XV^ SIÈCLE
circulaire d’Or San-Micliele,
à Florence, et le transept et la nef de Lucques. Pise, si riche en édifices romans, possède aussi plusieurs églises du style ogival florentin.
Fe style ogival est délaissé à Florence dès la fin du XIV® siècle. A cette date, Andrea di Cione, plus connu sous le nom d’Orcagna, substitue, dans la construction de la Loggia dei Lanzi qui lui est attribuée, le plein cintre à l’ogive universellement alors adoptée, en
Fig. 55. — Cathédrale de Cologne,
Fig. 56. — Cathédrale de .Séville.
Italie, depuis le xiii® siècle. C’est le premier essai
.VrHÉNA
encore hésitant du retour, aux ordres romains et bientôt (1420) Brunelleschi, dans la reconstruction de San-Lorenzo, revient intégralement au plan et à l’élévation de la basilique constantinienne, avec colonnes et entablements, et fit prévaloir définitivement et magistralement la renaissance de V art antique. Toutefois l’architecture ogivale persistera encore longtemps dans le Nord de l’Italie. La célèbre et colossale cathédrale de Milan, commencée en 1386, est certainement le monument le plus considérable du style ogival
F:g. 57. — Cathédrale de Burgos.
FiG. 58. — ■ Saint- Antoine de Padoue.
en Italie. Elle mesure 141 mètres de longueur, la grande nef (elle en a cinq) 14 m. 42 de largeur sur 46 mètres de haut. Le duc de Milan, Jean Galeas Visconti, sur la foi de la célébrité des architectes de la cathédrale de Strasbourg, fit demander plusieurs d’entr’eux pour conduire les travaux du superbe monument qu’il rêvait, dans le goût français; mais ils manquèrent de sim-
'TE:MPS MODlvRNKS. — XV® SiÈCIJC
plicité et d’unité dans l’ensemble de sorte que les lignes en sont mal écrites. Le système outré des lignes per-
Fig. 59. — Saint-François-d’ Assise. — I<a Triple Église (coupe transversale.)
pendiculaires à l’extérieur et l’abondance exagérée des détails et des clochetons, conséquence peut-être de l’emploi exclusif du marbre, sont ce qui produit un effet
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confus et maigre. La façade, qui ne valait guère mieux, datait du xvi® siècle, mais fut rebâtie de nos jours dans le goût primitif (depuis 1805) ; Venise, Vicence, Vérone, Bologne, Modène, etc., possèdent également des édifices religieux en style ogival plus ou moins abâtardi et de nombreux monuments civils comme le
IG. 60. — Sienne. — Façade de la Cathédrale.
Fig. 61. — Florence. — Santa-Maria del Flor.
Broletto ou hôtel de ville de Mônza, xiii® siècle, ceux de Côme, de Plaisance, de Crémone, de Bergame, de Brescia, etc. Le Palais des Doges de Venise®^, ville qui possède aussi des hôtels particuliers remarquables dans le style flamboyant, est sans contredit un des monuments les plus remarquables caractéristiques et originaux, que ce style ait produits. Commencée en 1354, par Filippo Calendario, sa façade a gardé une grande
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unité de style malgré la longue durée de sa construction (terminée en 1435).
L’ogive pénétra même à Rome, mais non sans peine et bien faiblement ; elle ne se trouve qu’à Santa-Maria de la Minerve du XIV® siècle. Naples et Palerme possèdent quelques échantillons , d’architecture ogivale des XIII®, XIV® et xv® siècles; souvent bien dénaturés, comme cette singulière façade orientale de la cathédrale de Palerme, mélange bizarre de toutes sortes de styles.
Fig. 62. — Ee Palais des Doges de Venise.
Fig. 63. —
Type de Porte fortifiée (Avignon).
Larchitecture civile et militaire
Iv’ architecture militaire prit au moyen âge une importance considérable. Les longs siècles de la Féodalité
furent constamment troublés par la rivalité armée des hauts et puissants barons, obligés chaque jour à se défendre contre les attaques, les sièges et les coups de main de leurs ennemis. Les Romains leur avaient laissé des moyens de défense perfectionnés et certaines cités, comme Sen
Fig. 64. — Aigues-Mortes. — Tes Remparts.
lis, ont gardé leurs fortifications gallo- romaines et leur castellum, reconnaissables à leurs imbrications.
