‹ Athéna, histoire générale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 8 sur 14 · L'ART GREC · texte numérisé non relu

L'ART GREC

Les Origines.

Quelque intérêt qui s’attache à l’étude de l’Art avant les Grecs, nous ne pouvions y voir qu’un objet de curiosité, ne nous offrant quasi rien qui fût de nature à procurer quelque utilité directe à notre compréhension de l’Art. Nous n’avons rien de commun avec ces civilisations monstrueuses, despotiques et disproportionnées. Tout autre est le génie grec; avec lui nous rentrons dans notre élément. Tout en lui nous est assimilable; ses manifestations dans toutes les branches de l’intelligence, son caractère libre et généreux, ses lois, sa littérature, son art surtout, n’ont cessé d’être des

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modèles et des exemples, dont on n’a pu jusqu’ici égaler la perfection. Ce que nous avons de bon vient de nos efforts à en approcher, et seule son étude féconde peut nous remettre dans la bonne voie quand, trop souvent, hélas ! nous nous en écartons. C’est qu’aucun peuple 11’eut à ce point les vertus civiques et domestiques, l’amour delà gloire et de la liberté et 11e sut allier la passion à la réflexion, la foi à la raison, la force à la grâce, la science à l’émotion, le vrai à l’idéal, dans la mesure parfaite et précise qui produit la divine proportion, l’Harmonie source de toute Beauté. C’est son culte passionné qui grandit toutes ses actions et divinise toutes Nous n’avons pas de plus sûre école

Fig. 52. — Vase trouvé à Issarlyk (Troie).

ses

___ œuvres.

pour comprendre la nature et l’aimer dans sa grandeur et sa simplicité.

Les Hellènes étaient des Aryas venus de l’Inde, apportant avec eux les principes de la religion et des arts. A travers l’obscurité des temps préhistoriques, on entrevoit leurs immigrations dans l’antique Hellade où ils s’introduisent par le Nord, après avoir laissé une partie de leurs contingents en Asie Mineure et dans les montagnes de la Thrace et de la Macédoine qui devinrent le lieu d’origine, le foyer de toutes les tribus helléniques qui, par la suite, renouvelèrent successivement ce premier afflux, ou plutôt absorbé les Pélages peuple étrange et mystérieux qu’on retrouve à l’aube de toutes les civilisations préhistoriques, ils occupent particulièrement les îles de la mer Egée, si favorable-

FlG. 53- — chouette primitif.

Vase à tête de et xoanon très

Après avoir chassé Aryas eux -mêmes,

ment rapprochées pour établir des relations commerciales avec les côtes de l’Asie et de la Grèce.

Aussi de bonne heure devinrent-ils des marins actifs et industrieux qui rivalisèrent avec les Phéniciens, en attendant de les supplanter. Cette activité insulaire produisit bientôt dans tout le bassin de la mer Égée une lueur de civilisation, dont les vestiges paraissent remonter à 3.000 ans avant Jésus - Christ.

Recueillis un peu partout, depuis la Thrace au nord, jusqu’à Chypre, au sud, à Issarly k82, en Troade, à Mycènes et à Tirynthe dans le Péloponèse , dans les îles de Santorin et de Crète, ces spécimens vénérables d’une industrie embryonnaire n’ont d’autre intérêt, d’ailleurs, que dans la constatation qu’on n’y découvre aucune influence étrangère53. Ce sont déjà ces vases g ossiers, dits à tête de chouette, où le po-

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tier s’essaye à reproduire les divisions et la forme du corps féminin et de petites figurines en marbre blanc qui veulent représenter une déesse nue. Le goût en est nouveau et bien local ; nous assistons aux premiers pas d’un art dont nous allons suivre, par des étapes glorieuses, le développement logique et progressif, à côté d’importations phéniciennes qui ont pu lui procurer quelques procédés techniques, mais non des formes.

