‹ Atar-GullChapitre 7 sur 59 · LA VENTE · texte numérisé non relu

LA VENTE

(^)irils sniit doux , mais qu'ils soiil iiipidos, les moments que les frères et les sœurs passent dans leurs jeunes années , réunis sous l'aile de leurs iiea\ paiciitsi La f:iuiille de riiomme n'est que d'un jour; — le souffle de Dieu la disperse romme une fumée : à peine le tils connaît-il le père , le frère et la sœur. Le chêne voit fermer ses tjlan'js autour de lui : il n'en est pas ainsi des enfaiils des hommes !

ChATKALBP.IAVD. — Iti'UI'.

u Foi de Dieu , -compère , la gi-nisse et le veau cinquante éeus niai((iiés ?

— Xon , cinquante-cin([...

— Cinquante.

— Cinquanle-cinq. .. c'est donné.

— (Cinquante...

— Allons, niell(tns-cn cinquante-deux, coni- ])ére , et rompons la paille... Xous demanderons ensuite une cruche de vin et une «jalelle de blé unir.

— Tope... compère... ma croix eu Dieu.

— Tope, compère, ma croix en Dieu. — Paille rompue , marché fait. ■•

(Ioxam-Hkc. — Mieurf! hrrtonties.

Doux jours apt'c'.s l'enlrtn uc du capitaino Benoît et (lu l'cspoclahlo \ aii-Hop, /a Catlioinc se balançait sm- les eaux traïKpiilIrs do la Rivière aux Poissons;

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et, grâce au bas mât de la corvette anglaise, que le courant avait apporté jusqu'à la hauteur du brick, qui fut aiusi remàté au moyeu de deux bigucs dressées sur les gaillards, il était impossible de retrouver à bord la moindre trace des ravages de l'ouragan.

Les caillebotlis et les paniieaux avaient été enlevés, afin d'aérer et de saniûer la cale, pendant que l'équipage remplissait les barriques d'une eau pure et fraîche. On allait en consoiimer une si grande quantité! ! !

Il était environ midi, et le capitaine Benoit, légèrement vêtu , s'occupait à remettre sa dunette en ordre, à poser une foule de clous dont la destination était d'avance invariablement fixée ; puis il s'arrêtait pour considérer un instant le portrait de Catherine et de Thomas, et recommençait à ranger, frotter, étiqueter.

Alalheureusement , le matelot de veille à l'avant du brick vint l'arracher à ces touchantes et modestes occupations d'inférieur pour lui annoncer qu'une pirogue accostait à bâbord.

C'était un des mulâtres de l an-Hop, qui, saluant Benoît, lui dit :

tt Mon maître vous attend... capitaine...

— Enfin... il est donc arrivé le vieux serpent! je n'y comptais plus.

— Capitaine , il revient du Kitial au moment même avec beaucoup de noirs et le roi Taroo (jui les escorte; ils n'attendent que lous et les marchandises, capitaine.

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— CnioL ^ — dit Benoît ii son (jiiarlicr-niaîtrc , ip-and et ])eau garçoti, qui remplaçait le pauvre Simon coinine licuteuaut du capitaine... — Caiot, fais armer ia chaloupe, mets-y neuf hommes, et emharquc à bord les caisses et ])allots que tu trouveras (huis les soutes.

— On est paré, — dit C.aiof au bout d'une demiheure.

— Ah çà! mon garçon, — reprit le capitaine, — je te laisse à bord ; fais toujours bien aérer l'entre-pont, préparer les barres de -justice, les fers, les menottes ; que tout cela soit propre, convenable, décent ; eniin qu'ils se trouvent ici comme chez eux... ou à peu près.

— X'ij a pas de soin , capitaine , ça sci-a gréé à donner envie d'y fourrer les pieds et les mains ; je vais faire balayer le lit de ces messieurs , et il faudra qu'ils soient bien difficiles s'ils ne sont pas contents ; car les draps ne feront pas de plis , je vous jure.

— (i'est cela, mon garçon ; avant tout l'humanité, vois-tu, parce qu'enfin ce sont des hommes comme nous, et une bonne action trouve tôt ou tard sa récompense... -^ ajouta Benoit do la meilleure foi du monde.

(Juand les marchandises furent arrijuces à bord de la chaloupe, et que plusieurs matelots s'y furent pla(('s, M. Benoit descendit dans sa yole, c(, devançant l'autre embarcation , arriva bientôt près de M. \ an-Hop (jui l'aUendall à sa porte.

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. Allons donc , allons donc , capitaine ; arrivez donc, llàncui".

— (^'cst bien pln(()f vous, père Van-Hop ; deux jours... deux jours entiers...

— Si vous croyez que les alTaires vont vite avec ces |faillards-là , vous vous trompez ; ils sont plus udroils qu'on ne le pense , diable 1 mais enfui le l'oi Taroo est là dans ma case ; vous allez le voir et vous entendre avec lui... mais vos marchandises?

— Ma clialoupe les apporte ; j'ai laissé un homme dans la yole pour montrer le chetuin aux autres et les conduire ici.

— Avec les marchandises?

— Sans doute... soyez tranquille...