I^a tour est la caractéristique du moyen âge. Elle atteste la puissance brutale et oppressive, la force et
la durée. Ees Romains, surtout vers la fin de l’Empire, en avaient multiplié l’emploi dans leurs fortifications. Ea féodalité guerrière les prodigue à l’infini; rondes ou carrées non
Fig. 65. — Porte de Moret.
Fig. 66. — Tour du Solidor.
Saint-Servan.
seulement elles protègent de leurs saillies, les hauts et épais remparts, précédés d’un large fossé, mais on les rencontre partout, protégeant l’accès des ponts, flanquant les portes et les ponts-levis des cités fortifiées, comme à Aigues-Mortes®^, Carcassonne, Avignon®®, Villeneuve-le-Roi, Moret®®, etc., surveillant les abords et le parcours des fleuves et des rivières, comme la triple tour du Solidor à Saint-Servan®®, et
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des routes, doiuinant les points stratégiques de quelque importance. Elles hérissent, de la pointe de leurs toits élevés, les châteaux féodaux, nichés sur les montagnes et les rochers abrupts, des promontoires escar-
FiG. 67. — Donjon de Vincennes.
pes observant et dominant le plat pays. Mais le triomphe de la tour, c’est le donjon, s’élevant au centre du château fort, suprême refuge des assiégés, et observatoire à longue distance.
Fig. 68. — Château de Vitré.
Celui de Vincennes®^ est un bel exemple, comme celui de Montepillon {mons speculatorum), près de Senlis, qui s’élevait à plus de 50 mètres de haut. Toutes ces tours isolées ou flanquant les murailles étaient couronnées de mâchicoulis et de créneaux et ne présentaient que des surfaces aveugles, percées seulement de rares meurtrières pour le service des archers. La France est encore couverte de ruines de ces châteaux féodaux. Superbes et imposantes, se silhouettant sur les hauteurs, elles donnent au paysage une poésie mélancolique.
pittoresque et,' comme on disait au siècle dernier, romantique, et leur masse formidable et menaçante évoque ces temps d’oppression où, dans leur aspect primitif, elles inspiraient tant d’effroi aux serfs et aux voyageurs. Telles sont les ruines des châteaux d’ Arques, de Vitré®®, de Dijon et de Montfort-l’Amaury, de Clisson, de Plessis -lès -
Fig. 69. — Château de Pierrefonds.
Fig. 70. — Montepulciano.
Palais public.
Tours, de Coucy et de Pierrefonds restauré par Viollet-Le-Duc, de Champtocé, de Bourbon-1’ Archambault, de Montlhéry, de Villeneuve-lès-Avignons, etc.
La tour était l’affirmation hautaine de la domination. Au donjon féodal, la puissance monacale opposait les nombreux clochers des églises conventuelles qui en comptaient parfois jusqu’à six ou huit; le pouvoir épiscopal, les merveilleuses flèches de ses cathédrales. L’affranchissement des communes ayant créé une autorité nouvelle, le heÿroi s’éleva sur ou à côté de la maison commune, plus tard Vhôtel de ville.
T. II
Dans certaines villes nobles comme Toulouse, Avignon, Perpignan, en France, Augsbourg et Ratisbonne, en Allemagne, et la plupart des cités italiennes, les palais étaient pourvus d’une tour, ce qui leur donnait un caractère militaire qui les distinguait des cités marchandes ou 'bourgeoises. Montepulciano près de Sienne, a conservé cet aspect rébarbatif et défensif depuis le moyen âge. A la nudité ornementale des châ-
FiG. 71. — Rouen. — Palais de Justice.
