XV^ SIÈCLE
Bruxelles, le clocher d’Anvers,
Fig. 39. — Tour de la Cathédrale de Rodez.
et celui deFribourg en Brisgau. Mais le clocher que J ean W ast et Maréchal élevèrent au centre du transept nou-
Fig. 40. — Clocher eptentrional de la Cathé drale de Mende.
vellement construit de Saint-Pierre de Beauvais devait les surpasser tous encore par son élégance^ sa légèreté, sa hardiesse et son élévation; tour et flèche s’élevaient
ATHÉNA
à 153 mètres de haut, si bien ajourées et ciselées qu’elleé paraissaient une vraie dentelle de pierje, pointant vers le ciel, aérienne, diaphane et superbe. Mais le jour de l’Ascension 1573, date mémorable, comme le dernier fidèle quittait la cathédrale pour suivre la longue procession qui se déroulait dans les rues de la cité, un bruit sourd, insolite, et une grande secousse glacèrent de stupeur
devait plus s’en relever, anéantie avec la dernière illusion, le dernier effort des constructeurs restés fidèles à notre grand art national qu’ils avaient compromis à tout jamais alors qu’ils voulaient attester sa supériorité sur l’art nouveau de la Renaissance. I,e célèbre clocher, qui avait été une protestation contre l’intrusion de l’art italien et prétendait surpasser Saint-Pierre de Rome, n’avait duré que 25 ans.
Après quoi l’architecture ogivale, ayant épuisé toutes ses ressources, outrepassé même ses moyens et accompli ses transformations successives, devait dis-
FiG. 41. — ne Clocher de Saint-Germain d’ Argentan.
les assistants; toute la procession s’arrêta épouvantée ; c’était le merveilleux clocher qui croulait. Les piles élancées, malheureusement non contrebutées à l’occident par l’absence de la nef, s’étaient écartées, avaient fléchi, et le clocher ébranlé à sa base avait glissé comme dans une rainure de sorte que son extrémité émergeait du toit effondré. Cette catastrophe fut le coup de grâce de l’architecture ogivale, elle ne
paraître; elle était arrivée au dernier degré de l’audace et de la témérité où elle pût constater son impuissance à exprimer l’absurde et l’impossible. Il eût mieux valu reculer en arrière, reprendre la voie traditionnelle et saine de l’époque de la transition et du xiii® siècle; c’eût été rationnel et nul doute que le vieux tronc n’eût poussé de nouvelles tiges non moins vivaces et logiques que leurs aînées, mais le goût ou plutôt les exigences de la nouveauté qui rendent chez nous l’empire de la mode si impérieux et trop souvent néfaste, s’y opposaient. Acculé à l’impasse, l’art français préféra renier ses origines et adopta les formes étrangères. Je sais bien que les ordres appartiennent à toutes les races évoluant dans le cycle grec où nous gravitons, mais il n’en est pas moins vrai que, par un effort qu’aucun génie, sauf le nôtre n’a pu faire, notre art national, après s’être inspiré de l.’art païen, s’en était totalement affranchi et avait inventé de toutes pièces un art bien particulier, nullement inférieur, s’il n’est supérieur à ceux du passé et qui est vraiment l’art chrétien. Cette qualité l’avait fait admettre par tous les peuples civilisés; il était devenu prépondérant et universel. C’était donc une abdication, une déchéance, une répudiation de notre grandeur séculaire et de notre hégémonie artistique. La Renaissance se fit contre l’art français.
