LA FAMILLE COQUEREL
L'Église réformée de France compte plusieurs familles de pasteurs, tels que les Arnaud, les Bastide, les Durand, les Encontre, dont l'histoire est intimement liée à ses glorieuses annales et qui l'ont fidèlement servie de génération en génération. Si un aussi enviable privilège n'est point échu aux Coquerel, puisque Monique, la première d'entre eux qui ait fait profession publique de Protestantisme était née en 1741, ils n'en ont déployé de nos jours pour la cause de l'Évangile que plus de zèle et de talent.
On ne peut en effet, malgré l'identité des prénoms, établir aucune relation directe entre Athanase-Laurent- Charles, le pasteur de Paris, et son frère Charles, l'historien d'une part et de l'autre ce Charles-Paul Coquerel, peintre, fils de Charles Coquerel entrepreneur de bâtiments et de Madeleine Choisy, dont le mariage avec Marguerite, câgée de vingt ans, fille de Nicolas Portefin peintre en miniature et d'Elisabeth Behours, est inscrit sur les registres du temple de Charenton, en date du 30 mai 1 677. Le 7 janvier 1 685, les deux époux firent baptiser dans le même temple une fille sous le nom de Marie-Anne. « L'Arrest de la Cour du Parlement, portant condamnation de la démolition du temple de la
ville de la Rochelle et jugement des ministres, relaps et autres y dénommez » sortit des presses d'un Louis de Coquerel, imprimeur et marchand libraire à la Petite Rue en 16851.
Le nom de Coquerel se rencontre de bonne heure en Normandie, d'où nos amis tiraient leur origine. Dès le XVme siècle il est parlé d'une famille de robe qui porte ce nom sans qu'il puisse être prouvé par aucun document qu'elle ait dans la suite embrassé les doctrines huguenotes, d'un Hector de Coquerel, conseiller du roi, l'un des commissaires ordonnés à tenir l'esehiquier de Normandie à Rouen (1 453), d'un Jacques Coquerel, escuier, advocat en la cour de Rouen (1 637). Il appartenait aussi à la même famille, si ce n'est au même arbre généalogique, ce personnage expert dans l'art de bien dire, au sujet duquel Tallemant des Réaux dans ses « Naifvetez » à la suite des « Historiettes » nous relate ce piquant dicton : « Un maquignon de Rouen voulant vanter son cheval dit : « Il a la bouche admirable et a pour tout dire la bouche de Coquerel. » C'estait un advocat célèbre en Normandie. »
Quoi qu'il en soit de ces diverses anecdotes, les Coquerel, ancêtres des deux pasteurs de Paris, étaient fixés à Rouen, où ils exerçaient de père en fils la modeste profession de jardinier ileuriste. Si jusqu'à la deuxième moitié du XVIIIme siècle ils restèrent catholiques, ils n'en avaient pas moins été préparés à la Réforme par une saine et forte culture ainsi que par une lecture assidue de la Bible. Le trisaïeul de notre ami, Laurent-Martin, avait même dans sa ferveur d'Ap-
1 Bulletin de la Société d'Histoire du Protestantisme français, VII, 274.
pelant donné à chacun de ses enfants un prénom qui attestait la pureté de ses convictions jansénistes.
Le dernier d'entre eux, une fille baptisée Monique en souvenir de la pieuse mère de saint Augustin, fut amenée au Protestantisme par les circonstances singulièrement romanesques dans lesquelles s'accomplit son mariage avec l'héritier d'une ancienne famille de robe normande, Augustin Thomas, seigneur du Fossé. Orpheline dés son bas âge, et dépourvue de toute ressource pécuniaire, elle avait été recueillie au château de ce nom par sa future belle-mère, la baronne Berthe, une personne douce et faible qui ne cessa, au travers des plus terribles épreuves, de lui porter une tendre affection. Tout au contraire, le baron Antoine - Augustin , conseiller de grand'chambre au Parlement de Rouen, faisait, par son humeur tyrannique, le désespoir de tous ceux qui l'entouraient, et en particulier de son fils aîné dont il combattit la vocation militaire et plus tard les projets matrimoniaux. Contre les rigueurs et les emportements paternels, le jeune homme ne trouvait de consolation qu'auprès de sa mère et de la pupille de celle-ci, Monique Coquerel, qui l'attira bientôt par le charme de son esprit et l'agrément de sa conversation.
