ACTE I.— SCÈNE I
Pour VOUS perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente:
Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous
vante ; Il affecte pour vous une fausse douceur ; Et, par là de son fiel colorant ^ la noirceur, Tantôt à cette reine il vous peint redoutable ; Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable, Il lui feint'' quen un lieu que vous seul connaissez. Vous cachez des trésors par David amassés.
Enfin, depuis deux jours la superbe Athalie Dans un sombre chagrin paraît ensevelie.
Je l'observais hier, et je voyais ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux ; Comme si, dans le fond de ce vaste édifice, Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice. Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter Que sur vous son courroux ne ^ soit près d'éclater, Et que de Jézabel la fille sanguinaire Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.
JOAD
Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots. Soumis avec respect à sa volonté sainte.
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre
crainte.
Cependant je rends ^âce au zèle officieux Qm sur tous mes périls vous fiiit ouvrir les yeux. Je vois que l'injustice en secret vous irrite, Que vous avez encor le cœur Israélite.
Le ciel en soit béni ! Mais ce secret courroux. Cette oisive vertu, vous en contentez-vous ?
1 Colorant — i. e., présentant sous un aspect favorable.
s II lui feint — Dans le langage ordinaire on ne dirait pns : Il feint qu'en un tel endroit il y a un trésor: ou dirait, il suppose. Feindro ne s'entend que d'une action simulée. De plus, on ne dirait pus feindre à quelqu'un: ce sont les latins qui dïKent: Finxii iUi. lUi mentitus est. Cette phruse est donc un pur latinisme.— La IIabpb.
' iV^- -Latinisin mentioned abore, p. 8.
10 ATHALIB.
La foi qui n'adt point, est-ce * une foi sincère ? Huit ans "^ déjà passés, une impie étrangère Du sceptre de David usurpe tous les droits, Se baigne impunément dans le sang de nos rois, Des enfants de son ôis détestable homicide.
Et même contre Dieu lève son bras perfide :
Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant état. Vous, nourri ^ dans les camps du saint roi Josaphat, Qui sous son fils Joram commandiez nos armées, Qui rassurâtes seul nos villes alarmées, Lorsque d'Ochozias le trépas imprévu Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu ; Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me touche ! Voici * comme ce Dieu vous répond par ma bouche : " Du zèle de ma loi que sert de vous parer ?
Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer ?
Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ? Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses ? Le sang de vos rois crie, et n'est point écouté. Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété ; Du milieu de mon peuple exterminez les crimes ; Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes."
ABNER
Hé ! que puis-je au milieu de ce peuple abattu ? Benjamin * est sans force, et Juda sans vertu : Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race Eteignit tout le feu de leur antique audace.
Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous : De l'honneur des Hébreux autrefois si jaloux, Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée ; •
1 Est-ce — En prose on àinit, est-eUe une foi sincère f Le pronom dénionitratif donne à la phrase une tournure bien plus Tive. — La Hakpb.
s Huitanê — ^After eight 3'ears.
• iVourH— Brought up. * Foia— Hear how.
* Benjamin et Juda, poor les tribus de Juda et do Benjamin qui ^'fmpoaàUent le rojrauroe de Juda.
" Terrass^^—àrmhed to the gromid, or humbl«d.