MEMPHIS
fert-Hotep et Tenteta sa femme, cité plus haut, et surtout, cette statue en diorite de Kephren23, trouvée par Mariette, dans le puits du temple du grand Sphinx, si différente des précédentes par le style sévère et grandiose, par la volonté, toute nouvelle jusqu’ici, d’exprimer le divin par la forme humaine, qui est proprement l’idéal. C’est, avec le grand .Sphinx, le premier effort qu’homme ait fait pour l’exprimer, et d’emblée il réussit grandement. Le pharaon n’était-il pas un dieu par assimilation !
Le type des premiers Égyptiens, d’après les statues et les bas-reliefs, était robuste et bien proportionné, quoique de taille paraissant peu élevée mais bien prise... La tête ronde, au front fuyant, au nez un peu courbé, aux lèvres épaisses et bien ourlées, était intelligente et placide; les cheveux étaient rasés par mesure de propreté imposée par la religion, et remplacés par une perruque frisée, longue chez la femme, courte chez l’homme ; les épaules carrées, la poitrine élargie par de puissants pectoraux et proéminente, les hanches effacées, même chez la femme; les jambes fortes et droites, aux linéaments simples et pleins, à cause du tissu adipeux épais qui, laissant peu apparaître les muscles, simplifie les contours, comme on le remarque chez les hommes habitués à aller nus au soleil. Le costume pour tous, est la schenti, d’une étoffe parfois plissée et fine, pour le roi et les seigneurs, et épaisse pour les personnages infé-
ATHÉNA
rieurs dans la hiérarchie. Le pharaon portait au menton une barbiche postiche, appelée barbe osiriaque. Sa coiffure était faite d’une étoffe rayée, tissée en bande large, nouée par un bord sur le front et ensuite relevée en arrière, de manière à faire retomber les plis sur les épaules et sur la poitrine de chaque côté, comme la crinière du lion ; aussi l’appellerai- je la coiffure léonine. Son
nom est klaft, c’està-dire capuchon.
Sur le devant, au milieu du front, à partir des empereurs Thébains, était placé Y meus : signe distinctif de sa divinité; ces belliqueux pharaons adopte ront d’ailleurs d’autres couronnes royales, i° la mitre du nord, sorte de bonnet blanc, conique et élevé; 2° la mitre rouge, échancrée, du midi; et 30 l’amalgame de ces deux coiffures appelé fichent pour désigner que leur sceptre dominait sur le nord et le midi, sur la Haute et Basse Egypte. On les voit souvent aussi portant une autre couronne distinctive, une espèce de tiare ou casque d’une forme particulière; ils s’en parent dans les combats, dans leurs triomphes, comme dans leurs fonctions royales ou sacerdotales et les reines s’en coiffent également24.
Fig. 24. — Coiffures ou couronnes royales.
(P h. Bon/ils.)
Colosses d’Aménophis ou de Memnon (Thèbes).
T'APE, thèbes
Première Période Thébaine ou Moyen Empire.
DE LA XI« A LA XVe DYNASTIE, INTERRÈGNE DE CINQ SIÈCLES CAUSÉ PAR L’INVASION DES HYCZOS
Seconde Période et Nouvel Empire.
de LA XVIp a LA XXe DYNASTIE
Le transfert de la résidence royale à Thèbes ne semble pas avoir apporté d’abord de changements profonds dans les idees religieuses et mortuaires, et, par suite, aux pra-
ATHENA
tiques qui s’y rapportent, sauf quelques modifications de forme, exigées par la nature du sol, et l’orientation nouvelle du culte osiriaque. Ainsi les tombes royales d’Abydos, groupées autour du tombeau d’Osiris, sont encore des pyramides, mais tellement diminuées, qu’elles ne dépassent pas six mètres de haufi Construites en briques cuites au soleil, elles sont à deux étages et présentent la réunion du mastaba à la pyramide superposée. D’autres tombes sont taillées dans le flanc des falaises en ménageant un petit portique de deux colonnes en façade. Les Grecs leur ont donné le nom de spéos, qui veut dire grotte. Les spéos de Beni- Hassan sont célèbres ; on a cru voir, dans quelquesunes de leurs colonnes polygonales, le prototype du dorique, bien à tort, car ces supports monolithes n’ont ni architraves, ni chapiteaux, l’espèce de tailloir qui les surmonte n’étant qu’une saillie du plafond rocheux. La décoration de la salle mortuaire, qui fait suite à cette sorte de vestibule, est la même que celle des mastabas. On y retrouve le défunt en multiples exemplaires, se livrant aux memes occupations journalières et aux mêmes plaisirs; identiques sont aussi la stèle et la table d’offrandes.
