils, sa dernière bénédiction et ses dernières larmes. Je passai au tombeau; je fus surpris d'j trouver une petite croix qui se montroit au-dessus de la mort," comme on aperçoit encore le mât d'un vaisseau qui a fait naufrage.
Je jugeai que le solitaire étoit venu prier au tombeau , pendant la nuit ; cette marque d^amitié et de religion fit couler mes pleurs en abondance. Je fus tenté de réouvrir la fosse, et de voir encore une fois ma bien-aimée; une crainte religieuse me retint. Je m'assis sur la terre, fraîchement remuée. Un coude appuyé sur mes genoux , et la tète soutenue dans ma main, je demeurai enseveli dans la plus amère rêverie. O René , c'est là que je fis, pour la première fois, des réflexions sérieuses sur la vanité de nos jours, et la plus grande yanité de aos projets! £h ! mon enfant,
l58 ATALA.
qui ne les a point faites ces réflexions!
Je ne suis plus qu'un vieux cerf blanchi par les hivers ; mes ans le disputent à ceux de la côrneUle : eh bien! malgré tant de jours accumulés sur ma tête , malgré une si longue expérience de la vie , je n'ai point encore rencontré d'homme qui n'eût été trompé dans ses rêves de félicité, point de cœur qui n'entretînt une plaie cachée. Le cœur le plus serein en apparence, ressemble &u puits naturel de la savane Alachua :
la surface en paroit calme et pure , mais quand vous regardez au fond da' bassin , vous apercevez un large crocodile , que le puits nourrit dans ses eaux.
» Ajant ainsi vu le soleil se levei^ et.
se coucher sur ce lieu de douleur , le lendemain au premier cri de la cigogne, je me préparai à quitter la sépulture sacrée. J'en partis comme de la borne d'où je voulois n:i' élancer dans la carrière de la vertu. Trois fols j'évoquai l'ame d'Atala \ trois fois le Génie du
ATALA. l5gL
désert répondit à mes cris sous l'arche funèbre. Je saluai ensuite l'Orient , et je découvris au loin , dans les sentiers de la montagne , Thermite qui se rendoit à la cabane de quelque infortuné.
Tombant à genoux et embrassant étroitement la fosse, je m'écriai : <ç Dors en » paix dans cette terre étrangère , Fille , » trop malheureuse ! Pour prix de ton » amour , de ton exil et de ta niorC, tu » vas être abandonnée, même de Chac- » tas ! » Alors versant des Hots de larmes,, je me séparai de la £lle de Lopez, alors je m'arrachai de ces lieux , laissant au pied du monument de la nature , un monument plus auguste :
l'humble tombeau de la vertu. »
ÉFILOGUE.
Chactas, fils d'Outalissi, le Natché, a fait cette histoire à René l'Européen.
Les pères l'ont redite aux enfan», et moi, vo/ageur aux terres lointaines ^
l6o AT ALA.
j'ai fixièlement rapporté ce que des In* diens m^en ont appris. Je vis dans ce récit le tableau du peuple chasseur et du peuple laboureur, la religion, prexnière législatrice des hommes, les dangers de Tignorance et de Penthousiasmo religieux , opposés aux lumières , à la charité et au véritable esprit de l'Evangile , les combats des passions et des vertus dans un cœur simple , en£n le triomphe du christianisme sur le sentiment le plus fougeux et la crainte 1« plus terrible , Tamour et la mort«
Quand un Siminole me raconta cette histoire, je la trouvai fort instructive et parfaitement belle , parce qu'il y mit la fleur du désert , la grace de la cabane , et une simplicité à conter la douleur, que je ne me flatte pas d'avoir conservées. Mais une chose me restoit à savoir. Je demandois ce qu'étoit devenu le père Aubrjr, et personne ne me le pou voit dire. Je l'aurois toujours ignoré, si la Providence qui conduit
tout Y ne m'avoit découvert ce que je cherchois. Voici comme la chose «e passa :
J'avois parcouru les rivages du Meschacebé^qui formoient autrefois la.bar- • rière méridionale de la Nouvelle- France, et j'étois curieux de voir au nord l'autre merveille de cet empire , la cataracte de Niagara. J'étois arrivé tout près de cette chute , dans l'ancien pa js des Agonnonsioni (*) , lorsqu'un matin, en traversant une plaine, j'aperçus une femme assise sous un arbre , et tenant un enfant mort sur ses genoux. Je m'approchai doucement de la jeune mère, et je l'entendis qui disoit :
*< Si tu étois resté parmi nous , cher » enfant, comme ta main eût bandé » l'arc avec grace! Ton bras eût dompté » l'ours en fureur ; et sur le sommet » de la montagne , tes pas auroient dé-*
(*) he$ Iroc^ooû^
tÇz ATALÂ.
