‹ Athéna, histoire générale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 5 sur 14 · E ART ASSYRIEN · texte numérisé non relu

E ART ASSYRIEN

ram-sin et les fragments de statues conservés au Musée du Eouvre et provenant de la Susiane, et surtout les statues découvertes à Tello, en Chaldée, par M. de Sarzec, en 1880.

Elles sont au nombre de neuf, dont huit représen tant le roi Goudeah 3G, contemporain des pharaons de l’ancien Empire et, si l’on s’en référé au caractère archaïque des inscriptions cunéiformes qui s’y trouvent gravées, elles remonteraient au moins à trois mille ans avant Jésus-Christ. I/art élamite et l’art chaldéen se ressemblent tellement qu’on ne peut douter qu’ils proviennent d’une source commune, à savoir l’influence égyp tienne; elle y est manifeste et tout dans ces œuvres primitives en porte l’empreinte. Eeur style lourd et trapu, l’attitude impassible, expectante, sont incontestablement inspirés de la statuaire memphite. Ee costume, une ample cou-

Fig. 36. — Goudeah reconstitué.

verture qui enveloppe le corps ne laissant à découvert que l’épaule et le bras droit, est le même que celui dont est revêtue une statue en bois du Musée de Boulaq dont la tête imberbe et chauve, large et grasse comme celle du fameux Cheik el Beled. ressemble étonnamment à la tête rasée et chauve

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trouvée près de ces statues et qui doit leur appartenir, ainsi qu’une autre tête dont la chevelure postiche évoque également le souvenir d’un usage égyptien. Il n’y a pas jusqu’à la manière de croiser les mains l’une dans l’autre qui ne se retrouve dans quelques statues égyptiennes du même temps, entre autres une figure agenouillée du Musée de Boulaq et un personnage assis du Musée du Louvre, sculptés des milliers d’années avant que les Assyriens d’ Assournazirpal ne l’aient adoptée comme maintien devant les dieux ou devant le roi (salle du Mastaba).

Au surplus, ces répétitions de la même statue de Goudeah trouvées dans le même endroit, chose unique jusqu’ici dans l’histoire de l’art chaldéo-assyrien, ne nous font-elles pas songer aux doubles des mastabas ? Il ne s’y trouve de particulier que les inscriptions cunéiformes gravées sur le manteau et un souci de faire saillir les muscles qui fait pressentir l’exagération que leur donneront plus tard les sculpteurs ninivites. Rien ne nous empêche d’admettre, pour expliquer ces frappantes analogies, que cette civilisation primitive de la Basse Chaldée et de l’Élam ne fût celle d’un peuple congénère des Égyptiens qui se serait établi là, au passage de leurs immigrations vers la vallée du Nil, ou en serait revenu plus tard pour des raisons que nous ignorons, mais que nous pouvons deviner. Le souvenir de ce retour et de cette lointaine influence civilisatrice des Égyptiens sur les bords du golfe Persique, dès les temps préhistoriques, s’est perpétuée dans le mythe d’Oannas, ce dieu amphibie, demi-homme demi-poisson, qui, pour enseigner aux hommes encore sauvages les éléments des arts et des sciences, pour les instruire et les moraliser, sortait le matin des flots de la mer et y disparaissait le soir. Cette légende se retrouva plus tard dans les livres hébraïques, travestie mais transparente, dans l’aventure miraculeuse de Jonas.

Il apparaît donc, d’après ces exemples, que la paternité de l’art égyptien serait encore plus manifeste si

TEMPS ANCIENS. — i/ART ASSYRIEN 57

nous connaissions mieux l’art chaldéen, c’est-à-dire babylonien. Mais des deux grandes cités rivales, Babylone et Ninive, qui sont à la Mésopotamie ce que Memphis et Thèbessont à l’Égypte, Ninive seule a conservé dans ses ruines assez de monuments de son art pour reconstituer en entier sa physionomie et sa valeur. Après la prise et l’incendie de Ninive par Kyaxarès et Nabolassar en 606 et de Babylone en 538 par Cyrus, ces villes, qui avaient tenu une si large place dans le monde antique, tombèrent dans un tel oubli qu’on vint à ignorer jusqu’à la situation qu’elles avaient occupée sur les bords de l’Euphrate et du Tigre. Eeur art, leurs types, leurs costumes, leur vrai caractère nous étaient totalement inconnus et les peintres, jusqu’à nos jours, lorsqu’ils avaient à traiter des sujets tirés de leur histoire, les faisaient de pure fantaisie. La vérité sur ces peuples étranges depuis si longtemps disparus ne nous a été révélée que depuis un peu plus d’un demi-siècle et l’honneur en revient encore à un Français. En 1842, Botta, consul de France à Mossoul, frappé de ce qu’avaient d’anormal certains monticules (appelés tells dans le pays), qui s’élevaient dans une région déterminée, sur la rive gauche du Tigre, sans causes apparentes que ce fleuve ait pu les produire, eut l’intuition que ces tertres pouvaient bien être artificiels et, partant de là, il s’avisa qu’ils devaient marquer remplacement de Ninive. Trois d’entre, eux surtout, sur la hauteur desquels étaient bâtis les villages de Nimroud au sud, Koyoundyk au centre et Khorsabad au nord, attirèrent son attention. Il entreprit aussitôt de pratiquer des fouilles dans les flancs du tertre de Khorsabad, non sans se heurter à la résistance inquiète et supertitieuse des habitants. Kes résultats aussi inattendus que merveilleux furent envoyés en France en 1846 où ils eurent un grand retentissement. Stimulé par un début si glorieux, l’Anglais Eayard, en 1845, s’attaqua aux tells de Koyoundyk et de Nimroud que Botta avait délaissés, pour se consacrer exclusivement à Khorsabad, fort heu-

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reusement d’ailleurs, car le palais de Sargon qu’il parvint à découvrir en partie et que Victor Place, qui lui succéda dans son poste et dans son entreprise, eut le bonheur de mettre entièrement à jour, s’il n’est pas le plus grand, est certainement le plus complet de ceux découverts après lui. Malheureusement les importantes sculptures qu’il avait exhumées furent englouties dans le Tigre avec les bateaux qui les transportaient en France.

