‹ Athéna, histoire générale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · TEMPS ANCIENS. — LES PERSES · texte numérisé non relu

TEMPS ANCIENS. — LES PERSES

soudés aux épaules de manière à laisser un vide entre eux par où pénétrait la poutre supportant le plafond qui apparemment était en bois.

Les palais des grands Rois à Persépolis étaient bâtis sur une plate-forme ou tertre rocheux qui rappelle l’agglomération des palais de Koyoundjyk. On y accédait seulement du côté occidental, par un grand escalier à deux rampes opposées, comme les escaliers des palais assyriens et celui du Capitole à Rome. Des basreliefs disposés en plusieurs registres , représentant des alignements de soldats debout, ornaient les murs de soutènement et la paroi de la tribune centrale, dont les rempants étaient sculptés de deux groupes colossaux de lions attaquant des licornes.

Suse rivalisait de splendeur avec Persépolis. L’Apadana, salle d’honneur ou liypostyle du palais d’Artaxercès-Mnémon (405-362) occupait une superficie de 700 mètres carrés, 200 de plus que celle de Xercès à Persépolis. Cette dernière, dont on connaît le plan, avait un triple péristyle de douze colonnes chacun, disposées sur deux rangs et présentait six colonnes de front et autant de côté, soit trente-six colonnes; constructions magnifiques sans doute, mais bien inférieures aux salles hypostyles, je ne dis pas de Karnac ou du Ramséion, mais encore aux plus petites de la plupart des grands temples égyptiens.

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Les Sémites furent encore moins inventifs, du moins au point de vue de l’art, car si l’on peut deviner le germe d’un art iranien brusquement anéanti par la conquête d’Alexandre le Grand, qui mit fin à l’empire des Achéménides, on ne peut pas dire qu’il y eut un art puniquî, encore moins israëlite.

Le peuple juif eut aussi son heure de prospérité et d’éclat avec Salomon qui voulut imiter le faste des monarques assyriens ; mais son suprême effort, le fameux temple de Jérusalem, ne fut qu’un pastiche, quant au plan, des temples thébains, et quant aux formes architectoniques, des palais assyriens. La mer d’airain, immense cuve que Salomon avait placée dans le Temple pour contenir l’eau lustrale nécessaire aux purifications, était supportée par douze taureaux également de bronze, ou Keroubims, qui étaient une imitation des colosses avec lesquels l’étude de l’art assyrien nous a familiarisés.

Au surplus, le monothéisme farouche et jaloux des Hébreux, en proscrivant toute représentation de la ligure humaine, en haine de l’idolâtrie, avait créé un obstacle capital à toute éclosion artistique ; les arts sont solidaires et 11e vont pas l’un sans l’autre. Mais les J uifs étaient avant tout spéculatifs et leur esprit ne fut jamais ouvert qu’aux idées abstraites et littéraires.

Les Phéniciens, leurs voisins, sémites comme eux mais greffés sur un vieux tronc Kouschite, peuple actif et industrieux, que l’amour du lucre poussa de bonne heure vers la vie d’aventures, n’eurent d’aptitudes

que pour le négoce. Tout chez eux, leurs arts, comme leurs dieux, était emprunts, réminiscences ou plagiats. vSe sentant à l’étroit le long de leurs côtes, entre le Liban et la mer, ils furent les premiers à hasarder leur fortune et leur vie sur l’inconstance des flots. Ce sont les plus anciens navigateurs et ce n’est que comme tels qu’ils intéressent l’histoire de l’Art ; car situées entre l’Égypte et la Chaldée, les deux grands foyers de civilisation de ces temps reculés, Tyr et Sydon, leurs villes célèbres, devinrent l’entrepôt de tout ce que l’Orient fabriquait d’objets portatiles de luxe ou de vulgaire commodité, qu’elles exportaient au moyen de leurs navires légers sillonnant en tout sens la Méditerranée, dès les temps les plus reculés ; et le Liban couvert de forêts de cèdres leur procurait du bois en abondance pour construire leur flotte. Favorisés d’abord par laproximité de Chypre et de Rhodes, ils gagnèrent, en longeant la côte silicienne, la mer Égée aux nombreuses Cyclades, et enhardis par le succès, ils étendirent petit à petit leur commerce sur tout le reste du bassin de la Méditerranée jusqu’aux Colonnes d’ Hercule qu’ils doublèrent sans doute, établissant le long des côtes de la Grèce, de l’Italie, de la Sicile, de la Sardaigne et de l’Espagne des comptoirs prospères et sans cesse alimentés, et fondant d’opulentes colonies dont la plus célèbre fut Carthage. Ce qu’ils exportaient ainsi c’étaient des statuettes d’ivoire, de bronze ou d’émail translucide, des amulettes, des articles d’orfèvrerie, des vases et des plats de bronze ou d’argent ciselés, des coffrets incrustés, des verroteries, des vases de terre émaillée, des tissus aux brillantes couleurs, des armes, des patères ciselées, des disques, des vases, des miroirs, etc., qui émerveillaient par leur nouveauté les habitants à demi-sauvages des côtes où ils abordaient. Ces objets variés étaient uniquement de provenance chaldéenne ou égyptienne. Toutes les cités phéniciennes, Arad, Byblos, Sidon, Sarepta, Tyr et Jopé, avaient des ateliers où de nombreux ouvriers contrefaisaient

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ces produits ; mais cette puissante activité leur avait donné une grande habileté comme forgerons et ciseleurs. L’antiquité grecque leur attribue même l’invention du verre; on sait maintenant que les Égyptiens, dès l’ancien Hmpire, savaient le fabriquer et en ont été certainement les inventeurs, comme de l’émail, du bronze, et probablement du travail du fer, car on ne pourrait expliquer la taille si précise des énormes monolithes employés aux pyramides sans le secours de ce métal puissant.