Il ne reste plus rien du temple d’Héliopolis, des colosses du lac Mœris et du célèbre Labyrinthe, si vantés dans l’antiquité (xne dynastie) (i), et les autres
(i) Te lac Mœris et le Labyrinthe furent construits durant le long règne d’Aménemliat III, près de la ville sainte de Crocodilopolis. Le premier, pratiqué dans une interruption de la chaîne Lybique, était un réservoir d une étendue prodigieuse, destiné à régler les inondations du Nil dont les crues étaient parfois ou trop fortes ou trop faibles. Au milieu de cet immense lac, se dressaient deux pyramides surmontées des colosses assis et dores d Amenemhat et de sa femme; le second, situé à l'entrée du lac, d’où son nom Lope-ro-hount, dont les Grecs ont fait Labyrinthe, était à l'apparence, un massif quadrangulaire de 200 m. de large, sur 170 m. de long, environ, et comprenant plus de s 000 chambres dont la moitié étaient souterraines, toutes obscures d ailleurs, quoique ornées de peintures et de bas-reliefs; elles étaient séparées pai des couloirs dont le réseau était combiné d’une façon si ingénieuse qu onne pouvait s’y aventurer sans guide. Au centre, étaient douze grandes salles hypostiles affrontées deux à deux et s’ouvrant moitié sur le nord et moitié sur le sud. Cette colossale construction qui, avec le lac Mœris, a stupéfié d admiration toute l’antiquité, était apparemment une Ville des Morts, necropohs, ou étaient ensevelis les hauts dignitaires de la cour d Amenemhat III. Imimême y avait son tombeau dans une immense pyramide en briques crues
temples de cette première période de l’empire Thébain ont disparu. C’était apparemment, d’après Strabon qui les a vus, des constructions rudimentaires, ayant encore beaucoup d’analogie avec le temple du grand Sphinx et ceux des Pyramides ; et les colonnes, alignées sur plusieurs rangées, n’étaient probablement que des supports monolithes quadrangulaires ou polygonaux, sans grâce, sans sculptures, sans peintures. Leur mérite n’était que dans le travail des énormes pierres employées; c’est ce qui résulte de Strabon; il dit qu’ils étaient « dans le style barbare, n’ayant rien qui sentît l’art du dessin ».
La cause de la destruction de tous ces temples est, ce semble, l’invasion des Hyczos ou pasteurs, à la fin de la xvie dynastie. Ils occupèrent le pays pendant cinq longs siècles et chassèrent les Égyptiens sur les hauts plateaux de la Thébaïde, qui devint un centre de rébellion permanente. Et quand les fugitifs eurent enfin raison de ces sémites envahisseurs, et reprirent possession de leur pays, qu’ils ne connaissaient plus, bien des changements s’étaient opérés, les idées s’étaient en tous points modifiées en eux et autour d’eux, qui devaient bientôt constituer une Égypte nouvelle, avec l’avénement du nouvel Empire. Et d’abord le caractère belliqueux, qu’ils avaient contracté pendant ces longues luttes héroïques pour leur indépendance, s’était substitué peu à peu aux mœurs paisibles et agricoles des anciens Égyptiens, et ces pauvres conquis devinrent bientôt de fiers conquérants. Ammon-Ra succède à Phtah; le rayon solaire, travailleur et créateur, est remplacé par le dieu solair. victorieux et invincible. Leur esprit s’était endurci et attristé, le malheur les avait frappés et ils avaient senti combien est dure la terre d’exil. Ils n’envisageaient plus la vie et la mort sous des couleurs aussi riantes. Les épreuves qu’ils
recouvertes de pierres sculptées, qu’il s’était élevée à l’angle nord du Labyrinthe.
ATHÉNA
avaient subies les poursuivaient dans l’autre monde, le monde souterrain. Osiris, le dieu universel, comme le soleil son double, est le grand j uge des morts. Le défunt comparaît aussitôt devant lui et ses quarante- deux assesseurs. Inexorable, mais juste et infaillible, il fait procéder par Thot à la pesée de l’âme, la psycliostasie. Si les bonnes actions l’emportent sur les mauvaises, l’âme, la baï du défunt, devra subir des épreuves d’autant plus longues et terribles que ses fautes auront été plus graves; et quand, grâce à la protection d’Osiris, il sera sorti purifié de ce long voyage, à travers toutes les horreurs et les souffrances du monde infernal et souterrain, l 'Ameuta, il sera admis à jouir de la lumière des dieux, en attendant la résurrection.
