AMSTERDAM
L'église wallonne d'Amsterdam que M. Coquerel était appelé à desservir, appartenait à cet illustre groupe du Refuge, fondé par les Gueux, que l'intolérance espagnole repoussait des Pays-Ras belges et auxquels la prévoyance de Marnix de Sainte-Aldegonde avait assuré en Hollande une nouvelle patrie. Trente années déjà avant la date solennelle de mai 1578, des milliers de fugitifs chassés par la tyrannie de Philippe II étaient accourus de Liège, de Namur, du Hainaut, de l'Artois, des Flandres vers la nouvelle et hospitalière république des sept Provinces-Unies, où ils purent dans chaque ville s'organiser en autant de communautés distinctes. Le premier pasteur wallon qui ait exercé le saint ministère dans la capitale de la Hollande, fut Jean de la Drève et la chapelle où il prêchait est demeurée, grâce à des réparations et à des agrandissements successifs, le Grand ou Vieux Temple où se célèbre encore aujourd'hui le culte.
L'église ne tarda pas à devenir la plus considérable de toutes celles auxquelles le Refuge avait donné naissance, grâce à des émigrations successives, soit celles de coreligionnaires immédiats qui se prolongèrent pendant plusieurs années et auxquelles la dispersion de
l'Église d'Anvers, le 17 août 1585, imprima une nouvelle activité, soit celles des Huguenots français qui, toujours plus inquiétés dans leur propre pays, arrivèrent plus nombreux en Hollande, « dans l'arche de délivrance, » comme ils l'appelaient en leur biblique langage, depuis la prise de la Rochelle (28 octobre 1 628) *.
Les délégués d'Amsterdam siégeaient, soit au synode wallon où, grâce à ses trois pasteurs et à sa prospérité matérielle , leur communauté exerçait une influence décisive, soit au synode général qui constituait l'autorité suprême de l'église réformée de la république des Provinces-Unies. Comme le pouvoir civil, effrayé des violences dogmatiques de Dordrecht, se refusa à en convoquer de nouveaux à partir de 1619, les communautés wallonnes jouirent pour leur administration intérieure d'une pleine autonomie, sans que les liens qui les unissaient avec les autres fractions de l'Église néerlandaise ai 'iit jamais eu à en souffrir. Leurs pasteurs se distinguèrent par leur modération pendant les troubles politiques et religieux du XVIIme siècle, les longs et violents débats sur la Prédestination, auxquels se livrèrent à l'envi les Gomaristes et les Arminiens. Cependant, plutôt que d'adhérer par sa signature aux articles de Dordrecht, Simon Goulard d'Amsterdam préféra la destitution (1619).
Le nombre des réfugiés français s'accrut dans des proportions toujours plus rapides avec les Dragonnades et la Révocation de l'Édit de Nantes. Dans le seul mois de janvier 1685 Amsterdam n'en compta pas moins de
1 On pourrait même dire à partir de l'édit du 18 juillet 1585, si l'émigration n'avait presque entièrement cessé pendant le règne de Henri IV et la première moitié de celui de Louis XIII.
2000; le magistrat fit construire 1000 nouvelles maisons pour leur servir d'asiles, et les délégués au synode wallon formulèrent la demande d'une collecte générale qui fut transmise aux États de Hollande par le grant},pensionnaire Fagel \ Lorsqu'encouragé par cette générosité universelle Duplan eut réussi à former la Commission dite « pour les Églises de France, » où siégèrent les pasteurs de Leyden, d'Amsterdam, de Rotterdam et de la Haye, les États de la Hollande et de la Frise s'inscrivirent en faveur des pasteurs sous la croix et des étudiants de Lausanne pour un subside annuel de 2000 florins, religieusement renouvelé jusqu'en 1793 et à la transformation en république batave de l'ancienne et glorieuse république des Provinces-Unies. Par une délicate attention, les chapelains de l'ambassade de Hollande à Paris furent toujours choisis dans des familles originaires du Refuge et suppléèrent au manque de pasteurs officiellement reconnus dans la capitale. A partir de 1685 l'affluence des proscrits au service divin fut si considérable que le magistrat d'Amsterdam, pour prévenir une catastrophe, dut faire étayer les vastes tribunes du temple wallon et s'occupa de l'aménagement d'un deuxième local pour le culte. La prédication y fut confiée à quelques-uns des pasteurs venus de France sous la surveillance du Consistoire, mais sans qu'ils fussent admis dans le sein de cette vénérable assemblée. Le magistrat tint au contraire à établir une distinction des plus nettes entre l'ancienne Église de nationalité franchement wallonne et la communauté des nouveaux immigrants. L'entretien même des pauvres ne devait en
1 En 1687. Elle produisit dans la seule ville d'Amsterdam 38,180 florins.
aucun cas tomber à la charge de la diaconie, mais il y fut pourvu au moyen d'un bureau directement créé dans ce but et avec l'aide de fonds spéciaux.