L’impulsion était donnée ; naturellement on se mit à la recherche de Babylone et bientôt les mêmes tumuli révélèrent son antique emplacement sur les deux rives de l’Euphrate, autour delà ville turque d’Hellah.Layard d’abord, puis le colonel Rawliinson, qui le premier découvrit la lecture des caractères cunéiformes, et le savant français Appert, entreprirent les fouilles de différents tertres dont les plus importants sont Babil, El Kasr et Tel Amransur la rive gauche, et Birs Nitnroud haut encore de 46 mètres sur la rive droite. Le vaste ensemble de ces tells ou monticules, amas de briques pulvérisées, couvre un espace d’environ dix lieues de long sur autant de large, superficie répondant assez exactement à celle comprise dans la première enceinte de Babylone, qui, d’après l’inscription de Nabuchodonosor et le récit d’Hérodote, était bâtie sur un plan quadrangulaire de 120 stades de côté, soit précisément dix lieues. Les murailles qui fermaient cette enceinte avaient 104 mètres de haut et 25 d’épaisseur, ce qui eût permis à sept chariots de marcher de front et à une armée entière de se ranger en bataille. Ceux de la seconde enceinte n’étaient guère moins importants, et les anciens furent si émerveillés d’un travail si gigantesque qu’ils le comprirent au nombre des sept merveilles du monde. Dans ces décombres, on n’a pu retrouver leur trace, pas plus que des fameux jardins suspendus que la reine Nitocris avait fait construire en souvenir des jardins de la Perse, sa patrie, et qu’on a attribués à tort à la fabu-

[temps anciens. — l’art assyrien 59

leuse Sémiramis ainsi que les prodigieux travaux exécutés par Nabuchodonosor. A part quelques menus objets, les fouilles, jusqu’à présent, ont été improductives, sinon pour l’épigraphie au moins pour l'Art. La ruine de Babylone a été si complète que. formée d’argile, elle est retournée en poussière. Et de toutes les splendeurs dont s’enorgueillissait la reine de l’Orient et dont fut tant ébloui Hérodote lorsqu’il la visita au Ve siècle avant notre ère, il ne nous reste que son récit, sans aucun indice pour le contrôler. Toutefois, malgré l’admiration mêlée de stupeur que l’architecture ehaldéenne lui inspira, on peut avancer qu’elle était loin de valoir celle des Grecs de son temps et même celle des Égyptiens. Le candide historien semble avoir pris la dimension exorbitante, colossale, pour la beauté, apanage exclusif de la divine proportion. Nous serions donc réduits aux conjectures, si les ruines de Ninive n’avaient suppléé, dans une large mesure, à la destruction complète de Babylone. On sait que la grande cité ehaldéenne qui devait lui survivre l’avait précédée dans la voie de la civilisation et que l’art assyrien n’est qu’une copie, en tout point, amoindrie sans doute, et, en tout cas, rude, brutale et routinière de l’art chaldéen. A part ces réserves, nous trouverons donc en lui de quoi nous éclairer sur son caractère et sa valeur. Sans doute les Accads et les Soumirs de la Basse Chaldée étaient bien différents de race, de goût et de mœurs des Assyriens de la Haute Mésopotamie. Ces derniers étaient des Sémites et, comme tels, réfractaires au sens artistique et à la fantaisie esthétique. Dur, fanatique, vindicatif, comme Assour son dieu et implacable comme lui, c’était un peuple de soldats, très disciplinés et bien aguerris, qui avait fait de la guerre la raison d’être de son existence et qui, par ses cruautés et son intransigeance entretenant les révoltes et les rébellions, se procurait l’occasion de ces razzias périodiques d’hommes et de butin dont il avait besoin pour vivre et se glorifier. Parvenu par droit de conquête et par la ter-

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reur à la domination sur un grand nombre de peuples, à une prospérité inouïe par les tributs qu’il imposait, il ne vit dans l’Art qu’un moyen de faste, d’ostentation et d’exaltation monarchiques. Chez lui, l’Art devint une formule et l’artiste un artisan, comme chez les Égyptiens de Thèbes; plus uniformément encore, car, malgré le canon, l’Égyptien laisse parfois apparaître son émotion devant la nature, tandis que les Chaldéens, mélange de Touraniens et de Kouschites chez qui le sang sémite s’était peu infiltré, étaient un peuple plutôt agricole, industriel et commerçant; placée sur la route des grandes migrations des peuples et des longues caravanes qui se rendaient des profondeurs de l’Inde sur les bords du golfe Persique. de la mer Rouge et de la mer Intérieure, Babylone était l’immense caravansérail où se reposaient les multitudes de peuples parlant des langues différentes, attirés par sa magnificence et ses plaisirs. Ses objets de luxe : tapis, tissus, métaux ciselés étaient célèbres et ses richesses excessives y entretenaient la licence. Toujours assujettie par les Assyriens et toujours révoltée, l’antagonisme des deux races explique la rivalité des deux grandes cités rivales et leurs efforts violents et persistants à se séparer. Nabuchodonosor affirma à la fin sa suprématie qui devait être éphémère. La reine lascive de l’Or ent disparut comme Ninive, la cité des hommes forts, dans l’incendie et les atrocités d’un siège et, comme elle, pour toujours. Leur religion au fond était la même, basée sur le principe monothéiste solaire que le dieu s’incarnât en Assour, Bel ou Mérodach. Mais les mœurs et les lois différentes devaient la faire aboutir à Ninive au culte de la Force et al institution militaire de tout homme soldat, et à Babylone, au culte de la Volupté avec l’institution des prostitutions sacrées pour toutes les femmes. On peut supposer que ces richesses immenses qui affluaient de toutes parts, ce luxe effréné, ces mœurs efféminées jusqu à la licence, entretenues par le culte lascif de la déesse Mélitta 36 , la Vé-

TEMPS ANCIENS. — L’ART ASSYRIEN 6l .

nus impudique chaldéenne, aient entretenu un goût plus raffiné, susceptible d’apporter dans toutes les formes de l’Art des nuances plus délicates, un peu de cette grâce égyptienne manquant absolument à la copie assyrienne. La colonne, par exemple, qui fait défaut à Ninive, obtenue au moyen de briques cuites au feu ayant la forme de segment de cercle ou de disque et rayonnant autour d’un noyau circulaire, comme nous le montrent les bases qui nous viennent de l’Elam, a dû être souvent employée pour faire des portiques et même des salles liypostyles,non pas peut-être dans la dernière Babylone reconstruite à la hâte par Nabucliodonosor et la reine Nitocris, mais dans celle détruite par Sennachérib.