Ces modifications importantes, apportées dans les idées religieuses sur la vie future, constante préoccupation de l’Égyptien, devaient influer sur l’architecture funéraire, la seule après tout qu’exercèrent les Égyptiens. La pyramide cesse d’être la sépulture des rois : elle est remplacée par la sirynge et le temple, colosses comme elle, mais différemment. Le dogme du voyage expiatoire et purificateur dans le monde souterrain, comme celui du Soleil, pour ressusciter comme lui, a certainement inspiré l’idée de leur construction et de leur ordonnance en longueur. La pyramide s’élevait vers le soleil, le temple s’étend, s’allonge sous ses rayons, non moins gigantesque et, comme elle, toujours susceptible de recevoir des agrandissements. Toute sa vie, le pharaon Thébain creuse sa sirynge et construit son temple. La syringe c’est le speos considérablement développé. C’est une suite de corridors étroits, de galeries spacieuses, de vastes salles dont le plafond est soutenu par des colonnes ou des piliers qui se répètent, s’alternent, creusés dans le flanc de la falaise, suivant une direction différente, tantôt montant ou descendant, tantôt revenant sur eux-mêmes, où l’on a usé de tous les artifices et multiplié les subterfuges les plus ingénieux pour dépister les profanateurs des sépultures,
avant d’arriver à la salle finale, celle du caveau de la momie. C’est ce qui a porté les Grecs à leur donner le nom de sirynges par analogie avec la flûte de Pan. Toutes ces galeries et salles sont admirablement décorées de peintures brillantes dont le double doit seul jouir, car pendant la vie du prince on les a creusées et décorées dans le plus grand secret et, après que sa momie y a été déposée, la porte a été fermée et dissimulée sous des blocs énormes de rochers et des éboulements de la falaise. Te temple a la même destination que lachambre funéraire du mastaba, mais agrandie et multipliée dans des proportions colossales. Comme la pyramide, il est le témoin de la tombe royale cachée au fond des détours de la syringe et dont nul, sauf le pharaon, ne connaît ni la direction, ni la situation. Tout évoque le royal constructeur. Tout ce qu’il a aimé, ce qui a été son ambition, ses occupations favorites, ses combats, ses triomphes, tout ce qui a fait son bonheur et sa gloire, y est représenté sur les murs, en peinture, et sur les pylônes et à l’extérieur en graffitti, afin qu’il les revive dans le monde futur; car ce sont des conquérants, des guerriers intrépides que les Ramsessides qui les édifient. Tout y est biographique et historique. Le roi, assimilé à un dieu, dieu lui-même, prêtre de sa propre divinité pendant sa vie, y reçoit un culte de ses sujets; après comme avant sa mort. Le plus beau de ces temples thébains est le Ramséion, le tombeau d’Osimandias, décrit et célébré par Diodore de Sicile, bâti par Ramsès II Meiamoun, le grand triomphateur, le Sésostris des Grecs. La façade était formée d’un pylône, c’est-à-dire par deux grandes tours rectangulaires à murs inclinés en talus, qui flanquaient la porte d’entrée; puis venait une grande cour péristyle à double rangée de colonnes, espèce de cloître au fond duquel était placée la statue colossale de Ramsès le Grand. Quoique assise, dansl’attitude consacrée, elle ne mesurait pas moins de 17 mètres de haut. Cette première cour avait 56 mètres sur 52 ; une porte monumentale percée dans le mur du fond sur lequel se
déployaient, sculptées en creux, les victoires de Ramsès sur les Khetas, donnait accès à une seconde cour péristyle un peu moins grande. Un double rang de grosses colonnes formait des galeries latérales. En avant et au fond, un seul rang de colonnes cariatides de 9 m. 50 de
hauteur , représentant Ramsès avec les attributs d’Osiris 26 , complétait la décoration delà cour. Ensuite, on arrivait par trois perrons dans une espèce de vestibule formé d’un seul rang de colonnes et de là on pénétrait pas trois portes dans la salle hypostyle mesurant 41 mètres de large sur 31 mètres de long et comprenant 48 colonnes disposées par six sur huit rangées. Les douze colonnes des deux rangées centrales étaient plus grosses et
( Phot . M. Léon el J. Lèvy.) FiG. 27. — Développement du Ramséion.