Toutefois la pénétration italienne ne se fit pas sans rencontrer de résistance et cela se conçoit puisque l’art frappé en pleine sève, ne péchait pas par sénilité, mais plutôt par excès de vitalité, ce qui explique son exubérance excessive; nous avons vu que l’architecture religieuse ogivale persévéra de lutter longtemps encore après la moitié du xvi® siècle. Bn peinture, les Clouet en France, Quintin Matsys en Flandre, Lucas de Leyde le néerlandais, les Allemands, Albert Durer, si célèbre par ses gravures (1471-1528), Lucas Cranach (1472- 1552), Hans Holbein, dit le Jeune, pour le distinguer de son père, peintre également, mais de moindre valeur (1497-1548), dont la réputation n’est pas motivée pat
AïhÉnÂ
la médiocrité de ses œuvres, restèrent fidèles à l’ancien style franco-bourguignon tout en sacrifiant à l’art italien assez maladroitement d'ailleurs et non sans enlever la précieuse naïveté primitive à leurs productions.
fÉMps mode:rnp:s.
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Diffusion de larchitecture française.
Une si puissante vitalité, une si prodigeuse activité produisant tant de chefs-d’œuvre incomparables ne vont jamais sans être accompagnées d’une grande force d’expansion. I,a renommée de tant de merveilles qui avait fait du Nord de la France suivi faiblement par le Midi, un centre prépondérant, ne pouvait manquer de rayonner au delà des frontières, et la diffusion de l’art français se fit dans toutes les nations voisines qui devinrent pendant plus de trois siècles tributaires de notre esthétique comme elles l’étaient de notre Université pour les lettres et la philosophie. U’ architecture ogivale ou mieux française, comme disaient les étrangers, opus francigenum, fut universellement adoptée. Nos architectes furent appelés de toutes parts au dehors pour édifier des cathédrales considérables à l’imitation de nos chefs-d’œuvre et qui devaient les égaler; mais l’art national, en se transplantant perdit de la pureté de son style et de son émotion inventive et aucun monu-
Fig. 42. — Coutances.
Façade de la Cathédrale.
Fig. 43. — Cathédrale de Salisbury.
ment ne peut leur être comparé, quels que soient leur mérite et leur magnificence; ils reflétaient d’ailleurs les fluctuations décadentes du goût qui tendait à s’altérer même dès la fin du xiii® siècle.
L’Angleterre fut le pays où le style ogival, issu directement de nos écoles normandes, malgré l’influence angevine des Plantagenets, revêtit quelque originalité marquée
parfois, il est vrai, d’un goût bizarre. L'architectuie
Fig. 44. — Plan du double transept de la Cathédrale de Salisbury.
anglo-saxonne exagère l’emploi des lignes verticales
en attendant qu’elle trouve le style perpendiculaire qui donne déjà un aspect maigre et sec à l’ornementation architectonique des façades de Saint- Pierre et de Saint-Etienne de Caen et de la cathédrale de Coutances^2 prototypes. Ees
cathédrales de Salisbury ^3.44^ celles d’York, de Canterbury, construites par Guillaume de Sens, à la suite d’un concours (1174- 1250), et de Lichtfield, sont parmi les plus remarquables monuments religieux de ce style; mais le plus important et le plus typique est la cathédrale de Lincoln^^ où l’affectation du goût anglo-saxon pour les lignes perpendiculaires décorant les surfaces des tours de la façade, revêt un caractère d’autant plus maigre, plat, pour ainsi dire métallique, qu’il contraste avec celui de l’abside et de la salle capitulaire qui se rapproche de la pureté de style des monuments français du xiii® siècle. Ea célèbre abbaye de Westminster^® fut construite de 1220 à 1285.
La Belgique, par sa proximité et ses affinités ethniques, fut encore plus accessible à notre influence et, dès le commencement du xiii® siècle, Notre-Dame de Tournai et Notre-Dame de Halle, du style le plus pur de l’architecture ogivale française, le chœur et le transept de Sainte-Gudule de Bruxelles attestent à quel point les Flandres avaient adopté notre
Fig. 45. — Cathédrale de Eincoln.