La disparition de toute forme dans ces montagnes de poussière s’explique par plusieurs causes. Il est juste de constater d’abord que les architectes chaldéens n’avaient pas le choix des matériaux; l’unique élément dont ils disposaient, l’argile, était limité en ressources et ne leur permettait qu’une seule manière de construire, donnant toujours les mêmes formes, les massifs aveugles et la voûte. La Mésopotamie, pays d’alluvions et de plaines immenses et nues, formées par les crues périodiques de l’Euphrate et du Tigre, ayant quelques rapports avec celles du Nil, avec moins de régularité, n’a ni rocher, ni colline et peu d’arbres; mais les gisements d’argile et d’asphalte y sont abondants. Cette terre, pétrie dans des moules avec la paille hachée, formait des briques qu’ils faisaient cuire au soleil, faute de bois, ne se servant de briques cuites au feu, vernissées ou émaillées, que pour le revêtement total des murs et leur décoration et l’asphalte fondu leur servait de

Fig. 36. — Mélitta, Vénus chaldéenne.

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ciment. Et telle était l’habitude qu’ils avaient de la brique et les commodités qu’ils y trouvaient, que même à Ninive où le sol rocheux et le voisinage des montagnes leur fournissaient abondamment de la pierre et du bois, ils continuèrent à s’en servir exclusivement. Mais il eût fallu innover et les Ninivites étaient loin d’être des créateurs, tout au plus trouvèrent-ils l’emploi de la pierre dans les soubassements de leurs murailles. L’argile, d’ailleurs, offrait aux constructeurs de grandes commodités, ils la trouvaient à pied-d œuvre d abord pour élever le tertre artificiel sur lequel tout édifice

était construit; et le fossé profond que l’on creusait ainsi et qu’011 emplissait plus tard des eaux du fleuve, était encore un puissant moyen de défense.

Car un des caractères de cette architecture massive et fermée, c’est son aspect militaire et défensif qui donne à l’exterieur des villes et des monuments assyriens l’aspect de forteresses ou de camps retranchés; c’est l’art d’une monarchie guerrière et d’un peuple de soldats.

La fragilité et le peu de solidité de pareils matériaux les obligèrent d’augmenter considérablement l’épaisseur des murs qui atteignait parfois vingt-cinq mètres et plus et à s’abstenir de ménager des vides dans ces massifs, ce qui d’ailleurs préservait 1 habitation de la chaleur excessive du climat : aussi n’y avait-il ni fenêtre, ni ouverture que les portes indispensables à l'accès des cours intérieures et des salles qui en recevaient le jour. Ces portes d’entrée37 étaient protégées par deux énormes tours carrées semblables aux pylônes égyp-

PlG. 37. — Pylône ninivite.

tiens et qui se répétaient isolément le long des murs qu’elles contrebutaient et dépassaient de plusieurs mètres; murs et pylônes étaient invariablement couronnés de créneaux triangulaires autant qu’on peut en juger par les monuments figurés. Tva base des murailles et des tours était consolidée et défendue par de larges plaques de gypse ou d’albâtre hautes parfois de trois mètres, qui à l’extérieur servaient de revêtement protecteur et à l’intérieur de lambris ; le reste des parois était entièrement revêtu d’un parement en briques cuites au feu qui recevait parfois, surtout à l’intérieur, un stucage ou badigeon. Toutes ces précautions ne pouvaient malheureusement conjurer les causes de destruction rapide, inhérente à la nature des matériaux. Quelques lézardes produites par le tassement ou la chute d’une partie du parement protecteur mettant à nu la brique crue, il n’en fallait pas davantage pour donner prise sur elle à la pluie drue des violents orages si subits et fréquents en Mésopotamie, qui désagrégeait, ravinait et dissolvait ces massifs, malgré leur énormité. Ils réclamaient des réparations pour ainsi dire périodiques et, quand survinrent l’incurie et la décadence, ils se sont écroulés et dissous comme la craie après la gelée.

Ceci dit pour l’explication du gros œuvre, nous allons entrer dans l’analyse plus intime des formes de l’Art. Constatons d’abord que la tombe où se concentraient toutes les pensées de l’Égyptien et où il se plaisait à représenter toutes les particularités de sa vie passagère qui, dans sa croyance, devaient se continuer dans la vie souteraine, dans la tombe, la bonne demeure, nous fait ici complètement défaut. Pourtant les idées des Chaldéo-Assyriens sur la vie future semblent devoir peu différer de celles qui furent si favorables au développement de l’Art sur les bords du Nil, moins cependant la sérénité et la miséricorde d’Osiris. Mais la Mésopotamie n’avait point de plateaux rocheux comme à Memphis, ni de falaise comme à Thèbes. Son

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sol mouvant et humide, tout d’alluvion, ne leur permettait que d’y creuser des caveaux au fond desquels, sur une dalle de pierre, on allongeait le défunt soigneusement embaumé et après l’avoir pieusement entouré de tout ce qui lui était nécessaire, liqueurs et aliments réels ou simulés. Pour assurer l’existence souteraine de Y ekimmou, l’âme, qui comme la bai égyptienne demeurait avec lui, on protégeait le tout par un couvercle en terre cuite. Plus tard, pour éviter l’encombre-

Fig. 38. - — - Pylône égyptien.

ment, on pratiqua des galeries souterraines formant des nécropoles bien ordonnées, dans les compartiments desquelles s’empilaient les momies avec leurs accessoires funéraires contenus dans une gaine en forme d’étui en terre cuite, comme des livres dans les rayons d’une bibliothèque. On comprend combien de telles pratiques devaient être étrangères à l’Art : aussi c’est ailleurs qu’il faut le chercher. C’est le palais du roi à Ninive comme à Babylone qui concentre tous ses efforts et ses magnificences, comme le temple du pharaon thébain38. D’ailleurs, c’est la civilisation et l’art des Ramsessides, qui,

par droit de conquête, eurent une influence plus directe sur l’art assyrien.