Une de ces étapes nous a été révélée par les fouilles de Santorin. Environ 2.000 ans avant notre ère, selon les géologues, une éruption volcanique faillit engloutir une des Cyclades, Théra. Dans ce cataclysme effroyable, la partie centrale de l’île s’effondra à 400 mètres au-dessous de la mer, laissant comme témoin de son périmètre, les îles actuelles de Thérasia, d’Aplirodisia et la plus grande: Santorin54. Des fouilles entreprises en 1846 mirent à jour, comme à Pompéi, sous une couche de trente mètres de ponce et de scories dont l’antique cratère avait recouvert ce qui restait de l’île, des ruines d’habitations antérieures d’au moins douze cents ans à Homère. Les murs conservaient encore leur crépi colorié de figures et de dessins qui se retrouvent sur les vases et les fragments de poteries, ornements rudimentaires inspirés, pour l’ordinaire, par les animaux et les plantes marines, d’un sentiment libre et original. Le même style d’ornementation de plus en plus exprimée s’observe sur les objets exhumés à Yalysos, dans l’île de Rhodes, à Spata près d’Athènes, où, à côté de bijoux d’importation asiatique, 011 a recueilli des ivoires sculptés et des pâtes de verre; à Issarlyk qu’on croit être l’emplacement de la Troie homérique, Schlieman a déblayé jusqu’à six villes superposées, successivement détruites par l’incendie et dont la plus ancienne récelait des produits du même goût primitif, de même que ceux de la même période qu’il a découverts à Tirynthe et à Mycènes55.

Ces deux dernières villes étaient déjà célèbres

dans l’archéologie grecque par leurs monuments pélasgiques, les fameux trésors d’Atrée, supérieurs à ceux d’Orchomène, quand les fouilles qu’y pratiqua Schlieman, de 1876 à 1884, si fécondes en trouvailles considérables et inattendues, attirèrent sur elles l’intérêt du monde entier. Plus de 20.000 objets en or, en argent, en bronze, travaillés et ciselés avec art, vases, bijoux, armes incrustées de scènes de chasse en argent, furent recueillis dans le palais supposé des Atrides. Mais la découverte la plus typique consista en cinq tombeaux exhumés sous l’Agora de l’antique cité achéenne. Les corps qu’ils renfermaient étaient pour la plupart littéralement recouverts de plaques et de bijoux en or ; et

I'TO. 55. — Objets en or trouvés à Mycènes.

le visage était protégé par un masque d’or repoussé au marteau et reproduisant sans doute les traits du défunt, la poitrine et les jambes par des espèces de plastrons ou cuirasses et par des cnémides. Le front était ceint d’une couronne en guise de diadème, les bras et les mains portaient des bracelets et des bagues, et sur les vêtements étaient cousus de nombreux ornements également en or. Schlieman, ébloui par ce luxe funéraire, crut que ces tombes étaient celles d’Agamemnon et des Atrides, assassinés par l’adultère Clytemnestre, à leur retour de Troie, mais aucune inscription 11’est venue contrôler son opinion. Quoi qu’il en soit, il n’est pas douteux que tousces objets, constituant un trésor inappréciable, n’appartiennent à la civilisation achéenne,