La conformité des croyances explique seule dans un milieu aussi formaliste le rapprochement de personnes aussi éloignées par la condition sociale. Les du Fossé avaient en effet dès l'origine figuré au premier rang des Jansénistes, si bien que l'un d'eux, Pierre, avait rédigé les Mémoires de Port-Royal et partagé à la Bastille la captivité de M. Singlin, tandis qu'un autre, Henri, avait épousé en 1671 Mlle Le Maistre, nièce de M. de Sacy et petite-nièce du grand Arnauld. Les persécutions endurées par les solitaires furent toujours
présentes à l'esprit de cette famille et invoquées par elle comme un glorieux exemple. En bravant avec une ténacité victorieuse de cruelles souffrances plutôt que de renoncera ce qu'il estimait juste et vrai, Augustin du Fossé ne fit que demeurer fidèle aux traditions de ses ancêtres et proclamer à la face de tous le sang d'Appelant qui coulait dans ses veines. A peine en effet fut-il assuré de l'amour de Monique qu'il profita pour s'unir avec elle par un mariage secret d'une absence forcée de son père, impliqué dans la longue querelle des Parlements avec Louis XV. La mort du roi rendit la liberté de ses mouvements au conseiller de la grand'chambre qui revint armé de lettres de cachet destinées à détenir à tout jamais dans des prisons séparées les deux coupables. Genève et bientôt après l'Angleterre leur offrirent un refuge acheté au prix de la plus dure pauvreté.
Nous renvoyons au très intéressant morceau consacré par M. Athanase Coquerel fils, dans les Libres Études les personnes désireuses de poursuivre jusqu'à la fin cette dramatique odyssée. Nous nous contentons de relever ici quelques traits qui nous paraissent éclairer d'un curieux reflet la biographie de notre ami.
Et tout d'abord Augustin, comme à son exemple Monique, sa vaillante épouse, fut amené à la foi évangélique par les longues et cruelles épreuves qu'il eut à supporter. Pendant les trente-trois mois de captivité auxquels il fut condamné par son père au couvent de Saint-Yon, et lorsqu'il se croyait encore bon catholique, il s'était livré à une étude persévérante de l'Écriture sainte et de l'Histoire ecclésiastique de Fleury. Les germes d'hérésie déposés dans son esprit par une lecture assidue fructifièrent pendant son exil, lorsqu'il
contempla de ses propres yeux, en Suisse, en Hollande, en Angleterre, dans les pays les plus libres du monde, un christianisme édifiant et austère et qu'il se convainquit que la Bible était opposée beaucoup plus franchement et plus hardiment par les Réformés que par les disciples d'Arnauld et de Jansénius aux sophismes jésuitiques et à l'arbitraire pontifical. Dans sa longue correspondance avec son frère, le chevalier de Bosmelet, il insista moins sur le droit théorique du libre examen que sur le devoir urgent et rigoureux d'examiner par soi-même la vérité. Le culte des images lui fut particulièrement odieux comme un emprunt à l'idolâtrie et comme une atteinte directe à l'unité de Dieu. Un monothéisme conséquent et absolu ne tarda pas à devenir pour cet ardent et grave esprit !e fondement et la substance de toute religion ; mais on ignore la date à laquelle il se rattacha définitivement et ouvertement à l'Église réformée.
