‹ AthalieChapitre 110 sur 130 · UN LÉVITE · texte numérisé non relu

UN LÉVITE

J'ignore contre Dieu quel projet on médite,

Mais l'airain menaçant frémit de toutes parts ^ ;

On voit luire des feux parmi des étendards.

Et sans doute Athalie assemble son armée.

Déjà même au secours toute voie est fermée ; 190

Déjà le sacré mont', où le temple est bâti.

D'insolents Tyriens est partout investi.

L'un d'eux, en blasphémant, vient de nous faire entendre

Qu'Abner est dans les fers, et ne peut nous défendre*

1, « A peine Joas est-il couronné, à peine le spectateur a-t-il eu le temps de se livrer à des impressions si douces, que le poète vient jeter la terreur tout au travers de cette pompe et de cette allégresse. » (La Harpe.)

2 Airain. Expression figurée pour désigner les trompettes et les armes.

3. Ce mont est le mont de Morija, sommet déjà célèbre par la maison d'Abraham.

4 Ce vers est placé avec beaucoup d'art pour mettre le comble à la consternation : « La nouvelle de l'emprisonnement d'Abner est un coup de foudre qui semble frapper tous les défenseurs du jeune roi; en même temps, elle prépare une péripétie théâtrale lorsque Abner reparaîtra. »

JOSABET, à Joas.

Cher enfant, que le ciel en vain m'avait rendu, 195 Hélas ! pour vous sauver j'ai fait ce que j'ai pu, Dieu ne se souvient plus de David votre père.

JOAD, à Josabet.

Quoi? vous ne craignez pas d'attirer sa colère

Sur vous et sur ce roi si cher à votre amour?

Et quand Dieu, de vos bras l'arrachant sans retour, 200

Voudrait que de David la maison fût éteinte,

N'êtes-vous pas ici sur la montagne sainte

Où le père des Juifs sur son fils innocent^

Leva sans murmurer un bras obéissant.

Et mit sur un bûcher ce fruit de sa vieillesse, 205

Laissant à Dieu le soin d'accomplir sa promesse,

Et lui sacrifiant, avec ce fils aimé,

Tout l'espoir de sa race, en lui seul renfermé?

Amis, partageons-nous^ Qu'Ismaël en sa garde

Prenne tout le côté que l'Orient regarde ; 210

Vous, le côté de l'Ourse^ ; et vous, de l'Occident ;

Vous, le Midi. Qu'aucun, par un zèle imprudent.

Découvrant mes desseins, soit prêtre, soit lévite,

Ne sorte avant le temps, et ne se précipite ;

1. Abraham (Note de Racine). « Le nom de père des Juifs est donné à Abraham dans les livres des deux Testaments, non seulement en qualité de chef de la race, mais au point de vue d'une suprématie religieuse. » (COQFEREL.)

2. « La troisième partie de vous tous, prêtres, lévites et portiers, qui venez pour faire votre semaine dans le temple, gardera les portes ; l'autre troisième partie se placera vers le palais du roi, et la troisième à la porte que l'on nomme du Fondement ; le reste du peuple se tiendra dans le parvis de la maison du Seigneur, » (Paral. II, xxiii, 5.)

3. Le côti de l'Ourse, c'est-à-dire le côté où se trouve la constellation de la G-rande Ourse, le Nord.

Et que chacun enfin, d'un même esprit poussé, , 215 Garde en mourant le poste où je l'aurai placé. L'ennemi nous regarde, en son aveugle rage, Comme de vils troupeaux réservés au carnage, Et croit ne rencontrer que désordre et qu'effroi. Qu'Azarias partout accompagne le roi. 220

(A Joas.)

Venez, cher rejeton d'une vaillante race, Eemplir vos défenseurs d'une nouvelle audace ; Venez du diadème à leurs yeux vous couvrir^ Et ])érissez du moins en roi, s'il faut périr.

(A un Lévite.)

Suivez-le, Josabet. Vous, donnez-moi ces armes. 225 Enfants, offrez à Dieu vos innocentes larmes.

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