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chantée par Homère, et qu’ils représentent les plus parfaits spécimens de l’art à cette époque légendaire. Les motifs d’ornementation, le plus fréquemment employés, sont des combinaisons souvent très ingénieuses de courbes et de lignes ondulées mêlées, suivant la tradition persistante, à des plantes et à des animaux aquatiques, algues, méduses, poulpes, etc., qu’on retrouve également dans l’ornementation de poteries faites au tour. Certaines rondelles56 de bracelets en or sont décorées de rubans au repoussé ou ciselés, dont l’agencement des courbes est de l’invention la plus originale. Tout cet ensemble, y compris des ivoires et des pierres gravées, atteste un art très avancé au moins dans l’orfèvrerie, car l’architecture et la statuaire font encore défaut, ainsi que le fer. Quelques traces de peintures murales ont été relevées à Tirynthe, dans les ruines du palais dit des Atrides : une paroi mieux conservée nous laisse discerner un acrobate bondissant au-dessus d’un taureau emporté ou plutôt l’épisode d’une chasse au taureau sauvage. C’est encore un sujet analogue qu’011 voit ciselé sur l’un des deux petits vases en or qu’on a découverts en 1886, dans une hypogée à Vaphio57, près de Sparte: la capture de trois taureaux sauvages tombés dans un piège réticulé. La violence des mouvements des bêtes qui se débattent et des hommes qui cherchent à s’en emparer est admirablement observée et rendue par un dessin savant et une exécution qui dépasse de beaucoup tout ce que les Assyriens nous ont laissé en ce

Fig. 56. — Rondelle de bracelet en or.

Fig. 56. — Rondelle de bracelet en or.

genre. Ce beau travail 11’a plus rien de primitif et sa perfection, la vie, la liberté qui s’y trouvent si supérieurement exprimées et surtout l’arrangement me portent à croire qu’il est d’un temps bien postérieur. Il est toujours difficile d’assigner une date, même approximative, à des objets artistiques exhumés dans des conditions souvent incertaines et anormales. Cette attribution ne peut se faire que par analogie et là, vraiment, la comparaison rapprocherait les ciselures de ces vases plutôt des bas-reliefs du ive siècle que des œuvres si grossières encore de ces temps reculés.

Ainsi, dans cet exposé très succinct des divers vestiges d’art encore uniquement industriel, qui sont par-

Fig. 57. — Vase de Vaphio.

venus jusqu’à nous de ces époques mystérieuses où le génie grec tentait ses premiers pas, nous n’avons cessé d’y constater un sentiment, un style bien personnel, original, national, en un mot, tirant tout de son propre fond pour se dégager de plus en plus jusqu’à la fin de la période achéenne. Cette vérité, ainsi attestée, ressortira encore plus évidente par l’examen des arts majeurs, que nous n’avons pas encore rencontrés et qui, dorénavant, feront l’objet de notre étude.

On a bien disserté, discuté, sur les origines de l’art grec. Que d’hypothèses n’a-t-on pas hasardées? Sans doute, aucun sujet ne peut davantage nous intéresser; la genèse d’une grande civilisation est, comme celle d’un homme célèbre, soumise à mille incidences, à des impressions fugitives et diverses, qu’il est plus aisé de deviner que de déterminer : mais l’aigle est dans l’œuf. Tous les peuples de l’antiquité ont passé tour à tour

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pour avoir été leurs éducateurs, sans tenir compte de la répulsion des caractères. Ce furent d’abord les Égyptiens, les Chaldéens, les Assyriens, les Phéniciens et même, ô claire Athéna ! peu s’en fallut qu’on ne fît cet honneur aux sordides habitants des cavernes, aux sauvages chasseurs des rennes! Je ne parle pas des Chypriotes, des Lydiens et des Crétois qui étaient des Hellènes mélangés d’Asiatiques. Mais de toutes ces prétendues provenances, même en ce qui regarde les temps préhistoriques, il a bien fallu en revenir à la seule logique, la plus naturelle d’ailleurs que les Grecs eux-mêmes se reconnaissaient, à savoir que l’art grec est bien autochtone, issu tout entier de leur cerveau, comme Athéna de celui de Zeus. Les origines de l’art grec sont en Grèce et nous pouvons suivre maintenant, d’étapes en étapes précises, sa marche lumineuse jusqu’à son épanouissement au Ve siècle, point culminant de toute grandeur, de toute civilisation, de toute beauté dont puisse s’honorer l’humanité entière, et, en particulier, le cycle grec dans lequel elle 11’a cessé depuis d’évoluer. Quand un peuple possède à ce degré une telle puissance créatrice, le germe vital, irrésistible d’un génie si personnel et si vaste, il 11e lui faut, pour se manifester, que le libre exercice de ses facultés supérieures sous un climat favorable et des institutions clémentes et, certes, ces heureuses conditions n’ont pas manqué à ce peuple privilégié entre tous. Il n’avait donc que faire des exemples des peuples antérieurs auxquels il ne ressemblait en rien et qu’il devait surpasser considérablement. Tout au plus, je le répète, et ceci même est contestable, leur doit-il quelques procédés matériels et techniques ayant servi à l’avancer. Mais est-on artiste du fait de posséder les ustensiles d’ un art ? Le pinceau ne fait pasle peintre. Ce phénomène, après tout, s’est déjà présenté pour les Égyptiens de l’ancien Empire qui, certes, n’eurent pas de devanciers : pourtant ils sont arrivés dans la sculpture et l’architecture à une perfection telle qu’il semble 11e leur avoir manqué que la