Une génération ne s'était pas écoulée que ces barrières, fruits d'une excessive prudence, tombaient l'une après l'autre. Les réfugiés français, après avoir reçu le droit de bourgeoisie, s'unirent avec leurs prédécesseurs wallons pour ne former qu'un seul troupeau, dirigé par les mêmes anciens et les mêmes pasteurs, s'édifiant dans les mêmes temples, concentrant ses ressources pécuniaires sur une seule diaconie. Le nombre de leurs ressortissants s'accrut dans de telles proportions que celui de leurs conducteurs spirituels finit par s'élever à six, sans parler de deux auxiliaires, connus sous le nom de consolateurs ou catéchistes. Les descendants des Huguenots, tout en s' alliant avec des familles hollandaises et en se conformant aux usages de leur nouvelle patrie, continuèrent à se servir de leur langue maternelle non seulement dans leurs conversations et leurs correspondances particulières, mais du haut de la chaire. Aujourd'hui encore plusieurs familles patriciennes, aussi avantageusement connues dans les annales du commerce que dans les fastes de la science, aiment à entendre prêcher en français et sont demeurées fidèles au culte de leurs ancêtres, les héros du Refuge. L'Église wallonne d'Amsterdam fut pendant toute la durée du XVIIIme siècle un foyer de lumière et de vie religieuse qui rayonna et sur l'Église néerlandaise et bien au delà de ses étroites frontières par les publications de ses théologiens et surtout par les sermons de ses pasteurs. Parmi ceux qui sont inscrits au premier rang sur le livre d'or de l'éloquence, il suffit de mentionner les deux Roullers, les deux de Chauffepié, Châtelain, Huet, Desmazures, Vernède.
Au commencement du XIXme siècle, les Églises wallonnes se virent gravement compromises par la domination française dans leur organisme et leurs intérêts matériels. La Hollande, douloureusement blessée dans .son patriotisme, avait senti se refroidir ses sympathies séculaires à leur égard. Aussi Guillaume Ier, dans son édit de réorganisation de 1816, n'hésita-t-il pas à en supprimer dans plusieurs villes de deuxième rang et à diminuer dans celles qui étaient maintenues le chiffre de leurs pasteurs. L'Église d'Amsterdam dans cette période critique se montra digne de l'hégémonie que lui assurait le nombre de ses ressortissants, par l'énergie avec laquelle elle soutint les droits de ses sœurs plus faibles et l'habileté avec laquelle pour mainte affaire importante elle ménagea la victoire. Gravement atteinte ellemême dans sa fortune par le retrait de tout subside gouvernemental, privée depuis Louis Bonaparte de l'un de ses temples, elle n'en continua pas moins à entretenir ses trois écoles, son asile pour les vieillards, sa maison d'orphelins et mérita l'admiration générale par la dignité avec laquelle elle supporta la fortune adverse.
En 1 820, après la mort de Griot, elle se trouvait desservie par trois pasteurs de talent : Tobert, le président de la Commission wallonne, un vieillard encore plein de vigueur, riche d'expérience, entouré de l'affection universelle; Châtelain, l'un des rares représentants à cette époque du principe méthodiste, un disciple distingué de Bilderdijk et d'Isaac da Costa, et enfin Teissèdre Lange.
Athanase Coquerel justifia la confiance dont l'avait honoré la Commission wallonne par son zèle pastoral et ses capacités oratoires. Un témoin auriculaire qui devait lui succéder plus tard dans cette même chaire
d'Amsterdam, M. l'ancien pasteur Mounier, trace de son éloquence cette agréable esquisse :
On était ravi, ébloui par cette prédication brillante, par ce riche fond d'idées toujours intéressantes et sérieuses, spirituelles et souvent saisissantes, par ce langage clair, net, incisif, le tout débité avec des effets de geste et de voix qui ne dépassaient jamais ce que permet la dignité de la chaire, mais qui augmentaient considérablement l'impression du discours. C'était bien l'éclatante confirmation de la parole de Cicéron, en vertu de laquelle l'action est la première, la deuxième et la troisième des choses essentielles.
L'enthousiasme suscité à Amsterdam par cette parole vibrante fut des plus communicatifs. Les auditoires qu'il lui fut aisé de réunir surpassèrent de beaucoup ceux (pie groupaient d'ordinaire ses collègues wallons, comme depuis lors, sauf de rares occasions, on n'en a jamais revu de semblables. Souvent même le Grand- Temple, malgré ses vastes proportions, se trouva trop exigu pour les contenir. Dans les premiers temps on accourait des villes voisines et jusque de Harlem pour assister au culte de 10 heures, et cela en dépit de la distance et des froids les plus rigoureux. Les professeurs d'Utrecht et de Leyden demandèrent bientôt à M. Coquerel de célébrer une fois par mois le service divin dans les chapelles de leurs Universités, à la grande satisfaction des étudiants en théologie qui ne pouvaient que bénéficier des conseils et de l'exemple d'un maître aussi consommé dans l'art de bien dire. Dans l'Église néerlandaise, beaucoup de prédicateurs distingués parmi les contemporains et même parmi ceux d'un âge plus mûr se sont plus à reconnaître l'influence exercée sur eux par cette parole si vive et si libre. On n'affirme
même rien d'excessif en parlant d'une véritable révolution dans ce domaine, puisque la coutume de lire en chaire, jusqu'alors habituelle dans les Pays-Bas et même sanctionnée par d'illustres exemples, fut, à partir de '1820, toujours plus sévèrement proscrite.