Plusieurs années après, lorsque le Consistoire de Rouen l'eut choisi pour trésorier et qu'il eut érigé dans son domaine du Fossé une chapelle pour la célébration du culte ', il fat repris de ses anciens scrupules à l'endroit du dogme trinitaire et les développa dans une série de brochures dont la dernière en date (1821) donne le fidèle résumé : « Tant que j'aurai une goutte de sang dans les veines, je combattrai les traditions humaines, les pieuses impostures, inventions des IIIma et IVme siècles, et je défendrai l'Éternel, mon Dieu, qui
1 En 1851, le domaine du Fossé passa par la mort du gendre d'Augustin, M. Frey du Fossé, en la possession d'un ardent catholique, M. Abel de Bosmelet, ce qui amena la fermeture de la chapelle.
est un et non trois ni quatre, mais qui est le seul vrai Dieu et même le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ aussi bien que le mien. » Le corps directeur de l'Église s'émut de ce pamphlet, vraisemblablement à cause de sa suscription ironique : « Imprimé à Genève, sur les cendres de Michel Servet » et y répondit par une lettre circulaire des plus dignes, où, tout en affirmant sa foi orthodoxe il reconnaît pleinement la liberté de discussion sur un thème aussi fertile en controverses. Les pasteurs Mordant, Allègre, Paumier, interpellés tour à tour par le vénérable quoique toujours fougueux polémiste, ne se départirent pas davantage envers lui des règles de la courtoisie évangélique. Somme toute, du Fossé fut en théologie un Unitaire, avec moins de talent et autant de sécheresse que Priestley, sans l'élévation de vues et la chaleur sympathique de Channing.
Le despotisme paternel, qui l'avait poussé à son insu vers le Protestantisme, en fit en politique un adversaire décidé de l'ancien régime. Le XVIIIme siècle, s'il ne lui communiqua à aucun degré l'esprit railleur de l'Encyclopédie, lui transmit, comme l'écrivait son arrièreneveu, « son sentiment indestructible du droit, son mépris pour les distinctions de caste qui l'avaient rendu si longtemps et si cruellement malheureux, sa haine invétérée et implacable pour l'arbitraire. » Victime des lettres de cachet, il salua avec joie la révolution émancipatrice de 1789. On lit dans un acte tiré des archives de la commune de Forges les Eaux près Rouen et publié par M. Edmond Le Blant (Correspondant, 1874) : « Ce jourd'hui 31 Brumaire an II est comparu le citoyen Augustin-François Thomas, domicilié en la commune du Fossé, canton de Forges, lequel a
déclaré que fier de l'honorable titre d'homme libre et d'être républicain, il venait déposer sur le bureau ses vains titres, paperasses, dignes momeries de la féodalité, de la vanité, de l'orgueil et de la tyrannie pour être livrés aux flammes, etc. » Le ci-devant seigneur du Fossé devint le bienfaiteur de ses anciens vassaux et remplit avec un zèle exemplaire les fonctions d'administrateur de son département et de maire de sa commune. Ses idées libérales ne faiblirent point avec l'âge, et la Révolution de 1830 lui inspira au déclin de sa vie le même enthousiasme que dans sa jeunesse celle de 1789.
Plus encore que de leurs ancêtres normands, nos amis reçurent d'une famille anglaise alliée à la leur une forte impulsion morale. Pendant leur séjour dans la Grande Bretagne, Augustin et Monique du Fossé avaient rencontré secours et sympathie auprès de la femme et des filles d'un militaire retraité, M. Charles Williams qui avait fixé sa résidence à Aberconway, dans le pays de Galles. Lorsque plus tard les tribunaux les eurent réintégrés dans la possession de leurs biens, ils attirèrent assez souvent dans leur château du Fossé leurs anciennes protectrices pour que ces relations amicales aboutissent au mariage du neveu de Monique, Athanase- Marie-Martin Coquerel avec Miss Cécilia Williams.
Le 25 mai 1869, M. Athanase Coquerel fils profitait d'un séjour â Liverpool pour visiter le manoir où, près d'un siècle auparavant, son grand'oncle avait reçu une si généreuse hospitalité.
Londres, 27 mai 1869.