En dedans, le palais assyrien était composé de cours intérieures et d’un grand nombre de salles rectangulaires plus ou moins grandes, mais toujours plus longues que larges, afin de faciliter la construction de la voûte en berceau, seule couverture que l’emploi de la brique pût leur permettre. Ea voûte était encore un héritage des Égyptiens qui, comme nous l’avons vu, s’en étaient servis précisément dans leur construction en briques, dont la destination était exclusivement utilitaire et secondaire. Ees voûtes de l’Assassif à trois rangs de claveaux sont des modèles que les Assyriens n’ont jamais dépassés. La pénétration de deux demi-cylindres engendrés par le plan carré leur donnait intérieurement une voûte d’arête et extérieurement une calotte hémisphérique ou conique quand la pénétration avait été faite par des arcs brisés ou ogives ; toutes choses connues et pratiquées bien longtemps auparavant par les Égyptiens et qu’ils tenaient d’eux.

Ce prodigieux assemblage de tant de constructions couvrant un espace considérable, véritable cité royale dans la ville qu’elle dominait de laliauteur de ses murs, de ses tours et du tertre élevé sur lequel le palais était bâti, comme la citadelle, l’acropole, l’arx, à l’apparence impénétrable dédale, était cependant très clairement ordonné et les services parfaitement distribués et bien distincts. Après avoir franchi la haute porte et les courtines auxquelles on accédait par un grand et haut escalier à double rampe, on entrait dans une vaste cour qu’011 pourrait appeler la cour d’honneur. En face, se trouvait le palais proprement dit, c’est-à-dire les appartements du roi, de ses visirs, de ses officiers, le selamlik ou sérail; à gauche et occupant tout l’angle sud-est du carré rectangulaire de son plan, étaient les communs ou le khan. Là, habitaient tous les gens de service, là, se trouvaient les écuries, les magasins et se

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groupaient tous les corps de métiers, boulangers, bouchers, tisserands, cordonniers, etc... A l’angle sudouest et de niveau avec les appartements du roi, était le harem, les appartements particuliers du roi et de ses trois sultanes, de leurs femmes et des eunuques qui étaient préposés à leur garde et à leur service. Derrière le sérail et à proximité du harem, s’élevait la ziggurat, l’imposante pyramide à degré, à la fois temple, observatoire et tombeau royal.

Tel était le palais du roi Sargon, le dour Sarioukin, découvert à Khorsabad, qui peut servir de modèle à tous les autres, ayant le mérite d’avoir mieux conservé son plan primitif et toutes ses murailles. Il était entouré d’une enceinte formidable dont les murs avaient jusqu’à 23 mètres de haut (ils en ont encore 14) et 24 mètres d’épaisseur. Tes tours et les pylônes qui les défendaient, au nombre de 167, avaient 31 mètres de hauteur et 13 de façade; un large fossé rempli d’eau baignait la base de ces remparts formidables. L’ensemble formait un parallélogramme dont les grands côtés avaient 1.760 mètres et les moindres 1.685, s°it 2.965.600 mètres carrés de superficie ou 296 hectares 56 ares, près de 300 hectares.

Rien ne devait être plus sombre et monotone que cette succesion interminable de salles (le palais de Sargon en avait plus de deux cents), où l’ombre et le demijour se disputaient pour entretenir la crainte; pas de mouvement, rien d’imprévu, aucune de ces surprises architectoniques tenant le visiteur sous le charme; point de colonnes, par suite point de portiques, de cours péristyles où la rêverie de l’Égyptien se complaisait à l’abri du soleil. Toujours des murs plats, froids, lourds, écrasants, et, dans les longs et obscurs corridors, une atmosphère mystérieuse et terrible oppressait comme la présence du taciturne et farouche monarque qui, entre deux campagnes où il se vautrait dans le sang et mille atrocités, se retirait dans cette ombre voluptueuse comme une bête fauve dans son repaire.

Il est vrai que les Assyriens recouraient à la décoration par la sculpture et la polychromie, pour voiler la pauvreté et la nudité de cet appareil et de ces grandes surfaces murales, mais sans pouvoir cependant en exclure la monotonie, car cette ornementation était toujours la même, réduite à quelques motifs se répétant sans cesse. La sculpture s’emparait de ces blocs énormes de gypse qui formaient la base externe des profondes parois des portes en plein cintre et des pylônes pour y sculpter en haut-relief ces taureaux ailés à tête humaine d’un type uniforme, gardiens puissants du palais. Chaque face en avait deux, vus de flanc et se tournant le dos, de sorte qu’ils regardaient les quatre points cardinaux ; au milieu était figuré un génie ailé debout, ayant la même tête, d’ailleurs unique pour la représentation du dieu, du roi et même des visirs et des princes. Ht, à ce propos, que signifiaient ces colosses composites, debout au seuil des grands palais comme s’ils en étaient les gardiens? Ces taureaux aux ailes de l’aigle, à tête humaine et à crinière de lion (parfois le .orps du taureau est remplacé par celui du lion) symbolisaient le dieu éponyme, Assour, le protecteur divin, et par suite le roi qui lui était identifié et cet assemblage de différentes natures, imité du sphinx et des dieux égyptiens, est la réunion des attributs qui, à leurs yeux, exprimaient l’idée de la divinité et de la puissance. Le taureau symbolisait sa force, sa patience, sa bonté; l’aigle, la

Fig. 39. — Génie ailé (musée du Rouvre).