teaux féodaux, les édifices civils opposèrent une recher-' che décorative qui s’inspirait des progrès réalisés dans l’architecture religieuse. Ce luxe artistique se montra d’abord dans le Palais ou Parlement comme le Palais de la Cité, à Paris, celui de Rouen aujourd’hui le palais de Justice, et celui de Montargis, puis plus à l’aise dans les hôtels de ville. La hanse parisienne ou communauté des marchands dont le chef prit le nom de prévost des marchands, acquit en 1347, maison, dite aux Piliers, sur la place de Grève et en fit son Parlouer aux Bourgeois. Ce fut l’origine de l’Hôtel de Ville de Paris. La plupart de ces édifices civils ne remontent pas au delà
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du XV® siècle^ et marquent l’apogée du régime communal. Celui de Compiègne^^bâti sous Charles VI, petit de dimension, mais grand par son heureuse ordonnance; ceux d’Arras et de Saint-Quentin (1509) qui ont entre eux, tant d’analogie; ceux de Douai, de Dreux, de Béthune, d’Orléans ^3, de Noyon du XVI® siècle, de Brême, etc. ; l^shalles ou maisons des marchands de Westminster, et de Bruges’®, etc. Les hôtels particuliers ou maisons, revêtirent souvent un grand caractère artistique. Celle de Jacques Cœur à Bourges’® (aujourd’huiHôteldeVille) est célèbre; l’hôtel Cluny”, l’hôtel de la Trémoille, avec sa gracieuse et riche tourelle (démoli en 1841 ) , l’hôtel Bourgtheroulde à Rouen, sont du XVI® siècle, en style flamboyant, sobre. L’ancien hôtel de Sens, à Paris, avec ses tourelles en encorbellement est encore un beau spécimen de l’architecture civile du xv® siècle. Il nous est resté de cette époque un grand nombre d’habitations particulières d’un haut intérêt artistique; malheureusement, construites en bois, beaucoup ont disparu. Quelques maisons en pierre du xiii® siècle existent encore à Perpignan, à Reims, à Metz, etc., d’autres en pierre et en bois, comme celle du Mans, qui est du xv® siècle; celles en bois sont plus nombreuses, Caen, Reims,
Fig. 72. — Compïègne. — Hôtel de Ville.
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Rouen, Beauvais’® surtout où parfois les remplissages étaient obtenus avec des pavés émaillés, ce qui, avec la charpente apparente, toujours très richement sculptée donnait à leurs façades, une grande et discrète richesse d’un goût raffiné, et d’un effet très original, augmenté encore par l’encorbellement des étages et les pignons en charpente apparente.
L’architecture militaire atteignit son apogée au XIV® siècle. La guerre de Cent Ans lui donna un grand développement et, pour ainsi dire, la généralisa. La nécessité de se défendre jour et nuit, non seulement contre les Anglais mais encore contre les attaques des routiers et des compagnies des soldiers et des malandrins qui battaient et pillaient le plat pays, obligea non seulement les cités et les bourgs à augmenter leurs fortifications, mais chaque manoir, chaque ferme, chaque maison à se garantir contre une surprise ou un coup de main. Les portes piétones et cavalières, étaient flanquées de tourelles et protégées par des mâchicoulis et des créneaux, les murs étaient convertis en courtines crénelées, et percés de meurtrières, et les granges isolées étaient entourées de travaux de défense. Il reste
Fig. 73. — Béthune. — Beffroi (côté sud-ouest).
encore un grand nombre de de cette époque néfaste, bien que la royauté et les révoltes populaires en aient détruit un plus grand nombre. Ils se distinguent par un caractère artistique que ce genre de constructions purement utilitaires ne comportaient pas auparavant.
Cela tient à ce que ce furent surtout les architectes peu occupés alors aux monuments reli- fig. 74- gieux qui les construisirent.
témoins monumentaux
JFiG. 75, — Halle aux marchands de Bruges.
- Noyon. — Hôtel de Ville.
Ils nous initient aux moyens de défense alors en usage, et aux perfectionnements qu’on y avait apportés. Le château Gaillard près des Andelys, ' celui de Chinon et les forteresses de Gisors et d’Ussé le donjon octogone de Châtillon-sur- Loing, ceux de Montlhéry et de Semur, les forteresses d’Angers qui remontent à Saint-
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lyouis, de Saumur, de Boulogne, de Montargis, les for-
FiG. 76. — Bourges. — Palais de Jacques Cœur.
dité, de rapidité et de
tific ations d’ Aigues - Mortes dont la tour Constance est du temps de saint Bonis, de Carcassonne, les châteaux de Bourbonl’Archaimbault, de Clisson®“, et en Belgique celui dit des Comtes, à G and, etc., etc., sont du xii® siècle et avaient déjà proclamé la puissance formidable des seigneurs et T habileté des ingénieurs. Le XIV® siècle, tenant compte des exigences nouvelles créées par le perfectionnement de r armement et l’usage des canons, en améliore la construction, la modifie et la porte au plus haut point de solion goût. Incalculable est
Fig. 77. — Hôtel Cluny.
le nombre de forteresses qu’il vit s’élever, surtout
dans r Ile-de-France, avec lyouis de Valois qui construisit Pierref onds, V ez et Montepilloy dont il reste un pan avec ses mâchicoulis et une gargouille; les plus importants et les plus remarquables sont les châteaux de Vincennes, de Fa Roche-Taillade, de Favardin, de Murat, de Bourdeilles, de la Ferté-Milon, etc., avec les donjons de Montbard, de Noirmoutiers. Ces gigantesques vestiges attestent encore la multiplicité des ressources formidables dont le génie militaire avait su doter la défense sous le régime féodal et les difficultés énormes que la Royauté nationale dut rencontrer pour en avoir raison.
