‹ Atar-GullChapitre 33 sur 59 · LE PERE ET LE FILS · texte numérisé non relu

LE PERE ET LE FILS

instant où il pouvait quitter son masque d'humble et basse soumission , son doux et fendre sourire.

Il fallait alors le voir bondir, haletant, crispé, furieux, se rouler en rugissant comme un lion, e( mordre la terre avec rage, en pensant aux outrages, aux coups de chaque jour!

En pensant à Brulart , qu'il espérait revoir tôt ou l;ird : au colon qui l'avait fait battre, et avait pour lui une pitié insultante, un attachement d'homme à hète, de maître à chien ! Alors ses yeux étincelaient dans l'ombre, ses dents s'entre-choquaient.

Et voyez quelle puissance il avait sur lui-même !. . . avec ce caractère indomptable et sauvage , cette énergie dévorante ; dans le jour, il souriait à chaque coup qu'il recevait, et baisait la main qui le frappait.

Il fallait pour arriver à ce résultat mcroyable une idée fixe, arrêtée, immuable, à laquelle le nègre fait tous les sacrifices.

La \ engeance !

Et encore cette vengeance n'était motivée que par la brutalité de Brulart et la rage de se voir esclave ; mais à quel degré d'intensité arriva-t-elle , mon Dieu! quand il sut ce que vous allez savoir.

Entraîné dans une course rapide, ce malheui-eux bondissait çà et là comme pour s'échapper à Iniiiième... '

En vain l'air pur et embaumé, la douce solitude <](' la iniit venaient i-afraîchir ses sens.

Toujours courarit, il arriva près d'une savane dé-

ISii ATAR-(îl I.L.

scrlo, que la liirip roiuTait d'iinr nappo do pàh' hiini('ro.

Au miliou s'élevait un gil)ot.

Après le «ibet était accroché un noir, c'était le vieux Job.

Atar-Giill sortant des allées sombres et obscures qui entouraient cet espace nu et découvert, fut conimc ébloui de cette clarté resplendissante qui argentait les longues herbes de la savane et le rideau de tamarin et de mangotiers qui l'ombrageaient.

]\Iais bientôt il lut saisi d'un inexplicable sentiment de douleur en voyant ce gibet noir et ce corps noir, qui se dressaient et se découpaient si sombres sur les feuilles brillantes et nacrées de la forêt.

Il s'approcha plus près...

Plus près encore...

Ses jambes fléchirent... il tomba... la face contre terre. . .

Après être resté quelques minutes dans cette position , il se releva , et s'élancant comme un tigre , sauta d'un bond sur la fourche du gibet.

Arrivé là, il poussa un cri... un cri dont vous comprendre/ l'expression quand vous saurez que le malheureux venait de reconnaître...

Son père...

Son père vendu comme lui, victime de la traite, et volé peut-être par Rrulart à quelque antre lîonoJt.

âtai-Gull ne coyserva plus aucun doute quand il

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rut vu une espèce de talisman ou de fétiche que le vieillard portait au cou...

Couper la corde (|ui attachait le cadavre à la potence , le prendre sur ses épaules et l'uir dans les hois avec ce précieux lardeau , ce fut l'affaire d'un moment pour Atar-Gull.

Il est de ces douleurs (jiii ont hesoin d'oml>re et de profonde solitude.

Le lendemain , au premier coup de cloche Atariiull était déjà rendu à l'atelier, toujours avec sa honne figure ouverte et franche, son éternel sourire qui laissait voir ses dents blanches et aiguës...

Kt voilà pourquoi W. W'il partageait avec Brulart le privilège d'occuper incessamment l'imagination d'Atar-Gull, d'autant plus que Ciiam, auquel Atar-(îull avait fait sa confidence , que Cham, auquel cinq ans de séjour dans la colonie et dans l'intérieur du colon avait donné quelque habitude et quelque connaissance des spéculations des planteurs, mit charitablement Atar-liull au fait des causes et résultats de la mort de son père...

Quant au cadavre du vieu.v Job, on ne le retrouva plus, et on pensa sur l'habitation que les empoisoniieuvs s'en étaient emparés pour quelques-unes de leurs opérations magiques.

On conçoit maintenant, je crois, la haine {\n noiipour cet estimable colon, et (ju'clle dût être sa joie lors(|U il put soupçonner ([ue son service pres(|ue intime le mettrait à même de se venger; aussi, peu-

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dant cinq mois qui servirent d'essai , d'épreuves , il étonna tellement ]\I. W'il par son zèle, par son dévoùment, son activité, que le colon le proclama le modèle des bons serviteurs , l'éleva à la dignité de valet de chambre et mit en lui sa plus entière confiance.

\i Cet engouement est d'ailleurs un des traits ca- )-actéristiques des colons.

Ainsi Atar-Gull fut chargé de surveiller les préparatifs de la fête qui devait précéder les fiançailles de la jolie Jenny et de Théodrick.

FIV m; I.IVRK OIATRIKMF.

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