Voici la distribution des rôles principaux
JOAS, le flls de Laurent, concierge Josabet, M"« Duclos ;
de la Comédie ; Zacharie M"« Mimi Dancourt ;
Athalie, M"« Desmares ; Abner, Poisson fils;
JOAD, Beaubourg ; Mathan, Dancourt.
Le Fèvre, rédacteur du Mercure galant, assez peu favorablement disposé, rend compte de cette représentation en ces termes : « Le 3 de mars, on représenta sur le théâtre de la Comédie la tragédie dCAthalie, oti M. Beaubourg joua son rôle de grand-prêtre très bien et très fort. M. Dancourt fit le rôle de Mathan ; M^^^ Desmares fit le rôle d'Athalie, et Duclos, celui de Josabet... Je crois être obligé d'apprendre au public pourquoi Athalie et Josabet récitèrent leurs rôles avec tant d'art et de feu, que leur déclamation ravit tous les spectateurs. D'amies inséparables qu'elles étaient avant qu'il fût question à.' Athalie, elles se sont (elles s'étaient disputé le principal rôle) juré une si forte inimitié, que c'est aux motifs de leur haine que le public a la principale obligation du succès de cette tragédie, dont, en effet, les deux premières actrices sont, dans tout le cours de la pièce, des ennemies irréconciliables. M}^^ Mimi Dancourt y joua le rôle de Zacharie avec toute la noblesse et toute la grâce imaginables. Pour Joas, dont le rôle fut représenté par le fils de Laurent, concierge de la Comédie, il fut admiré et applaudi de tout le monde, et, à proportion de son âge, il surpassa de beaucoup tous les autres acteurs de la Comédie. »
Il se mêle beaucoup d'ironie à ces éloges. M'"^^ de Caylus, elle, est tout à fait mécontente. « Je crois^, dit elle, que Racine eût été fâché de voir son Athalie ainsi défigurée par une Josabet fardée, une Athalie outrée et un grand-prêtre plus ressemblant aux capucinades du petit père Honoré qu'à la majesté d'un prophète divin. »
Il y eut quatorze représentations, du 3 au 28 mars.
Le 30 mars, Athalie fut jouée aux Tuileries, devant le jeune roi Louis XV, âgé alors de six ans. Comme Joas, il restait le dernier d'une nombreuse famille royale. On lui appliquait, avec attendrissement, quelques vers de la pièce :
Voilà donc votre roi, votre unique espérance. J'ai pris soin jusqu'ici de vous le conserver... Du fidèle David c'est le précieux reste... Songez qu'en cet enfant tout Israël réside...