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rapidité de ses actes et la perspicacité de sa vue; le lion, sa puissance majestueuse et sa violente volonté mises au service de l’intelligence, symbolisée par l’homme. Les plaques d’albâtre qui lambrissaient les grandes cours et les galeries et qui atteignaient jusqu’à trois mètres de haut, étaient consacrées à la représentation des pompes et des cérémonies royales ; les figures colossales, rehaussées encore par les polychromies, devaient faire un grand effet sur le public qui y pénétrait aisément. Le roi est toujours en scène, maj estueux et triomphant . D ’ abord . la par t des offrandes

nuques vêtus de longues tuniques, le protégeant du parasol ou du chasse-mouches : il reçoit l’honunage des peuples tributaires ou la soumission des peuples vaincus qui, en longue file et symétriquement espacés, se dirigent vers le vainqueur impassible et dédaigneux. Ces scènes ont une tenue solennelle et imposante. Le drame commence dans les salles plus petites ; les plaques sont au plus de moitié moins grandes et les figures sont d’autant plus petites que les sujets sont disposés en trois registres ou zones. « Marches, batailles, escalades de montagnes, constructions de digues, passage de rivières, tous les épisodes d’une campagne se suivent nombreux et pressés, racontés en quelques traits expressifs. Ici, la mêlée est terrible, les guerriers luttent corps à corps; là, couverts de leurs boucliers, ils combattent à distance avec l’arc, la fronde, l’air

épique , le prologue

aux esprits supérieurs : c’est l’invocation à la divinité des débuts du poème

Fio. 40. — Le roi Sargon et son vizir.

du long récit qui se déroulera sur toutes les surfaces du palais.

Puis, on le voit accompagné de ses visirs40 et de ses eu-

est sillonné de flèches et de projectiles ; plus loin, les blessés et les morts jonchent le sol ou sont précipités dans les flots ou écrasés sous les roues des chars ; on voit même des vautours déchirant les entrailles des cadavres ! » Le roi est partout, combattant à pied, à cheval et plus souvent sur un char attelé de coursiers magnifiques; au-dessus. Assour, précédé d’un aigle, figure dans un disque ailé, le protège et combat pour son peuple. co Ailleurs, c’est une ville assiégée : les béliers battent les murailles, elles s’écroulent précipitant avec elles leurs défenseurs, pendant que les assaillants entrent par la brèche. Les mineurs creusent les maçonneries, les assiégés se défendent encore, derrière les créneaux des hautes tours, avec leurs arcs ou des pierres, des liquides brûlants ou enfin, réduits à la dernière extrémité, les mains levées au ciel, implorent la clémence des vainqueurs; mais ils restent impitoyables. On voit déjà les soldats victorieux chargés de butin, chassant devant eux des hordes de prisonniers pressés les uns contre les autres ; hommes, femmes, traînant ou portant leurs enfants, suivis de leurs troupeaux et prenant le chemin de l’exil, pour aller grossir par milliers le nombre de ceux qui travailleront aux monuments que le vainqueur élèvera bientôt pour perpétuer le souvenir de cette nouvelle conquête. Les scènes d’horreur abondent et rien n’émeut le sculpteur qui reproduit le récit du basilicogrammate : les prisonniers sont empalés sous les yeux des défenseurs de la cité assiégée; en vain leurs femmes suppliantes, éplorées, se jettent aux genoux du monarque implacable ; il les livre aux soldats qui les chassent brutalement, s’arrachant les cheveux, mêlées aux troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres. Les prisonniers portent le butin qui plus loin s’entasse sur des chariots tramés par des ânes, etc... »

Les rois assyriens se complaisent dans les atrocités ; ce sont des tigres altérés de sang, qui se délectent à torturer leurs ennemis; l’un d’eux, Assurnazirpal (882)

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se vante d’avoir ainsi apaisé une révolte. Les rebelles implorent leur pardon, mais il reste sans pitié :« J’en tuai un sur deux, je fis écorcher les chefs et je recouvris un mur avec leurs peaux. Quelques-uns furent murés vifs dans la maçonnerie, d’autres crucifiés ou empalés en ma présence. Je fis assembler leurs têtes en forme de couronnes, et leurs cadavres transpercés en forme de guirlandes; sur les ruines, ma figure s’épanouit; dans l’assouvissement de mon courroux, je trouve ma satisfaction ».

Après le carnage de l’action, on assiste à des vengeances horribles ; ce sont des hommes écorchés vifs, sciés en deux, empalés, mis en croix, ou qui ont la tête tranchée en présence du monarque impassible, pendant qu’un scribe inscrit froidement le nombre de têtes qui s’amoncellent à ses pieds. Comme dernier trait, pour peindre ces conquérants, barbares et farouches, un roi, de sa propre main crève les yeux d’un captif qu’on lui amène, un anneau passé dans les lèvres. Ces excès dans la répression, cette haine farouche et sanguinaire, cette exaltation, jusqu’à la frénésie, d’un tempérament naturellement violent et cruel, trouvent leur explication dans le caractère sacré du roi conquérant (dans sa mission de propagande religieuse) qui, sans être dieu comme le pharaon, quoique assimilé à Assour, était son grand vicaire, l’exécuteur de ses desseins et de ses vengeances. Ce caractère religieux portait à voir, dans tout ennemi, un hérétique et un infidèle, dans tout rebelle un rénégat; de là ce fanatisme qui le rendait si implacable et vindicatif. C’est toujours au nom d’Assour et pour sa gloire qu’il agit, qu’il combat, qu’il pille, qu’il tue : par la terreur il conquiert et convertit, et, par les razzias, il nourrit et enrichit son peuple d’élus : « J’ai traqué comme des bêtes fauves et massacré les méchants (mécréants); j’ai pris et détruit leurs villes et emporté leurs dieux », dit un de leurs rois. « J’ai contraint par mes armées, dit Sennacherib, les ennemis d’Assour à marcher dans

1 adoration sublime des dieux et ils se convertirent a la piété. » Mais le régime de la terreur ne vaut que pendant la présence de l’oppresseur ; la crainte s’éloigne avec son départ, les vaincus se révoltaient sans cesse et le principe de ruine d’un tel État était dans son extension. Ce peuple de soldats bien disciplinés et aguerris était excellent pour vaincre et conquérir, mais incapable de coloniser et de conserver ses conquêtes. « L’âme assyrienne, a dit M. Perrot, est tout à la fois voluptueuse et , , . , FlG- 41.

sanguinaire , raffinée et ^ «Bâta™!,,*,.

brutale, mystique et féroce », j’ajouterai matérielle superstitieuse bornée et fanatique.