Un travail persévérant consolida ces brillants débuts et retint au pied de la chaire de M. Coquerel des auditoires toujours plus considérables. Le jeune pasteur avait d'abord été effrayé à la perspective de prêcher chaque dimanche devant un public d'élite, peu variable dans ses éléments et que blesserait la répétition des mêmes discours à de brefs intervalles. Le Consistoire d'Amsterdam lui permit de ne se faire entendre que deux fois par mois et de répéter à la Maison des orphelins, par une exception des plus flatteuses, les sermons qu'il avait prononcés au Grand-Temple quinze jours auparavant. Le prédicateur consacra les loisirs qui lui étaient faits, à une méditation toujours plus intense des saints Livres, de telle sorte que sa parole abondante et facile gagna chaque jour davantage en sérieux et en profondeur. On peut se convaincre des progrès réalisés à cet égard par la lecture de ses deux premiers volumes de sermons qu'il publia en 1819 et 1829, soit pour satisfaire aux désirs d'auditeurs sympathiques, soit pour réfuter de la manière la plus probante les accusations d'incrédulité formulées contre lui par l'orthodoxie du Réveil.
Athanase Coquerel se serait grandement facilité sa tâche comme prédicateur en recourant à l'improvisation, comme le lui conseillaient la plupart de ses amis. Tout semblait lui garantir le succès : la richesse de ses pensées, l'étendue de ses lectures, sa merveilleuse mémoire, sa parole élégante et rapide ; mais il se faisait
de sa mission une idée trop hante pour la compromettre jamais par une tentative hasardée.
Comme devoir et au point de vue de la responsabilité du pasteur, écrivait-il à la fin de sa carrière, en 1860, c'est une faute que rien n'atténue, c'est une témérité que rien n'excuse que de monter en chaire sans préparation, muni d'une ébauche grossière, de quelques notes décousues ou de l'étude à peine effleurée d'un texte ^banal. Qui n'a dû rester péniblement assis devant des flots d'éloquence qui auraient énormément gagné à se tarir, qui n'a entendu des discours depuis longtemps terminés pour les idées sans l'être encore pour les paroles ? Ces dimensions exagérées sont un des périls les plus scabreux de l'improvisation. Je citerais aisément de mémorables exemples où la prolongation imprudente d'une méditation alors que tout était dit, l'attente impatiente d'une fin espérée à chaque phrase et qui n'arrivait pas, a compromis et même ruiné un succès déjà obtenu ; en vérité c'est se ruiner en pure perte '.
On prétend qae plus tard Coquerel regretta d'avoir écrit tous ses sermons d'Amsterdam et qu'au souvenir de la fatigue que lui laissaient les services de la Maison des orphelins, il se serait écrié à de fréquentes reprises : « Si j'avais su I si j'avais osé ! » Nous croyons pour nous que, sans cette longue et consciencieuse préparation, il n'aurait jamais improvisé dans les chaires de Paris avec autant de sûreté et d'éclat.
La Hollande, avec sa large et solide hospitalité, ne tarda pas à devenir pour le jeune prédicateur parisien une seconde patrie. Nommé pasteur titulaire en 1823, il entretint avec ses collègues, non seulement wallons, mais néerlandais, les relations les plus cordiales et prit aux travaux de la Commission synodale une part aussi
1 Observations pratiques sur la Prédication, p. 219, 225, passim.
active qu'éclairée. Avec son intelligence prompte et ouverte il négligea tout aussi peu les trésors que lui offrait l'érudition nationale.
Sur ce sol fondé et créé par la liberté, la théologie se montra précise dans ses déductions, patiente, laborieuse, à la fois trop solidement savante et trop sincèrement pieuse pour tomber dans les écarts de l'utopie ou du formalisme. Si trop souvent les vues originales et les travaux d'ensemble lui firent défaut, elle se distingua par l'étendue des connaissances, la fermeté du coupd'œil, l'équité calme et bienveillante, la critique ingénieuse des détails. Les esprits n'ont peut être point été subjugués par elle, mais ils ont encore moins été égarés et ont trouvé tout au contraire beaucoup h apprendre dans son commerce.