plus hautes, ayant onze mètres de haut, tandis que le autres n’avaient que 7 m. 50, le plafond qu’elles supportaient était peint en bleu avec des étoiles dorées. Ces trois divisions : atrium, pronaos et salle hypostyle paraissent avoir été ouvertes au peuple. Celle qui vient après était fermée pour tous, à l’exception du pharaon et des prêtres. C’est le sanctuaire, le naos, qui contient
le secos ou salle du tabernacle : elle est placée dans l’axe, mais on n’a pu la déterminer parmi les ruines, et découvrir laquelle des trois salles plus larges que longues, dont le plafond est également supporté par huit colonnes, avait cette haute destination, à moins que ce ne soit celle du fond, touj ours dans l’ axe, qui n’ a que quatre colonnes. De chaque côté, étaient de nombreuses chambres ou salles, et parmi elles une bibliothèque. Toutes ces constructions, très riches par leur architecture et leur ornementation et très variées d’aspect et de disposition, de hauteur et de largeur différentes, étaient entourées de murs dont la hauteur suivait exactement leur silhouette inégale. De pylône et la salle hypostyle étaient les parties les plus élevées, de sorte qu’ extérieurement cet ensemble ressemblait à une longue forteresse et s’harmonisait ainsi avec le fond, presque rectiligne, formé par la chaîne Dybique27.
Quelque prodigieux que nous paraisse ce magnifique édifice, il n’est pourtant qu’un diminutif à côté du grand temple de Karnak. Du premier pylône au fond des dépendances du sanctuaire il mesurait 235 mètres, il avait cinq pylônes très élevés, mais inégalement, qui séparaient ses principales divisions ; la salle hypostyle, une des merveilles de l’Art qui soient sorties de la main de l’homme, avait 134 colonnes environ qui soutenaient son plafond. Les douze colonnes centrales, faisant trois allées plus larges, sont plus grosses et plus hautes; elles ont avec leurs chapiteaux 20 mètres de hauteur et, par l’intermédiaire d’une architrave, supportent le plafond, à une hauteur de 23 mètres. Cette première salle hypostyle (1), car il en a deux, est la pièce capitale de l’immense édifice28. La seconde, beaucoup plus petite, a 50 colonnes, et mesure 102 mètres sur 51 ; le pourtour des murs qui l’enclosent est de 950 mètres. La superficie occupée par le temple était encore au moins triplée par le dromos ou parvis, ceint de hauts murs
(1) Ea construction de cette œuvre colossale a duré trois longs règnes.
qui l’enfermaient de toutes parts, et par l’allée ou avenue des Sphinxs qui précédait le premier pylône sur une distance parfois considérable (i).
C’est sous le second Empire Thébain, avec les Amenhotep, les Thoutmés, les Seti, les Ramsès surtout, que
l’Égypte paraît avoir atteint son apogée. Ces princes puissants et actifs, grands conquérants et non moins grands constructeurs, aimant le faste et disposant de moyens excessifs en argent et en captifs, purent entreprendre des constructions gigan tesques. Ils couvrent l’Égypte de monuments ma gnifiques et durables, propres à glorifier éternellement leurs grandes actions qui étaient celles des dieux. Ramsès II Meiamoun fut le grand bâtisseur et le plus magnanime par ses brillants exploits et ses conquêtes lointaines qui en font, en quelque sorte, le prototype d’Alexandre. Avec lui, l’architecture qui, pour perpétuer la mémoire des hommes, offre le plus d’apparence et de durée,
( Hhot. Bonfils.)
Fig. 28. — Ramséion, salle hypostyle.
(1) Sur la face extérieure des tours du pylône d’entrée étaient adossées deux statues colossales du roi, précédées chacune d’un obélisque. Celui qu’on a érigé sur la place de la Concorde est un des deux qui ornaient 1 entrée du temple de Louqsor (Karnak); il mesure 25 mètres. Malheureusement on ne lui a pas restitué sa base ornée de bas-reliefs en creux et cantonnée de cinocéphales. ni ’e pyramidion en bronze doré qui recouvrait sa pointe.
atteignit toute la perfection dont elle était susceptible en Egypte. Le Ramséion marque son point culminant. Thèbes, T.-Afie, la ville aux cent portes d’Hérodote (peut-être faut-il entendre aux cent pylônes car il n’a été trouvé trace ni de portes, ni d’enceinte fortifiée), devint une ville merveilleuse, attestée aujourd’hui par l’étendue considérable de ses ruines gigantesques.
Le principal caractère de l’architecture égyptienne c’est l’éternelle stabilité et l’impression d’écrasement que produit en nous sa puissance surhumaine29. Pour
Fig. 29. — Chapiteaux lotiforme, eampaniforme, hatorique. 1. Chapiteau de Beni-Hassan. — 2. Gorge égyptienne.