ji Hé le cheyreuil à la course. BlancKe » hermine du rocher, si jeune être allée » dans le pajrs des âmes ! Comment fe- » ras-tu pour j vivre? Ton père n'y j> est point, pour t'j nourrir de sa I» chasse. Tu auras^froid , et aucun es- » prit ne te donnera des peaux pour te ^ » couvrir. Oh! il faut que je me hâte j» de t'aller rejoindre , pour te chanter » des chapspn^, et te présenter mon » s^in. »
£t 1^ jeune mère cbantoit d'une voix tremblaiite , bdUaçoit Tenfant sur ses genoux, humectoii ses lèvjres du lait maternel, ejt prodiguoitàUmort, tous les soins qu'on dQline ^l la vjé.
Cette femme vouloit faire sécher le corps de son fils sur les branches d'un arbre , selon la coutume indienne , afiîi de l'emporter ensuite aux tombeaux de ses pères* Elle dépouiU^^ donc le nou'veau^né , et respirant quelques instans ^ur sa bouche t elle dit: « Ame de moa
n flls , anu) charmante, toR père t^a » créée jadis sur mes lèvres par un » baiser ; hélas , les miens n'ont pas le » pouvoir de te dop^er une seconde » naissance ! » Ensuite elle découvrit son sein, et pxnbrass^ ces restes glacés ^ qui se fussent ranimés au feu du cœur maternel, si Dieu ne s'ttoit réservé le souffle qui do^mpe la vie.
Elle se leva , et chercha des jeux un arbre sur les branches duquel elle pût exposer son enfant. Elle choisit un érable à fleurs rouges , festonné de guirlandes d'apios , et qui exhaloit les parfums les plus suaves. D'une main elle en abaissa les rameaux inférieurs , de l'autre elle y pla^a le corps; laissant alors échapper la branche, la branche retourna à sa position naturelle , emportant la dépouille de l'innocence, cachée dans un feuillage odorant. Oh l que cette coutume indienne est touchante ! Je vous ai vu dans vos campagnes désolées f pompeux inonumens des
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Crassus et des César , et je vous préfère encore ces tombeaux aériens* du Sauvage , ces mausolées de fleurs et de verdure que parfume l'abeille , que balance le zéphir , et où lé rossignol bâtît son nid et fail» entendre sa plaintive mélodie. Si c'est la dépouille d'une jeune RUe que la main d'un amant a suspendue à l'arbre de la mort ; si ce sont les restes d'un enfant chéri , qu'une jnère a placés dans la demeure des petits oiseaux, le charme redouble encore.
\ Je m'approchai de celle qui gémissoit au pied de l'érable ; je lui imposai les mains sur la tète , en poussant les trois cris de douleur. Ensuite , sans lui parler , prenant comme elle un rameau , j'écartai les insectes qui bourdonnoient autour du corps de l'enfant. Mais je me donnai de garde d'effrayer une colombe voisine. L'Indienne lui disoit : " Co- „ lombe , si tu n'es pas l'ame de mon 9, fils qui s'est envolée , tu es , sans ,, doute , une mère qui cherche quelj7 que chose pour faire un nid. Prends
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de ces cheveux , que je ne laverai plus dans Teau d'esquine ; prends-en pour coucher tes petits : puisse le 9, grand Esprit te les conserver ! ,,
Cependant la mère pleuroit de joie en voyant la politesse de Té t ranger .