L'école de Leyden, dont les vues prédominaient à cette époque dans le clergé, se distinguait par une horreur instinctive du schisme, une profonde aversion pour le dogme, une prédilection tout aussi exclusive pour la morale, tenue par elle pour l'essence du christianisme. Son plus illustre représentant était le professeur Van der Palm, un savant orientaliste mais surtout un orateur disert et un agréable écrivain dont le souvenir est demeuré en vénération auprès de ses compatriotes. Sa volumineuse Histoire sainte pour la jeunesse et les notes non moins étendues dont il accompagna sa traduction de la Bible, s'inspiraient d'un aimable et prudent supranaturalisme aussi éloigné du calvinisme strict que de la critique moderne si brillamment inaugurée par ses successeurs, Scholten, Kuenen et Rauvenhoff.
De cette école, dépassée aujourd'hui mais dont il serait injuste de méconnaître les services, Coquerel s'appropria ce qu'elle avait de meilleur et de plus national,
l'exégèse sagace et minutieuse. La Biographie sacrer (1 826), où toute personne un peu versée dans cet ordre d'études relèverait aujourd'hui de graves erreurs, n'en demeure pas moins un ouvrage consciencieux et substantiel, qui obtint en Hollande lors de son apparition les éloges des juges les plus compétents et combla dans la littérature du Protestantisme français une sérieuse lacune1. Le même intérêt scientifique inspira l'auteur dans sa Lettre à son frère Charles sur les hiéroglyphes2, 1828, où il s'efforça d'utiliser pour une interprétation plus saine de l'Ancien Testament, les découvertes de l'Égyptologie. Ce fut également dans cette période si féconde pour son développement intellectuel que M. Coquerel jeta les premières bases de son Cours de religion chrétienne, de son Christianisme expérimental et qu'il rassembla les matériaux d'un ouvrage que les travaux toujours croissants de son ministère l'empêchèrent de mener à bonne fin : Y Histoire de la Providence qui aurait devancé la belle et savante apologie de Bunsen : Dieu dans l'histoire. Dans une sphère plus modeste il traduisit, en 1829, de l'anglais, pour l'édification des petits et des simples, les touchantes hymnes de Mme Barbauld, une amie de Miss Williams. Son activité littéraire se manifesta encore par une collaboration assidue aux Mélanges de religion et de critique de Samuel Vincent, aux Annales protestantes, aux
' M. J. Aug.Bost reconnaît dans la préface de son Dictionnaire de la Bible (1849) lui avoir fait d'utiles et nombreux emprunts.
J Une deuxième parut en 1833 dans les Annales de philosophie chrétienne. M. Coquerel ne cessa de suivre avec un vif intérêt les travaux de l'archéologie orientale comme l'atteste une série d'articles sur les fouilles de Ninive publiés dans le Lien (17 avril, 21 juillet, 6 octobre 1849).
Archives du Christianisme et à la Revue protestante successivement dirigés par son frère Charles.
Pour la vie privée, M. Coquerel bénéficia des étroits liens qui unissaient entre eux les membres d'une Église petite par le nombre mais cultivée par l'intelligence et glorieuse par les souvenirs. Les Hollandais du Refuge, qui ne goûtent rien tant que la belle langue de leurs ancêtres, étaient sous le charme de cette parole brillante, animée, toute nourrie de la moelle du XVIIme siècle.
C'était une jouissance., m'écrit encore M. Mounier, de l'entendre réciter les plus beaux passages des tragiques, de le voir alors déployer son grand talent de déclamation et de l'écouter parlant des traditions de Lekain ou de la méthode de Talma.
Ses propres compositions poétiques, dans lesquelles il ne voyait qu'un délassement à un travail plus austère dans sa continuité, rencontrèrent de tout aussi bienveillants auditeurs.
Parmi les solides amitiés que forma M. Coquerel pendant son séjour à Amsterdam, nous ne mentionnerons que celles avec M. Luzac, ancien curateur de l'Université de Leyden, ancien ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique, et son collègue Teissédre Lange. Le premier qui descendait de l'illustre famille des journalistes, philologues et jurisconsultes, maintenait dignement leurs doctes traditions.
Ces trois jours passés à Leyden. écrivait le 22 juin 1859 M. Coquerel fils, ont été charmants. M. Luzac, dans sa bibliothèque qui tient sept pièces, au milieu de ses autographes, gravures, etc.. ne cessait de courir partout pour me montrer des choses curieuses, mais rien de plus intéressant pour moi que des lettres de mon père, écrites de 1818 à 1827. Déjà ils étaient d'une entière intimité, et j'ai
trouvé sur ma mère quelques détails précieux. Il m'a même donné quatre lignes d'elle, triste lettre où elle avertissait mon père qui était au Synode, à Leyden, que mon frère Jean-Pierre était en danger. Mon père est accouru mais l'a trouvé mort. J'ai retrouvé à Leyden. comme pasteur, un homme de mon âge qui, il y a trente-cinq ans, était en pension chez M. Mollet l. quand j'y demeurais et allait en vacances chez son oncle, mon parrain, M. Lange, chez qui je le retrouvais également. Il est très libéral en théologie et nous nous entendons très bien. Les collections de M. Luzac et des promenades en voiture ont rempli ces trois jours2.