liberté pour égaler les Grecs. Quelle apparence, en effet, que le génie grec, doué d’une sensibilité si exquise, poétique et subjective en même temps, lui permettant d’observer et d’exprimer les nuances les plus viriles comme les plus délicates et fugitives de l'âme et du corps humain, au point de s’en servir pour réaliser, j’allais dire diviniser les caractères si variés de ses entités polythéistes, ait pu, un seul instant, s’écarter de son idéal et subir l’influence de peuples dont il méprisait l’asservissement moral et physique sous le despotisme monarchique et sacerdotal dont il s’est toujours défendu, et que son art si libre et varié soit sorti des arts comprimés dans un moule uniforme comme ceux des Égyptiens et des Assyriens, dont les Phéniciens ne propageaient que la mesquine contrefaçon. Au surplus, les Grecs n’eurent de contact avec les Égyptiens et les Assyriens qu’au VIe et au Ve siècle, alors que leur art était formé, et nous avons dit que les objets que les Phéniciens importaient chez eux jusqu’au i>:e siècle, avant notre ère, époque où les marins grecs les supplantèrent dans le commerce du bassin de la Méditerranée, ne pouvaient avoir d’effet que sur les arts industriels, alors seuls exercés. La supériorité du génie grec, le principe vivifiant de sa puissante originalité et de l’indépendance de son goût souverain, c’est de n’avoir jamais supporté d’entraves et d’avoir été, dès ses débuts, profondément ému devant la nature et de l’avoir aimée avec cette passion épurée et libre qui, seule, engendre la Beauté.

Il apparaît que, pendant la longue absence des rois achéens, retenus par le siège de Troie, le lien social se soit relâché et qu’ils aient trouvé à leur retour leur autorité affaiblie. Des commotions intestines, suivies de grands mouvements de peuples, ébranlèrent leur suprématie jusque là incontestée. L’ordre établi pendant les temps héroïques fut bouleversé; les grandes familles royales disparurent et la Hellade changea de face. Le