T. II
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architecture. I^es autres parties de ce monument remarquable montrent encore cette fidélité d’adaptation, particulièrement le côté du transept qui est du XIV® siècle, ainsi que le portail continué au xv® siècle, qui, vers sa fin, voit élever les tours restées inachevées, et les voûtes du chœur. D’ailleurs, la plupart des monuments flamands ont ce caractère hybride qu’on remarque dans les nôtres et présentent des spécimens importants des st3des piimaire, secondaire et tertiaire, qui marquent révolution de l’architecture ogivale française. Telles sont les cathédrales Saint- Rambaut de Malines, vSaint-Sauveur de Bruges Mais, en général, le style flamboyant y domine, cela tient à la prospérité i nouïe dont jouissaient, à cette époque, Fig. 46. — Abbaye de Westminster. PayS-BaS. Aiusi, à
Saint-Pierre de Louvain, à Saint-Michel de Gand (xv® siècle), à Saint- Bavon de Gand, Saint-Jacques de Liège, etc. La cathédrale d’Anvers le temple le plus vaste et le plus beau de la Belgique, commencée au xiv® siècle, ne fut terminée qu’au xvi® siècle; sa belle façade et sa fameuse tour achevée, haute de 123 mètres, sont l’œuvre de Jean Amel de Boulogne à partir de 1422. Les édifices civils et communaux sont très nombreux
TEMPS MODERNES
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dans les Flandres où la vie communale fut si intense et la prospérité si grande à cette époque du xv® siècle. Au premier rang, brillent l’hôtel de ville de Bruxelles^^ avec son superbe campanile ou beffroi de 118 mètres de hauteur, la Halle au drap d’Ypres^^^ xiv® siècle, de 133 mètres de longueur, dont le beffroi central et la halle voisine servent aujourd’hui d’hôtel de ville, celle de Bruges^^, avec son beffroi d’un effet si particulier.
Les hôtels de ville de Gand, de Mons, d’Audenarde, de Courtrai, sont surpassés en élégance par celui plus célèbre de lyouvain bien qu’on puisse lui reprocher sa sur charge d’ornements. La plupart de ces monuments sont de style ogival flamboyant ou fleuri, qui dans les Pays-Bas a moins de mesure encore qu’en France.
Même constatation en Allemagne, surtout dans les provinces rhénanes. La célèbre cathédrale de Cologne, le joyau de l’architecture ogivale allemande qu’elle résume et glorifie, édifice considérable qui n’a pu être achevé que de nos jours, dérive de nos cathédrales et entre en lutte avec Notre-Dame d’Amiens, qu’elle imite, surtout pour le chœur terminé en 1522, mais lui reste inférieur. L’influence française s’étendit même de ce
Fig. 47. — Notre-Dame de Tournai.
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côté jusqu’en Suède; Etienne de Bonneuil, architecte français, construisit la cathédrale d’Upsal, achevée vers la fin du XIII® siècle.
Les Pyrénées ne s’opposèrent pas plus à l’introduction du style ogival en Espagne qu’à celle antérieure du
style roman. Celle-ci se glorifie de plusieurs beaux édifices religieux en style des XIII®, XIV® et XV® siècles, comme les cathédrales de Séville de Badajoz, de Tolède, vaste basilique à cinq nefs ; d’Oviedo, de Pampehme, de Léon, de Barcelone et de Valence, qui sont du XIV® siècle. Mais la perle de l’architecture ogivale espagnole, sans doute parce qu’elle s’éloigne moins de l’architecture française, est la célèbre cathédrale de Burgos^b dont la construction dura le xiii® siècle et le xiv® siècle. Les flèches superbes des deux tours de la façade sont du XV® siècle.
