BENE
„ Cependant mon père fut atteint d'une maladie qui le conduisit en peu de jours au tombeau. Il expira dans mes bras. J'appris à connoître la mort sur les lèvres de celui qui m'avoit donné la vie. Cette impression fut grande; elle dure encore. C'est la première fois que l'immortalité de l'ame s'est présentée clairement à mes jeux. Je ne pus croire que ce corps inanimé étoit en moi Taufeur de la pensée; je sentis qu'elle me devoit venir d'une autre source; et dans une sainte douleur qui approchoit de la joie, j'espérai me rejoindre un jour à l'esprit de mon père.
n Un autre phénomène me confirma dans cette haute idée. Les traits paternels avoient pris au cercueil quelque chose de sublune. Pourquoi cet étonnant mystère ne seroit-il pas l'indice de notre immortalité? Pourquoi la mort qui sait tout, n'auroit-elle pas gravé sur «le front de sa victime les secrets d'un autre univers? Pourquoi n'j au-
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roit-îl pas dans la tombe <}uel<jue grande vision 4e réternité?
» Amélie accablée de douleur , étoît'
retirée au fond d'une tour^ d'où elle* entendit retentir, sous les voûtes du châ-«
teau gothique, le chant des prêtres dir
convoi, et les sons de la cloche funèbre.
» J'accompagnai mon père à son dernier asjle; la terre se referma sur sa dépouille ; l'éternité et l'oubli le près-* aèrent de tout leur poids; le soir même rindilFérent passoit sur sa tombe; hors ,pour sa HUe et pour son Els, c'étoit déjà comme s'il n'avoit jamais été.
n II fallut quitter le toit paternel, devenu l'héritage de mon frère : je me retirai avec Amélie chez de vieux parens,
» Arrêté à l'entrée des voies trom— penses de la vie, je les considérois l'une après l'autre , sans m'j oser engager.
Amélie m'entretenoit souvent du bonheur de la vie religieuse ; elle me disoit que j'étois le seul lien qui h retint dans