assurer l’intégrité de ses constructions et leur durée, l’art emploie des matériaux impérissables et recherche la résistance des masses gigantesques : le colosse est son but. Il remue, entasse et aligne des monolithes énormes, admirablement appareillés et reliés au lit horizontal par des tenons à queues d’aronde. Il emploie les matériaux les plus résistants, la pierre calcaire, le granit, les grès, et l’albâtre qui sert surtout aux revêtements. De plus, s’inspirant du culte du Soleil et de la direction de ses rayons, il donne à tous ses monuments la forme trapézoïde, de sorte que si l’on prolongeait les faces de l’édifice, elles se rejoindraient dans l’espace en un point, s’il est sur un plan carré et en arête s’il est
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rectangulaire. En ce sens seulement on ne peut pas dire que tous les édifices égyptiens soient des pyramides tronquées. Ees temples, prodigieux assemblage de salles de quantité, d’étendue et de hauteur inégales, sont tout en longueur, entourés de tous côtés, sans ouvertures, excepté sur la façade, de murs à surfaces planes et lisses, ornés de sujets ou d’hiéroglyphes, et couverts par des terrasses ou toits plats, formées par de larges dalles de pierre sans pente d’écoulement, la pluie ne tombant jamais en Égypte. Intérieurement, cette considérable extension horizontale est divisée en cours, vestibules, salles hypostyles composées uniquement de colonnes et d’entablements, ou plutôt d’architraves, et en sanctuaire, toute fraction ayant une destination propre et séparée par des pylônes très élevés, espèces de tours rectangulaires qui flanquent les portes, ou par des murs, décorés de tableaux en bas-reliefs, représentant les hauts faits du roi qui a élevé le temple. Les cours, atriums, pronaos ou propylées, sont entourées de portiques formés d’un double rang de colonnes pour les côtés latéraux, et d’un rang de ces piliers contre lesquels s’adossent des colosses du roi avec les attributs d’Osiris, qui leur ont fait donner le nom de piliers osiriaques. La première salle hypostyle est la partie la plus élevée de l’ensemble du temple, elle est parfois ouverte sur les cours, pronaos, et parfois, fermée d’un mur ouvert de plusieurs portes. Le sanctuaire est la partie la moins élevée et la plus compliquée et variable dans ses nombreuses dépendances; c’est une réunion de salles, de chambres, de colonnes, de cours intérieures, de salles hypostyles dont la destination n’a pu être déterminée, qui entourent la salle de granit placée dans l’axe et qui contenait le tabernacle et la bari ou barque sacrée.
Bien que les Égyptiens aient connu et pratiqué la voûte soit en encorbellement, soit à claveaux ou voussoirs, ils ne l’ont jamais employée que pour les travaux en briques, d’un ordre secondaire ou utilitaire. C’est la
plate-bande réduite à sa plus simple expression qui est le principe unique de leurs grandes constructions, des supports verticaux réunis par des linteaux ou architraves monolithes. Pas de frise, ni corniche ; seulement, pour couronnement, l’invariable gorge égyptienne29, composée d’un cavet et d’un listel, qu’il s’agisse de murs ou de colonnades. Toutes les surfaces planes et parfois même les colonnes étaient recouvertes de basreliefs ou d’hiéroglyphes extérieurement, ou de peintures sans fond, ni modelé, ni perspective, conçus comme les bas-reliefs et obtenues avec peu de couleurs sans mélanger le rouge, le jaune, le bleu, le vert, le noir et le blanc ; le rouge servait à la carnation des hommes, le jaune, des femmes. Il paraît que la peinture, dès ses débuts, fut asservie au canon sacerdotal, car elle resta invariable pendant les cinq mille ans d’existence de l’Égypte, et ne parvint jamais à être un art véritable.
On peut suivre depuis le petit temple rudimentaire du grand Sphinx jusqu’au Ramséion, qui est la perfection, la marche qu’ont suivie les architectes égyptiens pour arriver à la forme circulaire de la colonne. D’abord, c’est un pilier carré, puis on abat les angles et on obtient huit pans, puis en subdivisant encore ces faces on en obtient seize et de là à les faire disparaître il n’y a qu’un pas. Le chapiteau n’apparaît que sous le premier Empire Thébain (i) et la fantaisie, chassée de partout, se montre heureusement ici. Il est inspiré ordinairement par la fleur de lotus, la fleur nationale et symbolique; en bouton fermé, elle donne le chapiteau lotiforme ; ouverte, épanouie, levée ou29 renversée, le chapiteau campaniforme (2). Le palmier a inspiré aussi un genre de chapiteau souvent employé, surtout aux époques postérieures. Malgré de lointaines analogies, il 11e convient pas d’y voir le prototype du chapiteau corin-
(1) L'ancien Empire ne nous en montre que simulés par des peintures représentant des édicules paraissant exécutés en bois.
(2) De campana, cloche.