Le mardi 25, M. Beard (un célèbre pasteur unitaire) m'avait proposé, et j'ai accepté, de faire avec lui une course au pays de Galles et de visiter cette ville de Conway
ou cl'Aberconway d'où les Williams sont sortis, et qui a été occupée militairement par sa Grâce, le fameux archevêque et garde des sceaux Williams, de rude mémoire. Figuretoi Carcassonne avec sa ceinture de murs et de tours, sans ville neuve à côté, perchée sur un promontoire hardi en mer et baignée par la Conway, petite rivière qui devient ici un large estuaire. Au point le plus proéminent, bâtis une énorme forteresse à tours nombreuses et hautes, ruine le tout juste assez pour le rendre très pittoresque, et tu auras Conway1.
Du mariage d'Athanase-Marie-Martin Coquerel avec Cécilia Williams naquirent à Paris le 17 août 1795 Athanase-Laurent-Charles, le pasteur de l'Église réformée, et le 17 avril 1797, Charles-Augustin, historien et publiciste. Tous deux, en raison de la mort prématurée de leurs parents, furent élevés par leur aïeule et leurs tantes maternelles et nourris dès leur plus tendre enfance des traditions huguenotes et libérales. Les dames Williams descendaient en effet de covenantaires écossais qui avaient combattu contre Charles Stuart et se trouvaient de plus alliées à une famille de marchands de la Rochelle, établis dans la Grande Bretagne depuis la révocation de l'Édit de Nantes. Leur influence fut aussi heureuse que profonde sur les deux enfants confiés à leur sollicitude. Aux genoux de la première, ils puisèrent la fraîcheur et la simplicité du sentiment religieux, les convictions ferventes et tenaces, l'absolu dévouement à la cause de la Réforme qu'elle avait hérités elle-même de ses aïeux presbytériens. La Bible était demeurée dans la famille le livre par excellence, et l'exemplaire qui longtemps consola et fortifia l'aïeule continua k être entouré de la vénération des descen-
1 Lettre à Mme Pauline Coquerel.
dants. Lorsque quelques catéchumènes de M. Coquerel père acquirent après sa mort sa bibliothèque pour en faire présent à la Société d'Histoire du Protestantisme français, notre ami écrivit au président de cette dernière :
Je vous demanderai aussi la permission de garder la Bible de Minorque qui n'a rien d'important que pour nous. C'est une Bible anglaise in-folio fort ordinaire. Quand le maréchal de Richelieu prit Port-Mahon, lord Blakeney qui y commandait se retira dans un canot avec mon arrière-grand-oncle, le colonel d'artillerie David Hay qui était son secrétaire et son intime ami. Au moment du départ le colonel demanda et obtint de retourner chez lui chercher sa Bible et revint la rapporter dans le canot ainsi qu'une pelisse fourrée qui a encore été portée en Hollande par mon père (sous une forme différente). Cette Bible était très chère à ma grand'mère et à sa sœur qui ne l'appelaient que la Bible de Minorque. Pardon de ces réclamations très illégales ; je ne les ferais ni si ces objets avaient de l'intérêt pour d'autres que pour nous, ni si je ne savais que vous êtes trop affectueusement bienveillant pour les désapprouver.
Sous la direction éclairée de leurs tantes et avec les bienveillants conseils des hommes distingués qui se réunissaient dans leur salon, se développaient chez les deux adolescents la soif de tout connaître, l'enthousiasme pour le beau et le vrai sous toutes leurs formes, une activité d'esprit infatigable. Pendant les années qui précédèrent la Terreur, les dames Williams avaient réussi à grouper autour d'elles plusieurs hommes d'un rare mérite : Alexandre de Humboldt dont l'amitié ne se démentit pas dans les circonstances les plus critiques, les deux Chénier , Ginguené, Bernardin de Saint-Pierre, l'économiste J.-B.
1 11 avril 1868. Lettre à M. le baron Fernand de Schickler.