Comme nous irisions ceci, un jeune homme approcha, et dit : " Fille de ,, Céluta , retire notre enfant , nous 9e ,, séjournerons pas plus lo£^-temps ici ^ ,9 et nous partirons au premier soleil. ,, Je dis alors: " Frère, je te souhaite un „ ciel bleu , beaucoup de chevreuils , „ un manteau de castor, et l'espérance.
„ Tu n'es^ donc pas de 'ce désert? „ " Non , répondit le jeune homme , nous f, sommes des exilés , et nous allons „ chercher une patrie. „ £n disant cela, le guerrier baissa la tête dans son sein , et avec le bout de son arc , il abattoit la tête des Qeurs. Je vis qu'il y avoit des larmes au fond de cette histoire, et je me tus. La femme retira son fils des branches de l'arbre , et elle le donn«
à porter à son époux. Alors je <3îs :
*' Voulez-vous me permettre d'allminer ), votre feu cette nuit ? „ " Nous n'a- „ vons point de cabane , reprit le guer- „ rier ; si vous vctolez nous suivre , nous „ campons au bprd de la chute. ,, ^' Je ,, le veux bien , répondis,-] e , ,, et nous 99 partîmes ensemble.
♦ Nous arrivâmes bientôt au bord de la cataracte , qui s'annonçoit par d'affreux mugissemens. Elle est formée par la rivière Niagara , qui sort du lac £rié , et se jette dans le lac Ontario ; sa hauteur, perpendiculaire est de cent quarante-quatre pieds. Depuis le lac Erié jusqu^au Sau,t, le fleuve accourt, par une pente rapide , et au moment de la chute, c'est moins un fleuve qu'une mer , dont les torrens se pressent à la bouche béante d'un gouftre. La cataracte se divise en deux branches , et se courbe en fer à cheval. Entre les deux chûtes s'avance une île creusée en dessous , qui pend avec tous ses arbres sur
le chaos des ondes. La masse du fleuve qui se précipite au midi , s'arrondit eri un vaste cylindre, puis se déroule en nappe de neige, et brille au soleil .de toutes les couleurs. Celle qui tombe au levant descend dans une ombre effrayante; on diroit une colonne d'eau du déluge. Mille arcs-en-ciel se courbent et 'se croisent sur l'abyme. Frappant le roc ébranlé, l'eau rejaillit en tourbillons d'écume, qui s'élèvent audessus des forêts, comme les fumées d'un vaste embrasement. Des pins, des noyers sauvages, des rochers taillés en forme de fantômes , décorent la scène.
Des aigles entraînés par le courant d'air,^ descendent en tournoyant au fond du gouffre ; et .des carcajous se suspendent par leurs queues flexibles au bout d'une branche abaissée, pour saisir dans Ta by me, les cadavres brisés des élans et des ours.
Tandis qu'avec un plaisir mêlé de terreur je contemplois ce spectacle,
îG8 AT ALA.
rindîenne et son époux me quittèrent.
Je les cherchai en remontant le fleuve au-dessus de la chute , et bientôt je les trouvai dans un endroit convenable à leur deuil. Ils étoient couchés sur Therbe avec des vieillards, auprès de quelques ossemehs humains enveloppés dans des peaux de bêtes. Étonné de tout ce que je vojois depuis quelques heures, je m^assis auprès de la jeune mère^ et je lui dis : " Qu'est-ce que tout ceci , m»
,, sœur? „ Elle me répondît : " Mon ,, frère , c'est la terre de la patrie ; ce „ sont les cendres de nos aïeux , c[ui „ nous suivent dam notre exil. „ " Et ,, comment, m'écriai-je, avez-vous été „ réduits à un tel malheur? „ La fille de Céluta repartit : ^ Nous sommes les ,, restes des Natchez. Après le massacre ., que les Français firent de notre na- „ tion pour venger leurs frères, ceux '^, de nos frères qui échappèrent aux „ vainqueurs, trouvèrent un asjle ches 9, les Chikassas nos voisins. Nous y somff mot demeurés asses long-temps traft^*-
„ quilles 9 mais il y a sept lunes que les ^, blancs de la Virginie se sont emparés 5, de nos terres, en disant qu Viles leur 5, ont été données par un roi d'Europe.