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thien, pas plus, comme nous l’avons vu, celui du dorique, à Béni-Hassan. Un chapiteau gracieux, souvent employé surtout à l’époque saïte et ptolémaïque, est dit hatorique parce qu’il est formé sur 29 ses quatre faces de la tête de cette déesse de la Beauté.
« Les types et les modèles de l’art étaient déposés « dans les temples et défense était faite aux artistes « d’innover et de rien changer à ce qui avait été « réglé par les lois ; cette défense est encore observée de « nos jours pour les ouvrages de peinture, de sculpture « et de musique. Il y a plus de io.oooans,àlalettre,que « ces règles ont été posées, et les œuvres de ces temps « reculés n’étaient ni plus ni moins belles que celles « de nos jours et le goût du plaisir n’a pas prévalu sur « l’antiquité. » Ainsi s’exprime Platon qui visita l'Égypte sous Nectanébo, au Ve siècle avant Jésus- Christ. La liberté dont avait joui la statuaire sous l’ancien Empire, et que Platon ignorait comme on vient de le voir, avait été proscrite dès l’ avènement de la première dynastie thébaine ; en ce sens la persistance de la croyance au double s’était immatérialisée, malheureusement pour la sculpture, art éminemment concret. D’ailleurs, le colossal et le collectif n’admettent aucune individualité, ni fantaisie. L’art en Égypte était considéré avant tout comme une puissance auxiliaire de l’ordre politique et religieux. Il devint exclusivement sacerdotal, hiératique et conventionnel; enfermé dans des formes consacrées et invariables, réduit à se répéter sans cesse, l’artiste devenu indigne de ce nom, n’est plus qu’un artisan, dont le mérite ne réside que dans le plus ou moins d’adresse dans la technique, et personne mieux que lui n’a poli le granit. Il y a un canon pour le corps de l’homme, comme pour celui de la femme, dont l’Art ne doit pas se départir. Le pharaon a toujours trente ans à quelque époque de sa vie qu’on le représente, un dieu ne peut vieillir; latête imberbe, reproduisant les traits caractéristiques de la race, est semblable pour tous les pharaons. Les épaules sont larges et droi-
tes, la taille est fine, les hanches effacées, les articulations et les muscles peu apparents. L’ensemble est svelte, inélégant, élancé, et dégénère chez la femme en une gracilité souvent exagérée.
Cette oppression sacerdotale imposa au statuaire cet amalgame monstrueux des deux natures humaine et animale dans la représentation des dieux. Certes aucun artiste, pour si peu qu’il le fût, n’eût consenti à substituer à la tête humaine une tête d’oiseau ou de chacal, n’ayant aucun rapport possible avec le corps. Mais, pour les prêtres, tout est symbole et tout est bon pour l’exprimer clairement, même d’une façon excentrique. D’ailleurs, en vertu du canon, l’artiste, peintre ou sculpteur, ne pouvant reproduire ces caractères variés du corps humain, conséquence de l’âge, du tempérament, des occupations, des aptitudes morales ou physiques, au moyen desquels l’artiste grec personnifia le caractère esthétique de ses dieux et parvint à la perfection, cette combinaison hétérogène lui parut naturelle et logique d’autant plus qu’elle était basée sur le fétichisme primitif. I,e culte des animaux qui leur avaient été secourables et dans l’aide desquels ils voyaient l’intervention bienfaisante et paternelle des dieux, leur faisait considérer dans leurs formes symboliques ainsi composées, l’homme et l’animal d’essence et de valeur égales. L’animal en effet était le double du dieu qu’il symbolisait, comme le roi était le double vivant d’Ammon-Rà, comme le bœuf Apis incarnait, répétait, renouvelait la vie de Phtah. Ainsi s’expliquent ces statues composites, montrant le corps humain, invariablement le même, surmonté de la tête de l’animal qui est l’attribut, le symbole, le signe hiéroglyphique de chaque divinité. C’est ainsi que Horus, Chons et Phré, les fils des triades, dieux du soleil levant, ont la tête d’épervier, emblème de Rà, le soleil ; qu’Isis-Hathor , la lune, a la tête d’une vache ou porte seulement ses oreilles ou ses cornes ; qu’Anubis qui assiste au jugement d’Osiris et garde les momies, celle d’un chacal ; que Thot ,
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qui pèse les âmes et garde les portes célestes, celle d’un ibis ou d’un chien cinocéphale ; que Pacht, la déesse vengeresse du crime, du châtiment, celle d’uue lionne ou d’une chatte : au jour du jugement si Osiris interrogeant votre conscience la trouve -pure et irréprochable, si vous avez eu le soin de la momie de vos parents et observé les rites, Pacht, la lionne, sera pour vous une chatte caressante. C’est pourquoi on trouve dans les tombeaux
tant de chattes en bronze ou en faïence; que Sekhet a la même tête, Rannu la tête de vipère ou de serpent ; Mouth , le principe féminin de la triade thébaine a la tête de vautour ou seulement est coiffée de ses ailes, etc. Ces assemblages hybrides et bizarres n’offensaient pas la dévotion des Égyptiens comme ils répugnent à notre goût.
