ACTE V. — SCÈNE II
ABNER
Oui, Seigneur ; elle a craint mon zèle et mon courage : Mais c'est le moindre prix que me gardait sa rage. Dans l'horreur d'un cachot par son ordre enfermé. J'attendais que, le temple en cendres consumé, De tant de flots de sang non encore assouvie. Elle vînt m'affi'anchir aune importune vie.
Et retrancher des jours qu'aurait dû mille fois Terminer la douleur de survivre à mes rois.
JOAD
Par quel miracle art-on obtenu votre grâce î
ABNER
Dieu dans ce cœur cruel sait seul ce qui se passe.
Elle m'a fait venir ; et d'un air égaré :
" Tu vois de mes soldats tout ce temple entouré,
" Dit-elle ; un fer vengeur va le réduire en cendre,
" Et ton Dieu contre moi ne le saurait ^ défendre.
" Ses prêtres toutefois, mais il faut se hâter,
" A deux conditions peuvent se racheter ;
'^ Qu'avec Êliacin on mette en ma puissance
" Un trésor dont je sais qu'ils ont la connaissance,
" Par votre roi David autrefois amassé,
'''Sous le sceau du secret au grand prêtre laissé.
" Va, dis-leur qu'à ce prix je leur permets de vivre."
JOAD
Quel conseil, cher Abner, croyez-vous qu'on doit suivre ?
ABNER
Et tout For de David, s'il est vrai qu'en effet Vous gardiez de David quelque trésor secret ; Et tout ce que des mains de cette reine avare Vous avez pu sauver et de riche et de rare, Donnez>le. Voulez-vous que d'impurs assassins Viennent briser Fautel, brûler les chérubins,
1 if« MturoK— CanoAt.
Et, portant sur notre arche une main téméraire, De votre propre sang souiller le sanctuaire ?
JOAD
Mais siérait-il, Abner, à des cœurs généreux De livrer au supplice un enfant mameureux, Un enfant que Dieu même à ma garde confie, Et de nous racheter aux dépens de sa vie ?
ABNER
1' Hélas ! Dieu voit mon cœur. Plût à ce Dieu puissant
(j Qu'Athalie oubliât un enfant innocent,
l! Et que du sang d' Abner sa cruauté contente
ii Crût calmer par ma mort le ciel qui la tourmente !
Mais que peuvent pour lui vos inutiles soins ? Quand vous périrez tous, en périra-t-il moins ? Dieu vous oMonne-t-il de tenter l'impossible î Pour obéir aux lois d*un tyran inflexible.
Moïse, par sa mère au Nil abandonné.
Se vit,^ presque en naissant, à périr condanmé ; Mais Dieu, le conservant contre toute espérance. Fit par le tyran même élever son enfance.
Qui sait ce qu'il réserve à votre Éliadn ; Et si, lui préparant un semblable destin, Il n'a point de pitié déjà rendu capable De nos malheureux rois l'homicide implacable ? Du moins, et Josabeth comme moi l'a pu voir, Tantôt à son aspect je l'ai vu s'émouvoir ; * J'ai vu de son courroux tomber la violence.
{A JosahéOi) Princesse, en ce péril vous gardez le silence ! Hé quoi ! pour un enfant qui vous est étranger, Sounre:^vous que sans fruit Joad laisse égorger Vous, son fils, tout ce peuple, et que le feu dévore Le seul lieu sur la terre ou Dieu veut qu'on l'adore ?
^ Se vit—y^BZ saen, i e., was.
^ Il iHut /e l'ai vue, en parlant ifAthalie : on a condamné tout d'une roix,Je l'ai vu.—AckdImml