^, Nous avons levé les yeux au ciel, et „ chargés des restes de nos aïeux , nous „ avons pris notre route à travers le 9, désert. Je suis accouchée pendant la ^, marche ; et coriime mon lait étoit ,-, mauvais , à cause de la douleur, il a yf fait mourir mon enfant. „ £n disant cela, la jeiiine mère essuya ses yeux avec sa chevelure; je pleurois aussi.
Or, je dis bientôt : " Ma sœur, ado- „ rons le grand Esprit, tout arrive par „ son ordre. Nous sommes tous voya- 9, geurs ; nos pères l'ont été comme „ nous ; mais il j a un lieu où nous 9, nous reposerons. Si je ne craignois ,, d'avoir la langue aussi légère que „ celle d'un blanc, je vous dcmanderois , si vous avez entendu parler de Chac- „ tas, le Natché ? ,, A ces mots. Tin- 91 dienue me regarda et me dit : ^^ Qui
lyo AT ALA.
„ est'Ce qui vous a parlé de Chactas, ,, le Natché? „ Je répondis : " C'est la 9, sagesse. „ L'Indienne reprit : "Je vous „ dirai ce que je sais, parce que vous „ avez éloigné les mouches du corps ,, de mon fils , et que vous venez de „ dire de belles paroles sûr le grand ,, Esprit. Je suis la fille de la fille de „ René l'Européen, que Chactas avoit jy adopté. Chactas, qui avoit reçu le „ baptême, et René mon aïeul si mal- „ heureux, ont péri dans le massacre. ,, *' L^homme va toujours de douleur en „ douleur, répondis- je en m' inclinant.
„ Vous pourriez donc aussi m'appren- „ dre des nouvelles du père Aubrj ? „ *' Il n'a pas été plus heureux que Çhac- ,,-tas, dit l'Indienne. Les Chéroquois^ „ ennemis des François pénétrèrent „ à sa Mission; ils y furent conduits „ par le son de la cloche qu^on sonnoit „ pour secourir les voyageurs. Le père 9, Aubry se pouvoit sauver; mais il ne 9, voulut pas abandonner ses ^nfans , et 99 il demeura pour le« encourager à
,, mourir ^ par son exemple. Il fut „ brûlé avec de grandes tortures; ja- ,, mais on ne put tirer de lui un crî ,, qui tournât à la honte de son Dieu, ,, ou au deshonneur de sa patrie. II 9, ne cessa , durant le supplice , de ,, prier pour ses bourreaux , et de ,^ compatir au sort des victimes. Pour ,, lui arracher une marque de foi- ,, blesse , les Chéroquois amenèrent à jj ses pieds un Sauvage chrétien, qu'iU 9, avoient horriblement mutilé. Mais ,, ils furent bien surpris, quatid ils viy, rent le jeune homme se jeter à ge— j, noux, et' baiser les plaies du vieil „ hermite qui lui crioit : '* Mon enfant^ „ nous avons été mis en spectacle auK 9, anges et «lux hommes. „ Les Indiens ,, furieux lui plongèrent un fer rouge „ dans la gorge , pour l'empêcher de „ parler. Alors ne pouvant plus consoff 1er les hommes, il expira.
„ On dit que les Chéroquois , tout 9) accoutumés qu'ils étoient â voir dei^
173 ATÀLA.
„ Sauvages souffrir arec constance ^ ne „ purent s'empêcher d'avouer qu'il y ,, a voit, dans l'iiumble courage du père ,^ Aubrj ^ quelque chose qui leur étoit ,, inconnu, et qui surpassoit tous le^ I, courages de la terre. Plusieurs d'en- „* tr'eu3c, frappés de celte mort , se sont 9) faits chrétiens.