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mouvement partit du Nord, près du vieux sanctuaire pélasgique de Dodone, de l’antique Hœmonie, foyer des peuplades helléniques, et bientôt il se propagea sur tout le continent. Les Héracléens de la Thessalie prévalurent en Épire et se rejetèrent sur les Béotiens qui se réfugièrent vers le sud du mont CEta et s’établirent à Thèbes, à Orchomène et près du lac Copaïs. Ces déplacements de peuples refoulèrent les Doriens établis au pied du mont Olympe, qui, de fugitifs, devenant conquérants, chassèrent à leur tour les Dryopes et s’emparèrent pourtoujours de leur pays, situé entre i’CEta et le Parnasse, apportant avec eux, de la vallée de Tempé, leur dieu Apollon, qu’ils disaient être le père de Dorus, leur héros éponyme. Mais plus considérable encore par ses conséquences fut le bouleversement du Péloponnèse, par suite du retour des Héraclides. Expulsés par les Pélopides, qui parvinrent à établir leur domination sur toute la Péninsule, ils s’étaient réfugiés auprès des Doriens et par la suite, environ quatre-vingts ans après la guerre de Troie, ils les décidèrent à tenter avec eux la conquête de leur ancienne patrie. Ayant, par feinte, passé le golfe Saronique à Naupacte, ils traversèrent comme une trombe l’Egialée, s’emparèrent non sans résistance de toutes les cités achéennes, à l’exception de Tirynthe et de Mvcènes. Partie des Achéens se réfugièrent dans les Cyclades et en Asie Mineure où ils occupèrent une vaste contrée qu’ils appelèrent l’Ionie, et partie en Egialée qui, de leur nom, s’appela depuis l’Achaïe. Les Ioniens qu’ils en avaient chassés, traversant de nouveau le golfe Saronique, allèrent demander asile à leurs congénères de l’Attique devenue le refuge de toute tribu ionienne opprimée. Les Doriens tentèrent plusieurs fois de les y atteindre, mais ils cessèrent toute poursuite après le dévouement de Codrus (106b). Tous ces peuples, en quête d’unepatrie, avaient enfin trouvé leur assiette et la conclusion de tant de bouleversements, qui, du nord au midi, avaient changé l’état de la Grèce, fut l’érection au milieu de l’isthme de Corin-

tlie d’une colonne portant du côté du Péloponèse cette inscription : Ici sont les Donens, et, du côté de l’Attique : Là est l’Ionie.

J’ai cru devoir relater, très brièvement d’ailleurs, ces faits historiques parce qu’ils expliquent l’antagonisme de deux peuples consanguins qui, séparés pendant de longs siècles et ayant vécu sous des climats opposés, avaient contracté des habitudes, des mœurs et des goûts différents et à l’apparence réfractaires. Tous deux aimaient la gloire, mais non de la même manière. Aussi, lorsqu’ils se trouvèrent en contact, s’établit-il entre eux une rivalité très nuisible sans doute à la grandeur politique de la Grèce, mais favorable à leur émulation intellectuelle. Ce double caractère d’une race commune se manifesta supérieurement par deux dialectes dans les lettres, deux styles dans les arts plastiques, deux ordres dans l’architecture, et se résume en deux mots: l’atticisme et le laconisme. I/art grec à la fois grandiose et familier, sévère et gracieux, viril et raffiné, rationnel et idéaliste a, comme sa belle langue, deux genres, j’allais dire deux sexes, semblable à l’espèce humaine qu’il a si divinement représentée; de là sa variété prodigieuse, son universalité. Le premier il créa tous les modes et sut donner la note suprême de leur expression.

La grande invasion des Doriens et leur établissement définitif dans le Péloponèse étouffa brusquement dans son germe l’art achéen qui donnait tant de promesses. Les mœurs rudes et guerrières, la rusticité et l’esprit étroitement pratique et économe, la sobriété et le mutisme qu’ils avaient contractés dansleurs âpres montagnes, les rendaient peu accessibles au luxe intellectuel dont l’Art est le plus riche joyau, malgré les dispositions natives qu’ils tenaient du génie de la race. La civilisation hellénique subit un temps d’arrêt ; il faudra quatre longs siècles d’obscurité, comparables à ceux qui, dans les temps modernes, suivirent l’invasion