Un seul cependant, parce qu’il était plus harmonieux, s’est perpétué dans les civilisations suivantes et jusqu’à nous.
C’est le sphinx, emblème de la royauté et dHorus: il est vrai qu’il est composé en sens contraire : la tête humaine sur le corps d’un lion. Ua coiffure léonine complète heureusement le mélange, l’assimilation.
U’art égyptien inventa toutes les formes de l’Art et les porta à une étonnante perfection, du moins pour la sculpture et l’architecture, mais il lui manqua le rythme, la mesure, la proportion, conditions suprêmes de la Beauté. Il n’a pu s’élever à leur sublime conception sans doute parce qu’il était encore trop près de son
(.1. G. l'hot )
Fig. 30. — Tête de la reine Taïa.
berceau, ou plutôt parce qu’il fut opprimé de bonne heure par la classe sacerdotale, d’accord en cela avec la puissance royale. Car en maintes circonstances il montre qu’il en a le sentiment inné et ses velléités d’affranchissement, attestées par des accents de sincère personnalité tranchant sur le fond monotone, comme la tête de la reine Taïa 30 et celle de Ménephtah du Musée de Boulaq, témoignent en faveur de la persistance de son génie naturaliste et créateur. C’est donc une erreur de croire que l’art égyptien fut immuable, c’est homogène
Fig. 31. — Peintre.
Fig. 31. — Sculpteur.
qu’il faut dire. Car sa personnalité est telle que toutes ses variations ne l’ont jamais fait sortir du cycle familial ; et s’il est vrai de dire qu’il a plutôt cherché la disproportion, le colossal que le beau, l’énorme que le juste, il faut reconnaître qu’il n’a pas laissé de rencontrer souvent la vérité, la grandeur et la majesté.
L’art égyptien, surtout en ce qui concerne la peinture et la sculpture31, ne put jamais s’affranchir, durant sa longue existence, de formules et d’habitudes puérilement conventionnelles, compréhensibles à ses débuts, mais qui, en persistant, devaient entraver son essor et arrêter son développement. Les monuments figurés de
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la peinture et de la sculpture, le montrent à la fin te qu’il était au commencement. Ses tâtonnements sont devenus la règle. Chose curieuse, les plus anciennes œuvres de la statuaire égyptienne qu’on connaisse, celles de l’ancien Empire, sont bien supérieures à celles qu’il fit après. Il est surprenant que l’artiste
égyptien, qui donna cependant tant de preuves de son esprit observateur, n’ait pu jamais concevoir la forme dans l’espace, c’est-à-dire en perspective. Il n’a cessé de la rendre d’une façon linéaire, graphique, pour ainsi dire en géométral, jamais par l’effet et la masse, par l’observation deslumièreset des ombres. De là son infériorité fondamentale dans la peinture, et la monotonie de ses bas-reliefs. C’est ainsi qu’imperturbablement et sans jamais se soucier de consulter la nature, il continue à représenter la tête humaine de profil avec un œil de face; qu’ignorant les principes les plus élémentaires de la perspective linéaire et aérienne, il 11’a jamais renoncé, pour représenter des groupes ou des foules sur le plan horizontal, à cet expédient puéril de les placer par rangées, par étages, donnant à chaque personnage la même grandeur, comme le même corps, la même attitude et le même niveau, superposés, collés l’un sur l’autre; qu’il n’hésite pas à donner à un torse de face des jambes de profil; qu’il n’a jamais levé du sol le pied des personnages marchant; qu’il n’a jamais cessé de représenter, dans les
bas-reliefs et les peintures, le nu masculin ou féminin apparent sous la draperie indiquée seulement par quelques lignes conventionnelles; qu’il a toujours recours à ce procédé naïf, pour exprimer la supériorité du roi ou du père de famille, de les faire de plus haute taille. Tout est extraordinaire dans ce peuple, même la routine. Ramsès à 80 ans est représenté comme un jeune homme. Il est aussi à remarquer, comme prédominance des types consacrés, que la sculpture égyptienne qui débuta par le grand Sphinx a toujours été prodigue des colosses royaux, que dis-je, c’est son plus fréquent emploi. C’est par milliers qu’on les compte, mais elle n’a laissé qu’une représentation colossale d’un dieu, Harmakhis. C’est que le monument était plutôt consacré au roi qu’au dieu auquel il était assimilé, de là sa prédominance sur lui, et les types divins sont toujours plus inférieurement traités que les types humains par le sculpteur égyptien.