Le deuxième auquel M. Coquerel a tenu à consacrer, dans la France protestante de MM. Haag, une notice biographique, était aussi remarquable par l'élévation, de ses vues que par sa parfaite tolérance pour les opinions d'autrui et l'aménité de son caractère. L'exemple de son père et les traditions de sa famille qui était originaire de Sommières, dans le Languedoc, et ne l'avait quitté que lors de la révocation de l'Édit de Nantes, l'avaient engagé à embrasser le saint ministère et à l'exercer dans les Églises wallonnes de Zwoll, de Middelbourg, de Haarlem et enfin d'Amsterdam. Malgré une facilité et une onction de parole appréciées par de bons juges, les aptitudes pédagogiques l'emportaient chez lui sur celles du prédicateur. Il remplit pendant plus d'un demi-siècle les fonctions d'inspecteur scolaire dans la Nord-Hollande, avec une bonté et un tact si exquis que, lors de sa retraite en 1851 , ses subordonnés, à quelque confession qu'ils appartinssent, protestants, catholiques et israélites, s'entendirent pour lui donner un témoignage de leur gratitude. M. Lange,
1 Père de la deuxième femme de M. Coquerel. 8 Lettre à Mme Pauline Coquerel.
qui avait contribué plus que tout autre à l'appel de M. Coquerel dans l'Église wallonne d'Amsterdam et l'avait guidé lors de ses débuts, fut choisi par lui comme parrain de son fils aîné et entretint avec lui jusqu'à sa mort une correspondance des plus suivies et des plus cordiales. Ses relations ne demeurèrent pas moins intimes avec son filleul qui écrivait en 1850, lors d'une courte visite à Amsterdam :
Je viens de passer quatre belles journées. M. L'Ange • à 80 ans a le regard aussi vif et la figure aussi animée d'esprit, de gaieté et d'affection qu'il y a vingt ans. Tout l'intéresse et l'amuse. Il a une piété profonde et douce qui jette du bonheur et de la bienveillance sur tout ce qui l'entoure. Très sourd et très tourmenté de ne pouvoir suivre les conversations, il n'en est pas moins bon et aimable. Rien n'est plus touchant que sa manière d'être avec sa seconde femme qui l'entoure de toute les prévenances possibles. Il y a une grâce et une tendresse inexprimables dans tout ce qu'il lui dit et il m'a parlé d'elle avec tant d'émotion que de grosses larmes ont coulé malgré lui sur ses joues. Il a été enchanté de ma visite et m'a dit sur moi des choses trop aimables ; je lui ai raconté tant et plus de choses qui l'ont fort intéressé. Il dit qu'à la campagne et dans ce repos il se prépare à la mort : c'est avec une sérénité et une bonne humeur admirables ; chez lui la religion embellit tout. Je me souviens qu'il avait autrefois des impatiences et de la mauvaise humeur par moments : il n'en reste rien. C'est le plus charmant vieillard et peutêtre le plus vrai chrétien que j'aie jamais vu. De telles relations font du bien et devraient en faire encore plus. Cette Hollande, malgré quelques métbodistes et quelques personnes sans religion, est le pays de la vraie piété, simple, solide, pratique, toujours sensée et toujours aimable 2. (Amsterdam 16 avril 1850).
1 M. Teissèdre L'Ange mourut le 20 février 1853.
2 Lettre à Mrce P. Coquerel.
Le nouveau pasteur avait conquis de prime abord l'affection de ses paroissiens qui ne tardèrent pas à lui en donner une preuve éclatante. Nous en lisons le récit dans la Notice nécrologique.
Ses deux tantes ayant achevé d'épuiser les derniers débris de leur fortune, il sentit la nécessité de leur consacrer tout son temps. Chargé d'enfants, la modeste position d'un pasteur sans patrimoine ne lui permettait pas de subvenir tout ensemble à l'éducation de sa jeune famille à Amsterdam et à ses devoirs sacrés de reconnaissance envers celles qui à Paris lui avaient servi de mère. Rompant à regret ses relations avec une Église pleine d'affection pour lui, il donna sa démission pour aller à Paris se vouer tout entier à l'accomplissement de sa tâche fdiale. Le Consistoire d'Amsterdam, pourquoi hésiterions-nous à le dire ? refusa sa démission et une députation d'amis lui apporta un portefeuille contenant 10,000 florins, près de 22,000 francs, en le priant de ne pas priver son troupeau de ses soins et de consacrer cette somme à ses obligations de famille. Il fit venir Mesdames Williams à Amsterdam, les recueillit chez lui et plaça en rentes viagères sur leur tête ce qu'il avait reçu. A qui de pareils traits font-ils le plus d'honneur : d'un Consistoire dévoué à l'Église et à son pasteur, de ce pasteur lui-même, ou des femmes vénérables qui méritaient si bien sa gratitude ?