— Lien... très bien... Maintenant je vais vous présenter à Sa Alajeslé...

— Dites-moi donc, compère , je ne suis guèi'e en toilette pour me présenter devant Sa Majesté... j'ai une barbe de sapeur... et puis nne veste...

— Allez donc, allez donc... ne voulez-vous pas lui donner dans l'œil... vieux coquet? — dit plaisanmient le courtier en poussant Benoît dans l'intérieur de la maison.

Le roi Taroo , majeslneusement assis sur la table (au grand déplaisir de Van-Hop) , les jambes croisées comme un tailleur, fumait dans une grande

(î'était uu fort vilain nègre (h; quehpie (juaraidc ans, paré de son mieux, fièrement coiffe (futi vieuv chapeau à (rois cornes charge (le peliles phupies (h;

cuivre et portant pour tout vêtement une grande canne à pomme argentée et un lambeau de ceinture rouge qui lui ceignait à peine les reins.

Comme le courtier parlait fort agréablement namaquois , il servit d'interprète; et, après une heure de vive et chaleureuse discussion, on convint de se fier aux lumières de Van-Hop, qui devait rédiger les bases du traité consenti de part et d'autre ; il tira donc une écritoire de corne d'un secrétaire de uoj ci-, tailla soigneusement une plume qu'il approcha vingt fois de ses yeux et qu'il imbiba d'encre, à la grande satisfaction de Benoît, dont la patience était à bout.

Puis il lut lentement ce qui suit à lîenoît, après l'avoir préalablement traduit au roi Taroo.

« Sur riiahitatiou de l'Anse-aux-Prcs, ce... etc.

j» Moi, Paul Van-Hop, agissant au nom de... Taroo (nom de baptême en blanc), chef du Kraul de Kanti-Opoir, tri//u des grands Xainaquois , je rends au nom dudit Taroo, à M. Benoit... (Claude- Borrcmêe-Martialj , capitaine du brick la Catherine, savoir :

c Trente-deux nègi'es , race de petits Xama^ quois, sains, rigoureux et bien constitués , de l'âge de vingt à trente ans ; ci-conti'e, 52 nègres. Item : Dix-neuf négresses éi peu près du même âge , dont deux pleines et une agant un petit de quelques mois... que le vendeur donne noblemeîit par-dessus le marc/té; ci-contre, 19 négresses.

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•0 Ilcm : O/ize luujriUons el nécjnllonnes de neuf à (/onze ans : ci-contre, 11 négrillons.

■^ Total: 52 nèfjres , 19 7ièfjresscs , Il négrillons. T

Va le coui'tiei' accentuait son addition comme s'il eût dit .

Total : 52 livres 10 sous 11 deniers.

" Lrsfjiiels il licre audit Benoit (Claude-iiorroniéc-Martial) , moyennant... v

Ici le courtier l'ut interrompu...

a Mon bon l an-Hop , dit le capitaine, ajoutez : et à dame Cat/ierine-Brir/ifte Loupo , son épouse , comme étant en communauté de hiens , meubles et immeubles...

— Ce n'est pas la peine... monsieur Benoît.

— Si fait, car je dois bien ça... à ma pauvre épouse...

— Comme vous voudrez... n

Le clief Taroo, s'étanf fait expliquer par \an-Hop le sujet àc la discussion, et n'y comprenant rien du tout, but deux verres de rhum.

Le courtier continua après avoir accédé au désir de Benoît , et mentionna dame Cathcrine-Bri<|iltc lioupo ; il reprit :

<; MotjcnnanI :

■^ \ iniit-l rois fusils couiplcls, ifarnis de leur bà^ ijuelle , batterie et baïonnette ;

50 ATAU-GLLL.

r> Cinq quintaux' de poudre à tirer ;

■n Vingt quintaux de fer en harre ;

1) Quinze quintaux de plomb en saumon,

n Et six caisses de verroteries , colliers , bracelets en cuivre et enjilde laiton, qu il s'oblige à remettre à moi , lan-Hop (Paul) , agissant au nom et place du chcf'ïsa'oo.

1) Item, pour mes frais de commission, déplacement, etc. , le dit Benoit s'engage à me remettre, dans les vingt-quatre heures, la somme de mille livres en argent monnaijé et ayant cours, sans jjrè- Judice du marcJié fait, jjour lui avoir fourni les matériaux nécessaires pour radouber et remàter son brick.

•n Fait double entre nous, etc. * t>

Ceci lu et entendu, le chef Taroo agita la tète, et levant un bras en signe d'acquiescement , pinça le nez de l'époux de Catherine, qui répondit à cette royale faveur par un salut fort courtois.

a Voici la plume, capitaine, dit lan-Hop, maintenant signez.

— Tout cela est bel et bon, mais, avant de signer, je voudrais voir nos messieurs et nos madames.

— Rien de plus juste, capitaine, je ne suis pas de ces gens qui , comme ou dit , conseillent d'acheter

' Tout ce tiaitt' est liislc>rii|iie et p\is((' pu double au ^relle du (ril)Miinl de Sainl-l'ierif i .Murtiiii(|ue i , cuiiiniu pièce à l'appui d'un piocc? fail <t un iiégie.

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