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des Barbares et la chute de l’Empire romain, pour fondre, amalgamer ces éléments ennemis et renouer la chaîne si longtemps interrompue des traditions artistiques ancestrales. Mais le souvenir des grandeurs des temps héroïques resta vivace au cœur des asservis et des expatriés, réfugiés en Attique et dans l’Ionie de l’Asie Mineure. Les poèmes homériques en sont

le sublime interprète. Les hauts faits des Héros de la Patrie perdue devinrent des actions merveilleuses et les hommes du passé furent considérés comme ayant dépassé la mesure humaine. On vit en eux des fils de Zeus et chaque cité voua un culte à un demi-dieu, son héros national58. L’esprit public se ressaisit et produisit une renaissance artistique. Mais si les mœurs et les caractères chantés par Homère sont ceux d’autrefois, opposés comme une critique à la rudesse obscure des hommes de son temps, on peut penser que les détails des habitations, du costume et de certains usages, sont ceux qu’il avait sous les yeux Ce sont des Achéens habillés du vêtement dorien. En ce sens, les monuments qu’il décrit relèvent de l’art du IXe siècle avant notre ère, époque où l’on place aujourd’hui l’existence de l’immortel aède, et non de celui du XIIe siècle, c’est-à-dire de l’époque où vivaient les héros de ses poèmes.

Fig. 58. — Personnage liéroïcisé (stèle de Paconiei.

Cependant les îles de la mer Egée et les côtes de l’Asie Mineure ne furent point atteintes par ces perturbations de trois siècles du continent hellénique. Au contraire, leur commerce maritime, dont nous avons déjà signalé la prospérité, s’en accrut considérablement. C’est vers ce temps, dès le ixe siècle, qu’ils parvinrent à se substituer aux Phéniciens, non seulement dans les Cyclades et les côtes de la mer Égée, où d’ailleurs ils n’avaient jamais été prépondérants, mais dans tout le bassin de la Méditerranée. Deux îles entre autres parvinrent à une prospérité inouïe et tinrent la tête de cette civilisation intermédiaire : Samos, admirablement située pour être l’entrepôt de toutes les contrées de l’Asie et la Crète, qui n’avait jamais cessé d’être grecque. Elle se releva de cette décadence où elle se trouvait à l’époquè de la guerre de Troie, n’ayant pu alors envoyer que quatre-vingts navires sur les 1.186 rassemblés à Aulis, en Béotie. Le légendaire Dédale y avait construit le fameux Labyrinthe, palais du Minotaure. On lui attribuait aussi toutes les statues archaïques en bois dont les bras étaient un peu écartés du corps et les jambes disjointes, ce qui était un p ogres sur les Xoana antérieures; on les appelait Dedalia. On fit beaucoup de bruit en ces derniers temps autour des peintures murales que M. Evans a découvertes à Cnossos, dans les ruines supposées du Labyrinthe légendaire ; mais ce ne sont que des œuvres décadentes, touchant à la vie par la caricature plutôt que par une observation savante et sincère.

Quoi qu’il en soit, c’est encore dans le Péloponèse que nous voyons apparaître la première lueur de la renaissance hellénique. C’est à l’achéenne Lakédémone devenue la dorienne Sparte, c’est à Corinthe, que sa situation vis-à-vis de Samos et de l’Asie Mineure avait, par son commerce, rendue d’une opulence qui resta proverbiale, que travaillent les premiers artistes cités par les textes, mais ils sont Crétois ou Samiens ; les premiers, venus par la vallée de l’Eurotas, les seconds, introduits

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par les navigateurs corinthiens. L’Asie Mineure joue un rôle important durant cette période encore obscure,

surtout l’Ionie dont les colonies récentes avaient ravivé le vieux sang hellène. Elle a été le creuset où se sont fondus et amalgamés les divers éléments asiatiques avec le génie grec naissant : c’est là où le travail d ’ adaptation et d’assimilation eût pu se faire, si sa puissance créatrice 11e les eût rapidement absorbés au point de paraître négatifs. L’influence sur l’esprit curieux de cette race privilégiée et si absolue dans sa personnalité devait être fugitive. Que les Grecs aient adopté certaines formules ornementales , certains types composites, mélanges bizarresde l’homme et de la bête, familiers àtout art dans l’enfance, qui piquaient leur imagination fantaisiste et poétique, tels que sphinx, centaures59 , griffons 60, etc., cela n’est point douteux, mais ils 11’y virent qu’une concep-

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