Fa guerre contre les Anglais vit multiplier un genre de constructions défensives moins importantes, mais pour nous sacrées, les lieux-forts, ou camp communal retranché entouré de murs crénelés et d’un large fossé.
Son unique entrée était flanquée de tours en encorbellement de limaçon et précédée d’un pont-levis. Celui où le Grand Ferré battit les Anglais à Fongueil-Sainte-Marie (Oise ) existe encore.
F’invention de la poudre et son application aux armes de guerre rendirent illusoires ces épaisses murailles qui résistaient aux plus puissantes catapultes, mais non aux coups de canon. Fes châteaux féodaux, si sombres et incommodes, furent abandonnés et plus tard les rois de France les firent démanteler
Fig. 78. — Maison de Beauvais.
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Fig. 79. — Château d’Ussé.
pour en chasser les brigands qui en avaient fait leur repaire. Toutefois la nouvelle architecture, plus ouverte à la lumière et plus favorable à la décoration artistique, conserva quelques particularités de leur construction. Des tours menaçantes qui cantonnaient les angles du quadrilatère, on fit des pavillons élégants, les ponts-levis furent souvent conservés, et le pavil- Fig. 80. — château de CUsson (environs aeiNiuueih
Ion central autrefois la chapelle, fut transformé en une loggia aérée et terminée dans un motif très riche et élancé d’architecture et de sculpture, comme aux châteaux d’Kcouen et d’Anet, etc.
Fig. 8i. — Amiens. — Galerie des Saints.
La Sculpture
Si Ton peut reprocher à l’architecture gothique, en multipliant les grandes baies dont la lumière aveuglait ce qui restait des parois, d’avoir été un obstacle aux progrès de la peinture murale, en revanche, il est juste de reconnaître qu’elle fut très favorable à la sculpture monumentale des figures et de l’ornementation. Aussi fit-elle des progrès rapides et produisit-elle des chefsd’ œuvres innombrables. Les portails des cathédrales et même des moindres églises étaient peuplés de statues et de bas-reliefs. Les tympans, les galeries supérieures, les rentrants des portes, dont les colonnettes étaient remplacées par les statues des saints, les trumeaux, l’arc triomphal, les retables des autels, les globes, les pinacles, etc., en étaient ornés sans compter. D’autres statues étaient distribuées à profusion sur les façades des cathédrales : apôtres, rois, prophètes, patriarches, figures allégoriques, etc.; celle de Notre-Dame de Paris en montre plus de 68 et chacun des porches de Chartres n’en compte pas moins d’un cent ! Ce qui, avec les nombreux bas-reliefs, évoquant les travaux des mois, les symboles divers, les épisodes génésiaques et historiques, etc., constituait au moyen de la statuaire une vaste et pittoresque encyclopédie l’usage
des initiés. Mais, à côté de cette élévation de style qui donnait à ces œuvres plastiques un si grand caractère, l’esprit gaulois ne perdait pas ses droits; l’iinaigier français se livrait à son goût pour les représentations bizarres, comiques, burlesques même : les diableries, les damnés des jugements derniers, certains passages de l’Apocalypse, lui inspiraient des allusions, des satires contre les rois, le clergé et les moines, etc. lycs gargouilles surtout excitaient son imagination bouffonne et abondante en fantaisie.
On comprend qu’une telle activité dans la production sculpturale dut favoriser singulièrement les progrès de l’art, surtout si l’on considère que les praticiens s’étaient mis à l’étude de la nature depuis si longtemps oubliée et que le xiii® siècle avait pour ainsi dire ressuscitée ; et conséquemment, par elle, la peinture et la sculpture qui ne consistaient jusqu’alors qu’en recettes et en formules. Il en résulta bientôt une floraison sans exemple, particulièrement pour la statuaire, qui, en moins d’un demi-siècle atteignit à la perfection. Les façades des cathédrales de Paris, de Reims de Chartres®^, et surtout d’Amiens montrent à notre admiration un grand nombre de statues qui sont vraiment des chefs-d’œuvre de premier ordre, dignes d’être comptées parmi les plus remarquables productions de la statuaire de
Fig. 82.