La persistance de cette vision enfantine, de cette pauvreté de moyens, est-elle une infirmité de son œil, ou lui fut-elle imposée dès l’origine de l’Art? Certes, l’imitation obligatoire des canons dont parle Platon explique bien des choses : la similitude constante des proportions et des rapports de formes du corps humain, la répétition des mêmes mouvements, la perpétuité des mêmes types consacrés, la monotonie des sujets et du rendu, mais n’explique pas le parti pris de rigidité, d’immobilité des personnages, debout ou assis, restreints à un très petit nombre de gestes. On a prétendu, dans ces derniers temps, qu’il fallait attribuer cette raideur et cette extrême sobriété de mouvement, à la matière employée par le statuaire, car pour assurer l’intégrité, l’éternité du double, il était nécessaire de le sculpter dans les matériaux que leur dureté rendait plus résistants, comme le granit, la diorite, les grès, la basalte, et par cela même étant plus difficiles à tailler et à polir, obligeaient le praticien à ne pas écarter les bras du tronc et les jambes l’une de
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l’autre ou très peu. Mais cette assertion tombe d’ellemême lorsque l’on considère qu’il n’agit pas autrement lorsqu’il met en œuvre des matières plus traitables comme le bois et la pierre calcaire, et l’on peut remarquer que, dans l’ancien Empire où la sculpture a été plus libre, les représentations humaines qui ne sont pas des doubles, mais des domestiques placés dans les mastabas pour continuer leur service auprès du défunt, sont seuls libres, naturels dans les gestes de leurs fonctions, telles que les péfrisseuses de Boulaq, par exemple32. C’est que l’art égyptien est avant tout funéraire, religieux, en un mot hiératique, et c’est dans le culte des morts qu’il faut chercher la raison de cette rigidité et cette répétition des mêmes attitudes concentrées: accroupies, assises ou debout, ces figures sont calmes, immobiles, parce qu’elles sont expectantes, elles attendent l’heure de la résurrection. Or, ces attitudes impassibles et stables ne s’écartent pas de la verticale ou du bloc, s’accommodant parfaitement de ces matières dures et résistantes et le sculpteur put produire ces colosses royaux dont rien ne semblait compromettre l’éternité. Ea persistance du goût pour le gigantesque, l’exorbitant, l’incommensurable dans la stabilité se manifeste puissamment sous le nouvel
Fig. 32. — Pétrisseuses (Boulaq).
Fig. 32. — Pctrisseuse (Boulaq).
Empire et atteste de nouveau la caractéristique du génie égyptien : seulement la forme change. Mais les salles hypostyles et les colosses des empereurs thébains sont sans contredit les choses les plus extraordinaires qui soient sorties de la main de l’homme. Les deux colosses d’Amenhotep III dont l’un passait, dans l’antiquité romaine pour être la statue de Memnon, fils de l’Aurore, car par suite d’une fêlure causée par un tremblement de terre en l’an 27 avant J.-C., elle rendait, frap-
(Pkot. ho /t /ils.)
Fig. 33.
I.es Colosses du spéos d’Ipsamboul, construit par Ramsès le Grand.
pée par les premiers rayons du soleil, des sons harmonieux; colosses qui devaient être adossés au pylône d’entrée d’un temple gigantesque dont il ne reste que des ruines; les colosses plus prodigieux encore des temples-spéos d’Ipsamboul, surtout les quatre statues assises de Ramsès II 33 mesurant plus de 20 mètres de hauteur, adossées deux par deux, de chaque côté de la porte d’entrée du grand Temple de Phré, ont stupéfié les générations successives et sont restées sans rivales.
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Ra décadence commence, pour l’Égypte, après Ramsès III et s’accentue surtout vers le vne siècle, quand l’Éthiopie au sud, l’Assyrie au nord, l’inondent de leurs
invasions dévastatrices et la couvrent de ruines.
Psammetick et les pharaons de la XXXe dynastie, reconstituent, en vain, par leurs armes victorieuses , l’intégrité de la patrie et inaugurent une renaissance artistique ; les œuvres de leurs temps disséminées dans les musées sont encore recommandables, et l’Empire saïte
(Phot. il/. Léon et J. Lévy.) Fig. 34. — Dcnderah. — Grand Temple.
(Phoj. Bon fils.)
FiG. 35. — Philce. — Petit Temple.
brille un moment par ses richesses et son luxe. Mais cette prospérité est factice ; elle sombre de nouveausouslapremière invasion des Perses de Cambyse, en 527, et les