L’Italie ne peut montrer un monument si parfait. Du reste, retenue par le sentiment de son atavisme païen, elle n’adopta le style ogival qu’avec réserves, moins franchement encore que le roman français : il s’y trouve souvent mélangé d’éléments latins et byzantins, et l’architecture ogivale subira ces altérations. Un des plus anciens édifices où elle se trouve employée est Saint- Antoine de Padoue^®bâti au xiii® siècle, mélangé
Fig. 48 — Bruxelles. — Église Sain te-Gudule.
de coupoles, de plein cintre et d’ogives qui ne produisent pourtant qu’un maigre effet. Mais où notre art et notre goût se trouvent plus scrupuleusement et heureusement respectés, c’est à Saint-François-d’ Assise triple basilique par superposition dont la construction a été faussement attribuée à un Allemand, mais qui est du plus pur XIII® siècle français; de même architecture est le dôme d’Arezzo construit par Margaritone. I,a cathédrale de Sienne®" (1284) présente cette particularité d’avoir sa porte du milieu de la façade en plein cintre et les deux autres ogivalès ; ainsi que celle d’Orvieto, bâtie sous l’influence de Saint François d’Assise, mais dont la façade sans tours présente un aspect froid, plat et pauvre, que l’architecte a cherché parfois à corriger par l’alternance d’assises de marbre noir et blanc. Plus heureux est le Campo vSanto de Pise, construit par Giovanni Pisano, de 1278 à 1283, dont l’élégance se retrouve dans la précieuse chapelle de vSanta-Maria de la Spina, bâtie pittoresquement sur le parapet de l’Arno, aux xiii® et xiv® siècles. Mais c’est surtout à Florence, centre artistique de l’Italie, dans la longue construction de Santa-Maria del Flor®b que l’on peut suivre les variations du goût et les combinaisons aux-
FiG. 49. — Cathédrale Saint-Sauveur de Bruges.
ATHÉNA
quelles les architectes italiens soumirent le style ogival. Nous avons déjà constaté que l’emploi du marbre, la matière dont ils disposaient, était peu favorable au
Fig. 50. — Cathédrale d’Anvers.
Fig. 51. — Bruxelles. — I/Hôtel de Ville.
caractère de ce style et en général à toute construction architectonique; il en résulta un style particulier qu’on appela ogival florentin, dont les divisions peu saillantes ont quelque chose de sec, de plat et de métallique. Arnolfo di Cambio en jeta les fondements en 1298, les quatre travées de la nef furent achevées
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en 1320, les travaux furent conduits par Giotto de
Fig. 52. — Ypres. — La Halle au drap.
1332 à 1336, puis par Taddeo Gaddi, jusqu’en 1352. En 1421, Brunelles-
chi, a la suite d’un concours ouvert en 1418, parvint à commencer l’élévation de la célèbre coupole, dont la construction dura près de quatorze années ; la lanterne qui la surmonte, également de son invention, ne fut achevée qu’en 1462. Brunelleschi, reprenant victorieusement le problème de la coupole sur pendentifs, interrompue au xiii® siècle , fio. 53. — L’Hôtel de Ville de Bruges^
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par la victoire de l’architecture de l’Ile-de-î^raiice sur celle du Midi, l’avait résolu déjà en partie dans la petite coupole de la chapelle des Pazzi à Santa-Croce; mais son génie sut donner à celle du dôme, les plus
grandes dimensions en hauteur et en largeur que jamais travail de ce genre ait atteintes. Cette construction hardie a, à partir de sa naissance, 32 m. 67 de haut, celle de Saint - Pierre de Rome n’en a que 28 m. et demi et celle du Panthéon, 22 m.
30. Sa hauteur totale prise du pavé est de 91 mètres et 107 avec la lanterne. Ce qui était resté de la façade commencée dans le goût de celles des dômes de Sienne et d’Orvieto fut démoli en 1588, mais ne put être rebâti que de nos jours, d’après une Marc qui montre la
Fig. 54. — F’Hôtel de Ville de Fouvain.
de Saint
peinture à fresque façade, telle qu’elle avait été primitivement conçue, lya décoration architectonique latérale est en placage, formant panneaux oq compartiments de marbre de diverses couleurs. Son campanile qui, selon la coutume italienne, est séparé de l’église, fut construit parGiotto (1334); malgré sa célébrité, c’est une œuvre bien pauvre à côté des beaux clochers de nos cathédrales et même de certaines de nos églises rurales. Du même temps et du même style sont l’église
TKIMPS modernes.