„ Quelques années ^près y Chactas, à ,, son retour de la terre des blancs, ayant „ appris les malheurs du chef de U „ prière, partit pour aller recueillir „ ses cendres et celles d'Atala. Il arriva „ à l'endroit où étoit située la Mission ^ „ mais il put à peine le recoi^noître, „ Le lac s'étoit débordé , et la savane „ étoit changée en un marais ; le pont „ naturel , en s^ écroulant , a voit ense- „ veli sous ses débris le tombeau d'A- „ tàla et les Bocages de la mort Chac- „ tas erra long-temps dans ce lieu; „ il visita la grotte du Solitaire qu'il „ trouva remplie de ronces et de fram- ,, boisiers, et dans laquelle une bichp
m'éloî^nant à grands pas, Je m'écriai :
" Ainsi passe sur la terre tout ce qui fut bon, vertueux, sensible! Homme, tu n'es qu'un songe rapide, un rêve douloureux ; tu n'existes que par le malKeur ; tu n'es quelque chose que par la tristesse de ton ame et l'éternelle mélancolie de ta pensée ! „
CjBd réflexÎQns m'oicçupèrent toute la nuit, {je lendemain, au point du jour, mes hàtea me quittèrent. Îjbs jeunes guerriers ouvroient la marche, et les épouses la fermoient ; le^ premiers étoient chargés des saintes reliques ; ' les secondes portoient leurs nouveauxnés; les vieillards cheminoient lentement au milieu, placés entre leurs aïeux et leur postérité, entre les souvenirs et l'espérance, entre la patrie perdue et la patrie à venir. Oh ! que de larmes sont répandues, lorsqu'on abandonne ainsi la terre natale, lorsque du haut de la colline de l'exil, on découvre pour la dernière fois le toit où l'on fut nourri
et le fleuve ie la cabane , qu! contînna de couler tristement à travers le» champs solitaires de la patrie !
Indiens infortunés que j'ai vus errer dans les déserts du Nouveau-Monde ^ avec les cendres de vos aïeux , vous qui m'aviez donné Thospitalité malgré votre misère ^ je ne pourrois vous la rendre aujourd'hui, car j'erre, ainsi que vous^ à la merci des hommes ; et moins heureux dans mon exil, je n'ai point emporté le^ os de mes pères.
%/VfUV
AT Al A. 173
9, allai toit son faon. Il s^assit sur le ro-< ,, cher de la Veillée de la mort, où il ne ,, vit que quelques plumes tombées de ,, Taile de Foiseau de passage. Tandis „ qu'il j pleuroit , le serpent familier „ du missionnaire sortit des broussailles ,, voisines, et vint s'entortiller à sef ,, pieds.' Chactas réchauifa dans son-sein „ ce fidèle ami, resté seul au milieu „ de ces ruines. Le Hls d'Outalissi a ra- ,, conté que plusieurs fois aux appro- ,, ches de la nuit , il avoit cru voir les ,, ombres d'Atala et. du père Aubrj s'é- ,, lever dans la vapeur du crépuscule.
5, Ces visions le remplirent d'une reli- ,, gieuse frayeur et d'une joie triste.
» Après avoir cherché vainement le » tombeau de sa sœur et celui de l'her^ » mite , il étoit près d'abandonner ce»
„ lieux, lorsque la biche de la grotte 9, se mit à bondir devant lui. Elle s'ar- „ réta au pied de la croix de là Mis- ), sion. Cette croix étoit alors à moitié 9) entourée d'eau; ton bois étoit rongé
lin
de mousse f et le pélican du désert aimoit à se percher sur ses bras vermoulus. Chactas jugea que la bi^ che reconno^ssante Tavoit conduit au tombeau de son h6t^. Il creusa sous la roche qui jadis servoit d'autel^ et il y trouva les restes d'un homme et d'une femi^e. {l ne douta point que ce ne fussent ceu^ du prêtre et de la vierge, que les anges avoient peut-être ensevelis dans ce lieu; il les enveloppa dans des peaux d'ours, et reprit le chemin de son pajs emportant les précieux restes^ qui résour ^ noient sur ses épaules conune le carquois de la mort. La nuit, il les mettoit sous sa tête, et il avoit des songes d'amour et de vertu. O étranger, tu peux contempler ici cette poussière avec celle de Chactas lui-m^me! ,,
G>mme rindieni\e achevoit de prononcer ces mots, je me levai ; je m'approchai des cendres sacrées , et me prosternai devant ellcd en silence. Puiji
SB
J^N arrivant chez les Natchez, René ay oit été obligé de prendre une épouse, pour se conformer aux mœurs des Indiens ; mais il ne vivoit point avec elle.
