LA VEILLE DES XOGES
Impossible...
Son père , sa mère et son amant tenaient cette porte en dehors, et Jenny entendit la joyeuse voix du ])on homme \l il qui disait :
tt Oui, oui, crie bien, crie bien, ça t'apprendra à avoir peur... petite folle... il ne te mangera pas... sois donc raisonnable... mon Dieu! que tu es enfant!
— Prends cela sur toi , ma Jenny, dit sa bonne mère... une fois guérie de la peur, c'est pour toujours... Allons, sois frcntille... i>
Jusqu'à sou Théodrick qui ajouta : « C'est moi , ma Jenny, c'est moi qui ai tout fait , et tu me donneras pourtant un beau baiser pour ma peine , car c'est pour ton l)ieu , ange de toute ma vie... v
Ils croyaient, eux autres, qu'il s'agissait du serpent mort qu'ils avaient mis là pour habituer la pauvre enfant, comme ils disaient...
Jenny poussa un horrible cri et tomba au pied de la porte...
Le serpent venait de déborder la caisse , et sa (jueue était encore au milieu des fleurs, que sa gueule entr'ouverte , qui bavait l'écume, béait sur Jenny...
Il s'approcha... vit sa femelle morte... écrasée sous la petite table, et poussa un long sifflement sourd et caverneux.
Il entoura avec une inconcevable rapidité les jambes, le corps, les épaules de Jenny, qui s'était évanouie...
ilb AIAR-GLLL.
Le col visqueux et froid du reptile se collait sur le sein de la jeune tille.
Et là , se repliant sur lui-même , il la mordit à la jjorge...
La malheureuse , rappelée à elle par cette atroce blessure, ouvrit les yeux et ne vit que la tète grise , sanglante du serpent et ses yeux, gonflés de rage... qui flamboyaient.
« Ma mère , ô ma mère !... t cria-t-elle d'une voix éteinte et mourante...
A ce cri de mort, convulsif, râlant, saccadé, un éclat de rire, faible et strident, répondit...
Et l'on put voir l'affreuse figure d'Atar-Gull qui §pulevait un coin du store comme avait fait le serpent.
Il riait, le noir !!!
Jenny ne criait plus... elle était morte...
u Ouvrons-lui. . . car la peur, trop prolongée, pouil'ait devenir dangereuse... » dit le bon homme W'il , cédant aux soUicitations de Théodi-ick et de sa femme...
Il voulut ouvrir. . .
Il ne pouvait... le corps de sa fille gênait...
Il donna une violente secousse, et le cœur lui manquail... lorsqu'il se précipita dans la chambre , suivi de su femme et de Théodrick , tous deux dans un effroyable état d'agitation...
Ils \irent leur lille... morte...
Et con)me ils entraient, le serpeni disparaissait par la fenèh-c...
LA VEILLE l>KS XOliES. 211'
A. B. Il reste à expliquer ce l'ait, historique d'ailleurs, et la part qu'Atar-fîull eut à cet événement Ira.f^lique.
Connaissant, comme tous les nègres, les habitudes des animaux de la contrée , il eut un rayon d'espoir quand il proposa à Théodrick de porter le serpent mort dans la chambre de Jenny.
Il savait que ces animaux s'accouplaient toujours , et que le maie rentrant dans son trou, et ne trouvant plus sa lemelle, la chercherait et suivrait peul-èlrc sa piste.
Aussi eut-il le soin , comme on l'a dit, de prendre la lemelle par la queue, à cette lin que la partie sai~ j{nanle, écrasée, traînée par terre, laissât une trace, (in fumet, capables de guider le mâle...
Ce qui arriva...
Ke mâle, en entrant dans son trou, et ne trouvant pas sa lemelle, suivit la piste, arriva au pied de la Icnètredu rez-de-chaussée, où le nègre, par un excès d'inrernale prévision, avait encore écrasé une partie (lu corps, grimpa, souleva la jalousie... entra dans la chambre, étrangla Jenny et regagna son antre.
Alar-Gull avait calculé juste : la haine se trompe; larement.
-220 ATAR-GLLL.