L'installation de M. Coquerel à Amsterdam avait coïncidé avec son union avec Mlle Nancy Rattier, de Montauban (1819), union trop tôt brisée par la mort. De \ 823 à 1 825 le jeune pasteur perdit coup sur coup ses deux tantes Williams, son fils Jean-Pierre, sa fille aînée Hélène et enfin son épouse. Quoiqu'Athanase ne fût âgé que de cinq ans lorsqu'il perdit sa mère, il en garda le plus doux souvenir.
On me dit beaucoup que je lui ressemble par le haut du visage, écrivait-il bien des années après, qu'elle était très
aimable, affectueuse. très gaie et en train ; on prétend trouver des rapports entre ma manière d'être et la sienne '.
M. Coquerel avait à peine atteint sa trentième année qu'il demeurait veuf avec trois enfants en bas âge, notre ami Àthanase-Josué, né le 16 juin 1 820, Charles qui se distingua plus tard comme chirurgien de marine et Cécile qui épousa M. Louis Gay, l'un des laïques qui ont le plus travaillé au développement de l'Église protestante de Reims. Ses épreuves réitérées en le poussant vers Dieu comme vers le seul refuge sûr, imprimèrent à sa prédication, plus fortement encore que par le passé, le caractère de la gravité et de l'élévation chrétiennes. En 1827, une nouvelle union avec MUe Mollet qui appartenait à une honorable famille de négociants, originaire de Bordeaux, rendit à ce foyer désolé la paix et le bonheur. En 1852, lorsqu'il célébra avec sa famille le vingt-cinquième anniversaire de cet événement, « les aînés de ses enfants, écrit son fils Athanase, le remercièrent de leur avoir donné leur seconde mère comme du plus grand bienfait qu'ils eussent reçu de lui en ce monde. » Et nous nous permettrons d'ajouter après avoir, grâce à l'extrême confiance de Mmes Pauline Coquerel et Cécile Gay, parcouru deux longues et intimes correspondances, le témoignage de notre sincère et profonde admiration pour cette chrétienne si douce, si aimante, si dévouée pour tous et surtout pour ceux qui se trouvaient dans la souffrance et le deuil, si active dans son exquise modestie.
1 Lettre à Mme Pauline Coquerel, datée de Montauban le 4 juillet 1864.
M. Àthanase Coquerel fils, quoiqu'il n'ait passé en Hollande que les dix premières années de sa vie, lui resta attaché par d'indissolubles liens et aima jusqu'à la fin à s'intituler, suivant une expression locale, un garçon, « een jonge, » d'Amsterdam. La critique moderne s'efforce avec raison de replacer toute individualité un peu marquante dans les circonstances et le milieu où s'est accompli son développement, mais il faudrait le pénétrant coup d'œil et la plume si riche en nuances d'un Sainte-Beuve pour expliquer l'influence exercée par les libres institutions de la Hollande, le commerce de ses érudits et la contemplation des chefs-d'œuvre de ses maîtres, sur les convictions républicaines de notre ami, sa solide culture théologique, son goût artistique si fin et si sûr. Son esprit si parisien se mouvait à l'aise dans cette seconde patrie dont le caractère était cependant si dissemblable, mais dont il aimait et comprenait toutes les particularités, jusqu'aux paysages si doux dans leur tristesse, aux verts polders, aux toits rouges des métairies, aux perpétuels moulins à vent, aux sinueux canaux sans cesse parcourus par des barques qui dominent les prairies environnantes.
Mais où suis-je et chez qui ? Tu ne le sais pas encore. Duin Vliet est à un frère de M. Boissewain, fort riche, absent avec sa femme et ses filles pour un voyage d'agrément et ayant prêté à Daniel et à Louise sa maison, sa voiture, ses chevaux, ses domestiques, avec la surveillance de ses trois fds. Daniel et Louise sont installés là comme chez eux. J'y passe tranquillement cette journée de Dimanche : nous irons à Haarlem entendre le pasteur que je connais, puis j'irai le voir, la voiture viendra m'y prendre et nous ferons quelque grande promenade. Duin Vliet |signilîe ruisseau des dunes. En effet, les montagnes de sable blanc et la mer qui les jette en sont peu loin. Le jardin
ou parc est très grand avec deux pièces d'eau, une en vue de chaque façade de la maison, les arbres très variés et très vieux et touffus, les allées et les points de vue très pittoresques, les fleurs magnifiques et h profusion et il y a autour de celle-ci cinquante campagnes aussi belles et plus encore. Tout cela est tenu mieux qu'un salon en France, mais sans aucune raideur 1.(Duin Vliet près Overveen, 26 juin 1859.)
Pour toute personne un peu familière avec la peinture hollandaise, cette rapide esquisse rappelle un charmant Hobbema ou tout au moins un gracieux Koekkoek ; le tableau de mœurs suivant par sa poétique intimité et son aimable finesse soutient la comparaison avec les Gérard Dow les plus achevés et les meilleurs Metsu.