Après ces scènes d’horreur que le sculpteur entaille, grave^ impertubablement, d’un ciseau patient, sec, dur et précis à le croire inconscient, d’autres scènes sui-

vent,douloureuses encore mais moins tragiques. Les vaincus épargnés dans ces massacres ont été réduits en captivité pour les travaux forcés du palais. Les voici sous la surveillance des soldats armés de bâtons, véritables gardes-chiourme, qui pétrissent argile, façonnent les briques, les transportent sur leurs épaulés; le roi lui-même assiste àla construction de son palais sur le tertre artificiel. Les monolithes des taureaux colossaux sont traînés par de longues files de travailleurs attelés à des cordages ; puis ce

I' ig. 42. — IYc festin du roi.

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sont de nouvelles guerres, de nouveaux triomphes, de nouvelles calamités : « A la suite des tableaux héroïques, les scènes de chasse 41 occupent le premier rang. Les souverains assyriens, dignes enfants de Nemrod, se livrent avec une grande passion à cet exercice violent, vrai diminutif de la guerre. On voit, dans les basreliefs de Koyoundyik, le roi chassant la gazelle, l’hémione, le cerf, le taureau sauvage et principalement le lion qui, à en juger par la multiplicité des tableaux, devait être le gibier qu’il préférait. En char, à cheval, à pied, il poursuit luimême les animaux, il manie la pique, le javelot, l’arc et la flèche avec assurance et c’est presque en jouant que, parfois le poignard à la main, il semble vaincre ces redoutables adversaires. « A la fin, fatigué de car- « nage, il offre aux dieux les « prémices de sa chasse, ou bien « il se livre au repos. On le voit « retiré au fond du harem, à « demi-couché sur un lit somp- « tueux, devant une table charte gée de mets. La reine (ou une <c de ses sultanes)42, assise en face de lui sur un trône. « prend part au festin. La fête est égayée par de « jeunes esclaves accompagnant leurs voix des accords « de la harpe, l’instrument préféré des poètes bibliques. « Mais ce tableau tiré de Koyoundyik n’a pas été vu « à Khorsabad où le terrible Sargon n’apparaît jamais « que dans l’éclat de sa gloire et de sa majesté royale »; ni dans aucun autre palais. La représentation de la femme assyrienne, chose curieuse, est restée jusqu’ici

Fig. 43. — Vénus assyrienne.

restreinte à ce seul exemplaire, dans les bas-reliefs.

Quelques ivoires représentant la déesse Istar, la Vénus assyrienne43, nous sont parvenus. S’il est vrai que la représentation du corps féminin est le critérium le plus certain pour apprécier le degré de délicatesse et d’élévation du goût esthétique d’un peuple, il faut convenir que les Assyriens ne virent dans la femme que sa destination sexuelle, non la grâce et la beauté.

D’autres bas-reliefs nous initient aux détails de la vie privée des Ninivites. Des intérieurs de villes ou de maisons, en vertu d’une coupe géométrale fantaisiste, nous montrent les Assyriens occupés aux soins les plus vulgaires de leur ménage, dressant des lits, faisant rôtir les viandes, pansant leurs chevaux ou se livrant à divers métiers ; ou bien ce sont encore des gens en marche avec leurs chariots remplis par leurs familles, ou chargés de grains, d’objets divers et tramés par des bœufs. Un peu plus loin c’est une halte; les animaux dételés se reposent et mangent, pendant que les hommes portent la main à un plat ou boivent dans des outres.

Tous ces différents sujets se déroulaient sur une longueur considérable ; on a calculé que, mises les unes au bout des autres, les plaques sculptées de Khorsabad 11e mesureraient pas moins de deux kilomètres. — Il n’y avait pas d’ailleurs d’autres sculptures; la construction en briques ne permettant pas autrement l’emploi de l’albâtre. Ces lambris lapidaires étaient encadrés, en bas par une bande peinte en noir et au-dessus courait un large bandeau de briques émaillées représentant des animaux, des attributs, des rameaux, etc., sur un fond bleu. Le reste du mur et la voûte recevaient un stucage blanc et lisse qui servait parfois de fond à des peintures ou à des briques émaillées, représentant des personnages, le roi avec ses visirs ou ses eunuques, sujets familiers aux sculpteurs. Ces figures étaient obtenues par quelques couleurs mises en aplats sur les détails et les contours tracés au trait, sans aucun modelé : moins

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que les vitraux du xne et xme siècle chez nous. Le bleu et le jaune sont plus usités^ que le blanc, le rouge, le vert et le noir. Comme en Égypte, la peinture n’existe pas encore ; c’est un simple coloriage sommaire.

A l’intérieur, le palais recevait un embellissement pris dans la brique même : en la plaçant en retrait,

TlG. 44. — Ziggurat ou pyramide à étages.

les Assyriens, à l’exemple des Chaldeens et des Égyptiens, obtenaient des rudentures et des rainures graduées et assez profondes qui formaient des panneaux où jouait l’ombre, mais cette ornementation très limitée était sèche et maigre; ce qui était riche, c’était l’archivolte des grandes portes, faite d un large bandeau de briques émaillées où se détachaient, sur fond bleu, des génies ailés, alternant avec des rosaces qui jouent un grand rôle dans la décoration assyrienne, les couleurs vives de l’émail contrastaient heureusement avec le blanc éclatant du badigeon qui recouvrait toute la surface du mur à 1 exception d une frise de rosaces émaillées qui courait sous les créneaux.

Chaque roi, dès son avènement au trône, commençait la construction de son palais et de sa pyramide.

