‹ Atar-GullChapitre 42 sur 59 · LE DEPART · texte numérisé non relu

LE DEPART

ami... — dit-elle d'une voix Lasse et ciTuse... à son mari... — du courage. »

Mais le colon, au lieu de lui répondre, baissa (ristement la tête en signe d'approbation et serra la main tremblante de sa femme.

C'est que le malheureux avait éprouvé une émotion si violente à la vue de sa fdle morte, qu'il n'avait pu jeter un cri ; lors de cet affreux événement , sa langue avait été frappée de paralysie , depuis il était resté muet.

Madame W'il comprit son regard, car elle reprit : u Du courage, pourquoi?... la mort, mon Dieu, ne m'effraie plus... je la désire, au contraire... car au moins je pourrai revoir bientôt... .lenny... « Kt en prononçant ce nom , la pauvre mère poussa un cri perçant, un cri aigu, qui sembla user le reste de ses forces...

AI. Wil, aidé d'Atar-Gull qui pleurait, eut encore recouis à son flacon.

Elle revint à elle. . .

i; Pardon, mon bon W il , je t'avais promis de ne |)Ius prononcer le nom de notre fille, je sais quel

mal cela te fait , ainsi qu'à ce digne serviteur je

veux dire ce digne ami, Wil, car un ami seul peut i-en(h'e de tels services : vingt et un jours sans dormir, et veiller, sans compter les périls qu'il a courus en allant à la recherche de Théodrick... Kt ta blessure va-t-elle mieux, i\tar-(îuH ? — demanda madame W il d'une voix faible...

2i-2 ATAR-GULL.

— Bien, très-bien, ma bonne maîtresse... mais ne parlez pas... ça vous fatigue.

— Et dire, — murmura-t-elle, — que Tbéodrick a disparu sans qu'on puisse savoir comment , depuis le jour fatal où il s'est précipité hors de la chambre à la poursuite de cet affreux serpent ! »

i Le colon , agenouillé près du lit de sa femme , priait, la tète cachée dans ses mains.

Il fut tiré de cet état douloureux par un cri du noir.

tt Maître. . . maître. . . la maîtresse se meurt. »

La pauvre mère, en effet, s'affaiblissait à vue d'œil, tous les ressorts de cette àme si tendre et si aimante avaient été brisés par la mort de sa fdle.

Elle touchait à son dernier moment.

Elle fît signe qu'elle désirait parler...

Le colon et le nègre écoutèrent silencieux , à genoux.

- Mon ami, — dit-elle d'une voix éteinte et mourante, — quittez l'île... les pertes énormes que la mort de presque tous vos bestiaux , d'une partie de vos esclaves , vous a causées rendent ce dépari nécessaire ne songez pas à y rétablir votre fortune trop d'amers souvenirs vous tueraient ici...

réalisez le peu qui vous reste de notre bien el

partez emmenez Atar-Gull c'est un ami dévoué... allez en Europe... W il. .. c'est la prière d'une mourante... ne me refusez pas... jurez, prometlezle-moi... au nom de ma Jenny...

]\\\o ;iv;iil .111 plus encore une minute m vi\ re.

LE DEPART. i?2;î

Le colon (enait ses lèvres collées sur la main de sa femme déjà glacée et sanglotaif.

A un mouvement que fit madame W'il, Atar-CJuli s'approcha d'elle pour relever le chevet de sa maîtresse.

Et il se remit à genoux pour soutenir le corps défaillant de madame \\ il, en disant tout haut : u Pauvre bonne maîtresse... pauvre maîtresse... -d

Alais une horrible expression de joie, qu'iln'avait pu cacher eu regardant sa maîtresse mourante , terrifia madame W'il, et l'admirable instinct de son cœui' lui révéla tout à coup l'atroce hypocrisie que cett(» joie venait de trahir.

Aussi la malheureuse femme ouvrit affreusement les yeux... se dressa roide sur son séant, et cria d'une voix strangulée en jetant ses bras en avant avec un indéfinissable accent de terreur :

tt W'il... Wil... Atar-Gull... ne... Jemij... » ses forces la trahissant, elle ne put achevei-.

M. W il fit un signe d'approbation , croyant qu'il s'agissait de la promesse d'emmener Atar-Gull

c: Père, père, — dit bas Atar-CiuU, — les victimes ne te ^manqueront pas là-haut ; la vengeance commence. D

On arracha AI. V\ il de la chambi-e de sa femme.

Atar-duU lit pour lui ce qu'il avait fait pour madame U il, le veilla , le soigna avec tant de zèle , (l'abnégation de lui-même, que le gouverneur, voulant hii donner une marque d'estimeprobanle, ajouta de sa main, sur son acte d'alfranchisscineni , qui fui

demandé par le colon, les louanges les plus flatteuses sur son zèle et son vertueux attachement pour ses maîtres.

Enfin , deux mois après la mort de sa femme , M. \\ il réalisa le peu qui lui restait, paya ses dettes, et s'embarqua avec son fidèle noir pour Portsmouth, sur la frégate le. Camhrian , qui retournait en Angleterre.

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