Say, le général polonais Kosciusko, l'évêque républicain Grégoire, les pasteurs Rabaut-Saint-Étienne, Marron, Jean Monod. L'intelligence déjà vive et ouverte des deux frères se développa rapidement dans un milieu aussi propice ; ce fut dans le salon hospitalier de ses tantes qu'Àthanase contracta avec M. Frédéric Monod, son aîné seulement d'une année, des relations d'amitié assez solides pour qu'elles ne pussent jamais être altérées par les plus graves dissentiments dogmatiques \
Miss Helena Williams, dont le nom est aujourd'hui à peu près oublié, était poète à ses heures et enrichit le recueil sacré des Unitaires de plusieurs hymnes aussi remarquables par la pureté du rythme que par l'élévation des sentiments. Ce ne fut pas sans une profonde émotion que son neveu et son petit-neveu entendirent à diverses reprises chanter le plus connu d'entre eux : « AVhile thee I seek, protecting Power, » dans plusieurs chapelles de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Athanase Coquerel père, qui n'oublia jamais un seul instant tout ce qu'il devait à ces bienfaitrices éclairées de sa jeunesse, leur témoigna publiquement sa gratitude en dédiant à leur mémoire vénérée ses Esquisses poétiques de l'Ancien Testament.
Les événements de 1 789 rencontrèrent dans la logique descendante des Presbytériens écossais une fervente adepte. Frappée des erreurs et des préjugés dans lesquels persévérait à leur égard la très grande majorité de ses compatriotes, elle entreprit de les réfuter, soit dans quatre séries de Lettres sur la France (1 795-1 796),
1 Des liens tout aussi intimes unirent un autre pasteur libéral de l'Église de Paris, M. Martin Paschoud, avec MM. Adolphe et Guillaume Monod.
soit dans un curieux volume intitulé : Esquisses des Mœurs et des Opinions pendant la Révolution (1 801 ) *. Lorsqu'à l'enthousiasme du début eut succédé la période des égarements, Miss Williams, loin de renier ses convictions girondines, prit ouvertement la défense de ses amis politiques, de ceux surtout auxquels l'unissait la communauté des croyances huguenotes. Rabaut Saint- Étienne vint à l'heure du péril se réfugier dans sa maison, mais la quitta bientôt après pour un asile qu'il s'imaginait être plus sûr. Enfermée elle-même au plus fort de la Terreur dans le palais du Luxembourg, elle y célébra chaque soir un culte de famille avec deux de ses compagnons de captivité, le marquis de Sillery, époux de Mme de Genlis, et l'ancien pasteur du Désert, Alba Lasource.
La profondeur des impressions religieuses qu'Athanase et Charles Coquerel puisèrent dans leur intime commerce avec les dames Williams ne fut point étrangère au désir ressenti par eux dès leur tendre jeunesse de consacrer leurs forces au service de l'Église réformée de France. Après avoir séjourné quelque temps dans une pension de Genève, ils furent envoyés en 1 81 1 à la Faculté nouvellement créée de Montauban pour s'y préparer en vue du saint ministère; mais des deux frères, Athanase fut le seul qui poussa ses études jusqu'à leur complet achèvement et obtint en 1816 le grade de bachelier en théologie, après avoir présenté une thèse sur YExistence de Dieu prouvée par la contemplation de V Univers. La luxation d'un bras et les embarras pécuniaires qui coïncidèrent pour sa famille avec la chute de l'Empire, ramenèrent en 1815 à Paris Charles Coque-
1 En anglais.
rel, avant qu'il eût achevé le cycle de ses études préparatoires. Il n'en demeura pas moins, en dépit de la fortune adverse, un théologien laïque, versé dans tous les problèmes de l'exégèse et de la critique, désireux d'asseoir sa foi sur des investigations indépendantes, résolu à servir en dehors des cadres cette Église réformée à laquelle il n'avait pu se consacrer par un ministère régulier.