Une superstition religieuse, peut-être quelque rite consacré et certainement le soin de sa piopre gloire, s’opposaient à ce que le nouveau monarque habitât le palais de son prédécesseur. Parfois même, dans son empressement, il le démolissait pour se servir de ses matériaux et souvent les plaques de gypse étaient enlevées et retournées dans le nouvel édifice, la face sculptée contre le mur afin de permettre au praticien de sculpter la face brute de nouveaux reliefs. Mais la pyramide, à cause de son caractère religieux et funéraire, était conservée; de là le grand nombre de ces édifices dont les ruines existent encore. U nous reste à étudier ce genre d’édifice, suprême effort et suprême pensée de l’architecture chaldéo-assyrienne. Les pyramides ou ziggurats 44, comme ils les appelaient, étaient bâties sur le modèle de la fameuse tour de Babylone, dont les importantes ruines subsistent encore sous son propre nom Babel. Ce monument gigantesque, rebâti plusieurs fois et en dernier lieu par Nabuchodouosor, et dont Hérodote, qui l’avait vu, nous a laissé la description succincte, était une pyramide à étages, comme la Pyramide à degrés de Saqquarah. Son plan, était un carré régulier de deux stades en tous sens (370 mètres) ; sur ce premier étage, un second s’élevait en retrait de quelques mètres, sur ce second un troisième et ainsi de suite jusqu’à sept étages. » Hérodote eu compte huit, mais il prend sans doute le temple de Bel qui couronnait tout l’édifice, pour un étage. On accédait à ces différentes terrasses en avant des étages par des rampes extérieures; le monument, à part quelques chambres ou sanctuaires pratiquées dans son épaisseur, était un énorme massif de briques crues avec leur revêtement habituel de briques cuites au feu. Quelle était la destination de ces étranges édifices ?Étaient-ce des tombes royales comme les Pyramides de Ghiseh

leurs modèles ? Les noms actuels de plusieurs semblent en conserver la tradition (Birs Nimroud, tombeau de Nemrod) et le temple qui s’élevait à leurs pieds et qui en faisait partie rappelle celui des gigantesques tombes des pharaons memphites. Le nom que les inscriptions leur donnent : le temple des sept lumières de la terre, des sept planètes et les couleurs que revêtait chaque étage qui, en partant de la base, étaient le noir pour Saturne, le blanc pour Vénus, l’orangé pour Jupiter, le bleupour Mercure, l’écarlate pour Mars, l’argent pour la Lune et enfin l’or pour le Soleil, semblent leur assigner un caractère astronomique et solaire, caractère qu’avait aussi la pyramide égyptienne. Mais ce qui en diffère, c’est le temple, tout doré comme le pyramidion qui les terminait, consacré au soleil : Bel Mérodach. Sans doute, ces pyramides à étages avaient plusieurs destinations : tombe du roi, temple du dieu auquel il est assimilé. Bel à Babylone, Assour à Ninive, et observatoire pour l’étude des astres : l’astrologie, avec la magie qui en découlait, étant le fond de la religion.

L’art des Assyriens, imitation rude de l’art des Chaldéens, est un reflet, presque un pastiche de l’art égyptien ; on peut penser qu’il en eût été une contrefaçon si les matériaux dont ils disposaient s’y fussent prêtés. Nous y retrouvons toutes les formes et les conventions que nous avons étudiées dans la vallée du Nil et ce même goût de l’énorme, du gigantesque, du colossal, propre aux jeunes peuples, mais avec moins de souplesse, de naïveté et de grâce, c’est-à-dire de charme; et le caractère ethnique de la race, sa rudesse et sa férocité natives ont su recouvrir cette lourde imitation, s’appliquant d’ailleurs à d’autres idées, d’une sorte d’originalité brutale et réaliste.

La caractéristique de cet art est l'uniformité et l’insensibilité. Du plus ancienpalais connu, celui qu’Assurnazirpal, qui régna de 885 à 860, construisit à Calach, aujourd’hui Nimroud, jusqu’à celui que laissa inachevé Assour-di-lani par la ruine de Ninive (625), c’est-à-dire

dans une période d’environ deux siècles et demi, aucun changement notable n’apparaît dans l’architecture et dans les monuments figurés. C’est à croire qu’il y avait comme en Égypte un canon inéluctable. Les mouvements, les ajustements, les proportions du corps humain, courtes et trapues, sont

larges, ne cesse d’être toujours

réduite à deux apparences fig. 45. — Type assyrien, seules : barbue ou imberbe46,

mais toujours avec des cheveux longs et frisés à leur extrémité. La barbe soigneusement frisée est indistinctement l’apanage des dieux, des génies, des taureaux mystiques, des rois, de ses officiers et visirs. Les têtes

pieds, à l’exception des dieux et des figures déifiées, comme le roi et le grand visir dans leurs fonctions sacerdotales, adorant les dieux ou l’arbre mystique, l’arbre de vie 47, et dont le manteau échancré par devant laisse voir une jambe nue, démesurément grossie par des muscles saillants et découpés, repro-

toujours les mêmes, et la tête, qui reproduit toujours le type sémitique 45, le front, les sourcils épais, les yeux gros et saillants, le nez fort et crochu, la barbe épaisse et les joues

Fig. 46. — Tête d’eunuque.

rasées ou imberbes sont celles des eunuques. Le corps humain est toujours représenté dans la force de l’âge : ni enfants, ni vieillards. Contrairement à la pratique des Égyptiens qui sacrifiaient toujours le costume au nu, chez les Assyriens il est toujours revêtu d’une tunique courte et d’un long manteau qui ne laisse apparaître que les avant-bras et descend j usq u’ aux

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duisant invariablement les mêmes erreurs anatomiques. U11 progrès à signaler sur les Égyptiens parmi tant d’infériorités : le torse se voit de profil, mais l’œil reste encore de face, comme chez eux, dans une tête de profil ; le sujet change mais non l’écriture. Us ont quelques formes convenues et consacrées, quelques signes admis pour indiquer les lieux où se passent les scènes de leurs bas-reliefs. Que le pays soit montagneux ou boisé, quelques rameaux c’est un bois, un quadrillé c’est une prairie. Mais ne médisons pas trop de cet art ; grâce à ces simplifications, les sujets sont rendus par leurs grands et principaux traits.