Mercredi j'ai quitté Anvers à 10 heures par le bateau à vapeur et à Rotterdam, où j'ai eu le temps de me promener encore, je me suis mis dans les voitures du chemin de fer qui m'ont débarqué à Amsterdam où M. et Mme Boissewain m'attendaient a bras ouverts. Ils m'ont fait la réception la plus chaleureuse et la plus cordiale et j'ai passé depuis ce moment par une foule d'émotions, souvent mêlées de tristesse et de joie. Les quais, les ponts, les rues de la Venise du Nord, les costumes, les usages, les traîneaux 2, tout m'a rappelé vingt ans d'éloignement et les souvenirs de mon enfance. L'Église wallonne surtout m'a fort ému : les places de ceux qui vivent et de ceux qui ne vivent plus qu'au ciel, tout cela m'est revenu en foule et avec une extrême force à la mémoire.
J'ai été accueilli par une foule d'amis, embrassé comme un enfant par ma vieille bonne San. Je dois aller voir la vieille cuisinière de M. L'Ange aujourd'hui, et il me mènera lui-même chez elle. Vendredi, San doit réunir trois anciennes servantes de notre famille sans la compter
1 Lettre à Mme P. Coquerel.
2 Voitures pour le lait traînées par des chiens.
et j'irai voir ces quatre vieilles ; tout cela est très touchant et très naturel. Je ne puis te dire combien de personnes j'ai eu grand bonheur à revoir et je n'avais oublié aucun ami ; mais au bout de vingt ans revoir en réalité ceux qu'on a si souvent revus en idée, c'est un immense bonheur. Hier lundi je suis parti le matin et trois heures de diligence m'ont mené auprès de mon vieux parrain qui m'a reçu avec une figure rayonnante de bonheur. J'avais visité avec grande émotion et en détail sa maison de ville où il n'y a pas un meuble qui ne fût sacré pour moi et où j'ai retrouvé à peu près toutes les choses que j'y avais laissées. Mais la pauvre Mme L'Ange y manque, l'ancienne, celle qui m'a tant aimé ; il me semblait à chaque instant qu'elle devait paraître; il y a quinze ans qu'elle est morte !
Je passerai encore deux jours à Amsterdam avec Louise Boissewain et ses enfants. C'est un ménage charmant que le sien. Elle, son mari, ses sept enfants, ses quatre domestiques, tout cela a l'air heureux et quoiqu'on fasse quatre repas sans compter le thé, quoique le scrupule de l'éblouissante propreté hollandaise y soit porté au plus haut degré, rien ne traîne et rien ne paraît difficile. Elle invite du monde, elle compte des lessives immenses, elle court la ville avec moi et tout marche sur des roulettes. Il faut dire qu'elle a une activité et un entrain remarquables. Elle parle très affectueusement de toi et ne cesse de dire qu'il faut que je revienne mais avec toi. Il n'y a prévenance et attention qu'ils n'aient tous pour moi, elle et son régiment. De quinze ans à deux ans et demi tous ses enfants sont très gentils. Dimanche soir elle a donné une soirée pour me réunir à d'anciens amis et a invité tous les pasteurs '. (Veld en Bosch près Ennes Binnen, 5 août 1850.)
Un courant réciproque de sympathie s'établit de bonne heure entre ce jeune prédicateur au cœur si chaud et à l'intelligence si compréhensive et les représentants
1 Lettre à Mme P. Coquerel.
de ces Églises wallonnes, si pieuses dans leur dogmatique hardiesse. A diverses reprises il se fit entendre au milieu d'elles et y fut toujours accueilli comme un enfant de prédilection. Déjà en 1847, lors de la première vacance qui se fut déclarée depuis sa consécration, le choix du Consistoire d'Amsterdam était tombé sur lui, mais il avait cru devoir décliner une proposition aussi avantageuse, retenu qu'il était à Nimes plus encore par ses liens de famille que par les devoirs de son ministère. Le voyage qu'il fit en 1850 lui montra le prestige des souvenirs et la solidité des affections hollandaises. L'excellent pasteur Mounier avait gardé la meilleure impression du discours prononcé par notre ami dans le temple wallon, du haut de cette chaire toute pleine encore de la gloire paternelle.
C'était la première fois que je le voyais et je subis aussitôt ce charme, cette attraction , que tout naturellement, sans effort et sans s'en douter lui-même, il exerçait autour de lui. On vint en foule à son sermon qui produisit l'impression la plus favorable. On remarqua la différence entre sa prédication et celle de son père. Ce n'étaient plus l'éloquence brillante, les éclats de voix, les gestes et les poses qui dans le temps avaient produit un si grand effet. C'étaient des choses intéressantes, édifiantes, très bien pensées, très bien dites, présentées avec simplicité, sans apprêt mais avec une chaleur bienfaisante et entraînante. Deux genres remarquables mais différents que ceux du père et du fils. La comparaison ne fut pas au désavantage de ce dernier.