Ce trafic considérable, ce commerce d’exportation lointaine dans lequel ils furent longtemps sans rivaux, entretenait dans les villes phéniciennes une activité extraordinaire et leur procurait des richesses fabuleuses. Tyr et Sidon devinrent célèbres à l’égal de Babylone pour leur faste et leur opulence et pour la licence des mœurs qm en est pour l’ordinaire la dissolvante conséquence. Il en résulta une civilisation étrange et monstrueuse, mélange de force et de difformité, de courage et de fourberie, d’activité, de mollesse, de voluptés et de férocités. A côté des prostitutions publiques et sacrées qui sans cesse se répétaient sur le parvis du temple d’Astarté ou de Tanit, l’odieuse pratique des sacrifices humains persistait après que les peuples, à l’aube de la civilisation, l’avaient abolie. L’affreux simulacre de leur dieu Baal-Ammon, amalgame du Bel chaldéen et de l’Ammon-Ra des Égyptiens, le brûlant , c’est-à-dire plutôt dieu du feu que du soleil, réclamait de tendres victimes expiatoires : de petits enfants, déposés dans les mains levées du colosse sanguinaire, retombaient dans le foyer ardent qui brûlait dans ses entrailles.

Leur dieuMelqart, l’Izdubar ou l’Héabâni des Assyriens, l’étouffeur de lions, le symbole du courage et du travail, de la victoire de l’intelligence humaine sur la barbarie, plus répandu au moyen de leur commerce maritime que son prototype, fut un emprunt plus heureux et surtout moral, et devait avoir l’honneur

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d’être assimilé par les Grecs à leur sublime Héraclès.

Les Phéniciens étaient rusés dans leurs rapports avec les hommes simples, tout leur était bon, pourvu qu’il fût suivi de gain. Ils furent les premiers pirates et écumeurs de mer; ils ne se faisaient aucun scrupule d’enlever des femmes et des enfants, profitant de la foule curieuse qui se pressait autour de leurs galères et de la rapidité de leurs voiles ; ils les revendaient plus loin comme esclaves. Les traditions légendaires de ces vieux âges font souvent allusion à ces enlèvements. Ils échangeaient leurs marchandises contre des matières premières : laine, ambre, étain, cuivre, etc., même lorsque la monnaie fut inventée.

On a coutume d’attribuer une large part à leur trafic dans la diffusion de l’Art en Occident. Mais sans la méconnaître, il me semble qu’on en a exagéré l’importance. Ces petits hommes noirs, fourbes et rapaces, coutumiers du vol et du rapt, qui trafiquaient de tout, des choses sacrées et de la chair humaine, -étaient en exécration auprès des populations naïves et encore à demi-barbares, attirées irrésistiblement, comme des alouettes, par le miroir clinquant de leur pacotille étalée au soleil sur le rivage, près de leurs galères peintes aux proues sculptées de ce dieu grotesque et grimaçant imité du Bès égyptien. Ce n’est donc pas par leur ascendant moral qu’ils eussent pu contribuer à la diffusion de l’Art qui était d’ailleurs le moindre de leurs soucis, et leur zèle religieux n’était pas plus prononcé. D’ailleurs les marchandises qu’ils importaient étaient de menus objets de luxe et d’art sommaire et même des objets usuels, propres seulement à susciter l’introduction des arts secondaires et à exciter le génie naturellement inventif et ouvert aux arts de ces peuplades naïves en vulgarisant les progrès techniques qu’ils avaient réalisés dans les différentes branches des arts somptuaires. Mais il est clair que l’architecture, la statuaire et la peinture (qui à proprement parler n’existait pas encore), n’étant pas

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mobiles, ne pouvaient se répandre et se transmettre par ce moyen. D’ailleurs l’examen de leurs productions artistiques, restées toujours médiocres aux différentes époques, montre assez que c’est le contraire qu’il faudrait admettre, car après avoir imité les Égyptiens et les Chaldéens, ils se mirent à copier les Grecs avec la même impersonnalité, lorsqu’il eurent contact avec eux en Asie Mineure : et ceci est rendu évident par l’art cypriote et les sarcophages anthropoïdes. C’est donc par la voie ionienne qu’il faut suivre la marche de l’Art et son influence sur le génie grec alors balbutiant. Là seulement nous trouverons, avec certitude, les sources de son art archaïque, d’autant plus naturelles que c’est œuvre d’une même race, en avance sur sa consanguine d’Europe.

Les Phéniciens s’approprièrent les inventions des autres mais n’inventèrent rien, pas même l’alphabet, comme on l’a cru longtemps ; ils ne firent que prendre aux prêtres de Memphis, les signes phonétiques de leur écriture cursive, simplifiant les signes hiéroglyphiques.

L’archéologie artistique s’est préoccupée, dans ces dernières années, d’un peuple oublié, les Hittites ou Hetéens, les Khetas de Ramsès le Grand; ils avaient pendant de longs siècles constitué un empire puissant entre la Syrie et l’Asie Mineure. La grandeur de ce peuple et sa longue durée ont fait croire qu’il avait pu créer un art. Des recherches ont été faites qui n’ont amené jusqu’ici d’autres découvertes que quelques fragments de sculptures médiocres, conçues à l’imitation de l’art assyrien.

Sacrifice à Athéna (vase du VIe siècle.)

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