Un penchant mélancolique l'entraînoit au fond des bois ; il y passoit seul dea journées entières , et sembloit sauvage parmi des Sauvages. Hors Chactas, son père adoptif , et le père Souël , missionnaire au fort Rosalie (*)» il avoit renoncé au commerce des hommes. Ces
(*) CoIqxûc française aux Natchez. J
tBo HENé.
deux vieillards avoient pris beaucoup d'empire sur son cœur : le premier^ par une indulgence aimable; l'autre , au contraire, par une extrême sévérité.
Depuis la chasse du castor, où le Sa*chem aveugle raconta ses aventures à René , celui-ci n'avoit jamais voulu parler des siennes. Cependant Chactas et le missionnaire desiroient vivement connoître par quel malheur un £uro— péen bien né avoit été conduit à l'é-* trange résolution de s'ensevelir dans les déserts de la Louisiane. René avoit toujours donné pour motifs de ses refus ^ le peu d^intérét de son histoire, qui se bornoit , disoit-il , à celle de ses pen— •ées et de ses senti mens. « Quant à » l'événement qui m'a déterminé à pas* » ser en Amtérique, ajoutait-il , je le dois ensevelir dans un éternel oubli, m
Quelques aimées s'écoulèrent de la 6orte f sans ^e les deux vieillards lui pussent arracher son secret. Une lettre gu'il regut d'Europe ^ par le bureau des
Missions étrangères, redoubla tellement sa t;*istesse, qu'il fujoit jusqu'à ses vieux amis. Ils n'en furent que plus ardens à le presser de leur ouvrir son coeur ; ils y mirent tant de discrétion»
de douceur et d'autorité , qu'il fut enfin obligé de les satisfaire. Il prit donc jour avec eux, pour leur raconter, non les aventures de sa vie, puisqu'il n'en avoit point éprouvées, mais les sentimens secrets de son ame.
Le 21 de ce mois, que les Sauvages appellent la lune des Jleurs^ René se rendit à la cabane de Chactas. Il donna le bras au Sçichem, et le conduisit sous un sassafras, au bord du Meschacebé.
Le père Souël ne tarda pas à arriver au rendez- vous. L'aurore se le voit : à quelque distance dans la plaine, on ftpercevoit le village des Natchez, avec son bocage de mûriers, et ses cabanes c[ui ressemblent à des ruches d'abeilles.
JjSl colonie française et le fort Rosalie se montroient sur la droite , au bord du
fleuve. Des tentes, des maisons k moi-s lié bâties, des forteresses commencées, des défrichemens couverts de Nègres, des groupes de Blancs et d'Indiçns , présentoient dans ce petit espace , le contraste des mœurs sociales et des mœurs sauvages. Vers l'Orient , au fond de la perspective , le soleil comm^nç'qit à paroître entre les sommets brisés des Apalaches , qui se dessinoient comme des caractères d'azur , dans les hauteurs dorées du ciel ; à l'Occident , le Meschacebé rouloit ses ondes dans un silence magnifique , et formoit la bordure du tableau avec une inconcevable grandeur.