Quant à Athanase Coquerel lui-même, il se contenta d'écrire à sa femme avec sa modestie ordinaire :
J'ai été excessivement ému en chaire; il y avait un auditoire énorme et on a été content.
Les Hollandais ne négligèrent aucune occasion pour convertir en un séjour permanent ces visites trop courtes et trop éloignées les unes des autres. En février 1 869 M. Coquerel fut chargé par Y Association pour le développement des beaux-arts et des sciences de donner à Amsterdam et à Rotterdam une conférence sur Rembrandt, qu'il publia quelques mois après en la faisant précéder de cette touchante dédicace :
J'offre ces pages à ma ville natale Amsterdam, dont Rembrandt est la gloire, où les Français proscrits pour leur religion reçurent une généreuse hospitalité, et où mon père, il y a cinquante ans, trouva un cordial accueil, des sympathies éclairées et des amitiés qui lui survivent.
Le 17 octobre 1871, pendant qu'il collectait aux États-Unis en faveur des œuvres de l'Union libérale désorganisées par la guerre et la Commune, le Consistoire de l'Église wallonne lui adressa ce touchant appel :
Venez dans l'Église de votre vénéré et bienheureux père, dans l'Église de votre enfance ; nous avons un pressant besoin d'un ministère tel que le vôtre.
Moins que jamais M. Coquerel pouvait quitter son Église de Paris toujours nombreuse et vivace malgré la difficulté des temps, mais il ressentit une profonde gratitude de cette affection si chaude malgré les années et la distance.
Paris, 8 décembre 1871.
A Monsieur le président et à Messieurs les membres du double Consistoire de V Église ivallonne d'Amsterdam.
Messieurs, très honorés et très chers frères en notre Seigneur Jésus-Christ,
C'est avec une profonde émotion que j'ai reçu en Amérique l'avis de l'appel que vous m'avez fait l'honneur de
m'adresser. L'Église de ma ville natale à laquelle m'attachent tant de précieux souvenirs, m'appelant à la servir, a des droits tout particuliers à mon dévouement et à ma reconnaissance. Je dois en très grande partie sans doute cette haute preuve de confiance à la mémoire vénérée de mon père et je ne doute pas que les nombreux amis qui n'ont pas cessé de l'aimer, n'aient saisi l'occasion d'exprimer les sentiments qu'ils lui conservent après plus de quarante et un ans. C'est pour moi un motif de plus, un motif très grave et très doux, d'être sensible à votre bienveillance. Mais je suis retenu ici par les plus impérieux et les plus difficiles devoirs. La situation profondément douloureuse de l'Église de Paris, déchirée par l'esprit de discorde et d'oppression dogmatique et les douleurs que cette Église a éprouvées pendant les désastres de cette année me font une loi absolue de ne pas lui retirer, surtout en ce moment, mon concours. Je me dois tout entier à l'œuvre difficile que m'a léguée mon père et aux amis qui me sont restés attachés pendant des années d'une lutte très pénible. Au milieu de tant d'épreuves, ma nomination à Amsterdam demeurera dans ma vie un point brillant, une consolation et un honneur de grand prix. Veuillez agréer, Messieurs et très honorés frères, avec l'expression du regret que j'éprouve à ne pouvoir accepter votre élection, l'assurance de ma vive gratitude et de ma respectueuse considération.
Les Hollandais ne démentirent pas en cette occasion leur réputation de persévérance traditionnelle, mais se consolèrent de n'avoir pas attiré jusqu'à eux le pasteur de leur choix en lui conférant les honneurs académiques. Lorsqu'en 1875 l'Université de Leyde célébra magnifiquement son jubilé triséculaire , une lettre datée du 9 février, et signée par le recteur, l'économiste Buys, informa M. Coquerel qu'il avait été promu au grade de docteur honoris causa. Le choix des hommes qui partageaient avec lui cette flatteuse distinction en rehaussait encore le prix : c'étaient parmi les théologiens les prédi-
cateurs Martineau, de Londres, et Hugenholz, d'Amsterdam, les exégètes Volkmar, de Zurich, et Jowettr d'Oxford, parmi les savants français, MM. Défrémery, Descloizeaux, Milne-Edwards, Victor Regnault et Littré. Un ami de M. Coquerel, M. Georges Perrot1, qui représentait l'École normale à cette brillante solennité, observait que lors de la proclamation des nouveaux docteurs dans la cathédrale de Saint-Pierre, les noms les plus applaudis avaient été ceux de MM. Darwin et Littré, et que le fait ne laissait pas d'être piquant dans une église protestante. Il suffit de leur simple énumération pour constater la distance qui sépare le présent du passé, le XIXme siècle du XVIme, lorsque les sombres doctrines de Gomar s'imposaient à tous les professeurs et étudiants de Leyde.
1 Revue des Deux Mondes, 1er mars 1875.