Ces tailleurs d’images, plus artisans sans doute qu’ artistes, étant impropres à nous faire éprouver des sensations esthétiques, dont le ciseau sec, dur, impersonnel, insensible est routinier au point de paraître inconscient, sont à leur façon des narrateurs clairs et précis, de véridiques historiographes ; ils vont droit au but, écartant les détails, se contentant de l’indispensable. Grâce à eux, nous connaissons tout à fait les habitudes, le caractère, les mœurs et la vie privée de ce peuple étrange, mieux que dans les récits que les grammates ont tracés en caractères cunéiformes sur la brique crue avant de la cuire au feu.

L’art, que nous venons trop succinctement d’ana-

Fic. .17. — Empereur assyrien adorant l’arbre de vie.

lyser, n’est apparu jusqu’ici qu’avec uncaractère transitoire ou de transmission, accusant plutôt un recul qu’un progrès sur l’art égyptien, qu’il imite grossièrement. Pourtant, l’heureux emploi dans la décoration architectonique de l’émail inventé par les Égyptiens avait été une nouveauté féconde. Mais il est un point de l’art assyrien que nous avons réservé pour la fin, qui nous le montre véritablement supérieur et en quelque sorte novateur et précurseur, à savoir la représentation des animaux. Les scènes de guerre et de chasse avaient familiarisé les Assyriens avec les bêtes domestiques et les fauves et, sans doute plus libres sur ce point, ils ont apporté, dans cette interprétation, une fantaisie, une imagination et un esprit d’observation inconstestablement remarquables. Leurs bas-reliefs nous montrent souvent le contraste que produit la

raideur automatique, monotone, uniforme des mouvements de l’homme, à côté des gestes libres, naturels, spontanés, bien observés dans leur variété, des animaux qu’ils combattent ou qui les servent, toutes choses rendues avec une intensité de vie et d’expression tout à fait absente dans la figure humaine. Le caractère particulier de chaque animal est justement, énergiquement exprimé. Le chien, le cheval qui ressemble au cheval arabe, le taureau et la vache sauvages ou domestiques,

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les chèvres, l’onagre, le tigre, le lion surtout qui paraît avoir plus vivement impressionné le sculpteur, n’ont pas rencontré depuis de plus fidèles interprètes. Le Lion et la Lionne blessés 4848 bis du Musée Britannique, l’un vomissant son sang, l’autre les reins brisés par les flèches, exhalant son râle, sont des morceaux d’art consommé, d’un accent tragique, profond, et qui étonne à côté des gestes insignifiants des hommes blessés ou

mourants. L’amalgame du corps humain et de la nature animale, ou celui d’animaux différents par lequel ils rendaient visibles et matérialisaient les symboles religieux, ont produit des combinaisons curieuses qui se sont perpétuées dans l’art jusqu’à nos jours : les Ché-

Fig. 49. — Chéroub ou taureau à tête humaine, roubs, d’où, chose

étrange, viennent nos Chérubins, taureaux à tête humaine, les centaures ou l’hoinme-taureau ou l’homme-lion et non l’hommecheval49 des Grecs, les griffons, animaux fantastiques composés d’une tête d’oiseau avec des cornes de buffle, du corps, de la queue et des pattes de devant et de derrière d’un lion, terminées par les serres d’un aigle dont il a les ailes.

Malheureusement pour l’Art, cette superbe interprétation de la nature, cette puissante et juste expression de la vie, d’un style si sobre et si mâle, resta lettre morte pour les progrès de l’art antique, la destruction subite et totale de Ninive par l’incendie ayant enfoui

TEMPS ANCIENS. — L’ART ASSYRIEN 8l

ces bas-reliefs sous des montagnes de cendres et de briques pulvérisées, comme l’éruption du Vésuve fit plus tard de Pompéï et ce n’est que de nos jours que cet art nous a été révélé. Les admirables sculptures de Barye prouvent que le sentiment de la vérité, qui animait le sculpteur assyrien deux mille ans avant Jésus-Christ, est de tous les temps.

Babylone, délivrée de sa rivale oppressive et puissante, jouit bientôt d’un éclat incomparable et devint sous Nabuchodonosor, la plus belle ville du monde, mais sa grand' ur nouvelle devait être éphémère : elle ne survécut à Ninive que 87 ans. Cyrus s’en empara, anéantit le second empire chaldéen et d’un coup mit la Perse en possession de l’art et de la civilisation asiatiques...

Les Perses, les Phéniciens et les Juifs.

Babylone avait enivré toute l’Asie, et Ninive l’avait terrorisée. Leur puissance exorbitante et leur luxe inouï avaient imprimé à tout l’Orient le cachet de leur civilisation et de leur goût. Parmi ces peuples nombreux, cou bés sous leur domination ou rendus tributaires, quelques-uns eurent leur moment de magnificence : les Phéniciens et les Juifs leurs congénères, et surtout leurs vainqueurs, les Perses, qui étaient des Aryas ; mais aucun n’apporta une forme nouvelle et ne manifesta quelque originalité. Ce ne furent que des reflets, plus ou moins pâles ou viciés, qui ne pouvaient éclairer en rien la marche et la transmission de 1 Art.

Les Perses héritèrent directement de la puissance des Chaldéo- Assyriens sur toute l’Asie et leur empire colossal s’étendit même jusque sur la Thrace en Europe et sur l’Égypte et la Cyrénaïque en Afrique. L’art iranien, que nous ne connaissons que depuis les fouilles de M. Dieulafoy à Suse et à Persépolis, ne commence qu’à l’avénement des Achéménides, avec Cyrus, au lendemain de la prise de Babylone, pour finir avec Darius, 330 ans avant Jésus-Christ, n’ayant duré, comme l’empire des grands Rois, qu’ unepériode de moins de deux siècles. Obligés d’aboxd, pour se défendre contre les razzias des Assyriens, de sortir comme les

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