Le jeune homme et le missionnaire admirèrent quelque temps cette belle scène, en plaignant le Sachem qui ne pou voit plus en jouir ; ensuite le père Souël et Chactas s'assirent sur le gazon , au pied de l'arbre ; René prit sa place au milieu d'eux , et après un moment de silence., il parla de la sorte à ses vieux amis y
» Je ne puî«, en commençant mon récit , me défendre d'un mouvement de honte. La paix de vos cœurs , res— pec tables vieillards y et le calme de la nature autour de moi , me font rougir du trouble et de l'agitation de mon ame.
» Combien vous aurez pitié de moi !
Que mes éternelles inquiétudes vous paroltront misérables! Vous qui aves épuisé tous les chagrins de la vie, que penserez-vous d'un jeune homme sans force et sans vertu, qui trouve en luimême son toui^ment, et ne peut guères se plaindre que des maux qu'il se fait à lui-même ? HélsM , ne le condaiÉnnes pas; il a été trop piini!
,, J'ai coûté la vie à ma mère en venant au monde ; j^aî été tiré de son sein avec le fer, J'avois un frère que mon père bénit, parce qu'il vojoit en lui son fils aîné. Pour moi , livré de bonite heure à des mains 'étrangères,, je fus élevé loin du toit paternel.
9; Mon huraeiu: étgit impétueuse^
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mon caractîîre inégal. Tour - à - tour bruyant et joyeux, silencieux et triste^ je rassemblois autour de moi mes jeunes compagnons ; puis, les abandonnant tout-à-coup, j'allois m'asseoir à l'écart^ pour contempler la hue fujgitive, ou entendre la pluie tomber sur le feuillage.
„ Chaque automne, je revenois au cTiâteau paternel, situé au milieu des forêts, près d'un lac, dans une province reculée.
. „ Timide et contraint devant mon père, je ne trou vois l'aise et le contentement qu'auprès de ma sœur Amélie.
Une douce conformité d'humeur et de goûts m'unissoit étroitement à cette sœur; elle étoit un peu plus âgée que moi. Nous aimions à gravijr les coteaux ensemble , à voguer sur le la'c , à par-, courir les bois. à la chute dçs feuilles :
promenades dont le souvenir remplit encore mon ame de délices. O illusions de l'enfance et de la patrie , ne perdea-; vous jamais vos douceur»!
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,, Tantôt nous marchions en silence ^ prêtant Foreille au sourd mugissement de Tautpmne, ou au bruit des feuilles séchées , que nous traînions tristement sous nos pas ; tantôt j dans nos jeux innocens , nous poursuivions Phi rondelle dans la prairie, Parc-en-ciel sur les collines pluvieuses ; quelquefois aussi nous murmurions des vers que nous inspiroit le spectacle de la nature.
Jeune, je cultivois les muses; il n'y a rien de plus poétique , dans la fraîcheur de ses passions, qu'un cœur de seize années. Le matin de la vie est comme le matin du jour , plein de pureté, d'images et d'harmonies.
„ Les dimanches et les jours de féte^ j'ai souvent entendu, dans le grand^ bois, à travers les arbres , les sons de la cloche lointaine qui appeloit an temple l'homme des champs. Appuyé contre le tronc d'un ormeau , j'écoutois en silence le pieux murmure. Chaque frémissement de l'airain portoit à mon
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ame naïve l'innocence des mœur^ cham" pétres, le calme de la solitude, le charme de la religion, et la délectable itiélancolie des souvenirs de ma première enfance. Oh ! ' quel cœur si mal fait n'a tressailli au bruit des cloches; de son lieu natal, de ces cloches qui frémirent de joie sur son berceait-, qui annoncèrent son avènement à la vie, qui marquèrent le premier battement de son cœur, qui publièrent dans .tous les lieux d'alentour la sainte alégresse de son père, les douleurs et les joies encore plus ineffables de sa mère! Tout se trouve daiis les rêveries enchantées où nous plonge le bruit dé la cloche natale : religion, famille, patrie, et le berceau et la tombe, et le passé et l'avenir.
7> Il est vrai .qu'Amélie et moi nous jouissions plus que personne de ces idées graves et tendres, car nous avions tous les deux un peu de tristesse au fond du cœur, nous tenions cela de Dieu pu de notre mère.