Lorsqu'au bout de cinq années Athanase Coquerel revint à Paris, sa famille se trouvait encore dans une situation des plus perplexes. Il s'efforça aussitôt de lui être utile en aidant Miss Helena Williams dans sa traduction des œuvres de Humboldt et ses autres publications; mais, malgré l'ardent désir qu'il éprouvait d'une position stable, il n'en refusa pas moins une place avantageuse de pasteur à Saint-Hélier dans l'île de Jersey, qui lui avait été offerte à cause de sa parfaite connaissance de la langue anglaise. Il lui répugnait de prendre des engagements contraires à sa conscience et de signer les 39 articles de la confession anglicane. Peu après, le 2 novembre 1817, lors de la célébration par l'Église réformée de France du jubilé triséculaire de la Réformation, il occupa la chaire de l'Oratoire et choisit pour texte le prophétique avertissement adressé par Gamalie! au Sanhédrin. Son discours (imprimé dans le premier recueil de Sermons), malgré d'inévitables défauts de jeunesse, se distinguait déjà par cette élévation de pensée et cette ampleur de style qui lui ont assuré une place si honorable parmi les prédicateurs contemporains.
La hardiesse de ses idées dogmatiques qui lui avait interdit l'accès de la Grande Bretagne était faite tout au contraire pour lui ouvrir le chemin des Pays-Bas. Le vieil ami de sa famille, M. Marron, qui en était lui-même
originaire et avait rempli à Paris les fonctions de chapelain de l'ambassade de Hollande avant de devenir le pasteur de la nouvelle église réformée, l'engagea à se rendre à Amsterdam pour y donner des prédications pendant un intérim de quelques semaines. M. Coquerel s'y fit entendre pour la première fois dans les circonstances les plus défavorables, à un service du soir, au sein d'une communauté aristocratique et lettrée, à laquelle ses conducteurs ordinaires avaient donné le droit de se montrer difficile et qui ne se dérangeait pas volontiers en faveur d'un inconnu. Ceux de ses membres en trop petit nombre qui ne se laissèrent pas arrêter par leurs préventions, conçurent du jeune prédicateur parisien une opinion si favorable qu'ils la firent partager à tous leurs amis et que le dimanche suivant à 4 0 h., le temple se trouva rempli par une foule des plus sympathiques. Deux épreuves avaient suffi à M. Coquerel {tour établir d'une manière solide sa réputation d'orateur, non seulement à Amsterdam, mais dans toute la Hollande.
Les habitants de la paroisse devenue vacante par le décès du vénérable M. Griot furent unanimes dans leur choix, et la nomination, si elle n'eût dépendu que d'eux, se serait accomplie dans le plus bref délai. Par malheur, ie Règlement sur l'admission d'Étrangers à la prédication publique dans l'Église des Pays-Bas s'opposait formellement à leur désir. L'article 7 était ainsi rédigé :
Personne ayant obtenu hors du pays le droit de prêcher dans l'Église réformée, sans avoir eu de place comme pasleur, ne peut être admis àjla prédication dans ce royaume, s'il n'a subi l'examen requis devant une des directions provinciales. Les objets de cet examen sont l'exégèse et la critique de l'Ancien et du Nouveau Testament, l'histoire
de l'Église et celle des dogmes, la théologie dogmatique, la morale, l'homilétique et la pastorale. Le récipiendiaire doit en outre justifier de son aptitude pour la prédication, soit par une proposition écrite, soit par un discours prononcé de vive voix.
Au premier abord le diplôme de Montauban ne paraissait pas offrir aux théologiens hollandais des garanties scientifiques suffisantes, mais jamais corps directeur éclairé ne s'est appuyé sur la lettre d'un règlement pour refuser satisfaction aux vœux légitimes de toute une paroisse. Les deux parties, après des négociations un peu délicates, finirent par tomber d'accord et M. Coquerel fut appelé à Amsterdam en qualité de pasteur extraordinaire avec des fonctions spéciales, mais avec les mêmes droits que ses autres collègues. Venu en Hollande pour un séjour de quelques semaines, il n'y demeura pas moins de douze années, de ISIS à 1830.