Le Beau Dieu d’Amiens.
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tous les temps. Le geste est sobre et juste, les proportions parfaites et élégantes, le jet des draperies et leur exécution admirablement observés et choisis, le style d’une grande et fière élévation, et l’effet vraiment monumental. La vie y est exprimée avec une intensité, une noblesse qui attestent une éducation très perfectionnée. Le secret de cette épuration du goût, de cette sélection dans le naturalisme, nous est révélé par certaines d’entre elles qui nous étonnent par leur imi-
FiG. «3. — statue de Reims.
Fig. 84. — Fa bonne nouvelle de Reims.
tation de statues antiques comme le groupe de la Vierge et de sainte Anne, du portail de Reims pour ne citer qu’un exemple. Il existait, sans doute, alors
un peu partout sur le sol national des vestiges plus ou moins complets de la statuaire antique qui faci-
FiG. 85. — Statues de Chartres.
litèrent le réveil du génie national et l’initièrent aux beautés de la Nature. L’éclosion de ses dons natifs, pour en être rectifiée, n’en fut aucunement gênée, au con-
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traire. Le génie français a des affinités avec le génie grec, et l’expression de sa puissante personnalité produisit une floraison artistique qui lui assura sans conteste la suprématie sur l’art contemporain des autres peuples. Le xiv® siècle accentuera encore ces qualités supérieures par une recherche plus savante, plus poussée de la nature, par une souplesse et une élégance, une beauté d’exécution, auxquelles on peut reprocher sans doute de rendre la statuaire moins monumentale, mais qui lui donnent tous ses compléments et
une existence propre :
c’est l’apogée de la sculpture française.
Pareillement la sculpture ornementale est admirable à cette époque.
Elle a répudié toutes les formes conventionnelles du siècle précédent; elle ne s’inspire que de la flore locale : la plante vivante est étudiée et traduite avec une admirable méthode décorative. Toute l’ornementation est radicalement changée et simplifiée; quelques larges feuillages à crochets ornent les chapiteaux si chargés d’éléments disparates au xii® siècle, ils se répètent aux entablements des corniches extérieures et remplacent les modillons. Vers la fin du xiii® siècle et pendant tout le xiv® cette ornementation végétale par la plante et les feuillages est poussées! loin et l’adaptation en est si heureusement stylisée qu’elle constitue un titre de gloire propre à l’art français. Certains chapiteaux de ce temps, surtout des débuts du xiv® siècle, le chapiteau dit des Vendanges dè la cathédrale de Reims®® et bien d’autres motifs de celles de Paris, de Noyon, d’Amiens, etc., sont des chefs-d’œuvre du genre. Toutes les plantes sont mises à contribution : le lierre, la vigne-
Fig. 86.
Chapiteau des Vendanges (Reims).
vierge, les raisins, le chêne, les fougères, le fraisier, le nénuphar, l’arôme, le myosotis, la renoncule, etc. Un des plus admirables exemples, parmi tant d’autres qui se trouvent dans les édifices religieux de ce temps sert d’encadrement aux trois niches où se trouve représentée la Rencontre de Melchisédech et d' Abraham, à la cathédrale de Reims.
Il est naturel de penser que la peinture ne devait pas être inférieure à la statuaire ; les arts sont solidaires, et sans doute elle profita également du grand mouvement naturaliste qui avait régénéré l’art plastique et l’avait élevé à une si haute perfection. Malheureusement nous ne pouvons l’admettre que par induction et analogie : la plupart des fresques de ce temps ont disparu depuis longtemps par trop d’incurie et par l’action de l’humidité. Les parois qu’elles recouvraient ont reçu des couches successives de badigeon. Cependant de nombreux vestiges attestent que toutes les églises, même rurales, comme celles de la vallée de l’Oise, étaient peintes entièrement à fresques au xiii®, au xiv® et au xv® siècles, ou au moyen d’un procédé en approchant. Certaines parties en sont encore visibles, comme à Villers-Saint-Paul, à la chapelle Saint- Jean de Rieux, à Rozoy, où l’on vient de découvrir un rétable, également du xiv® siècle, qui prouve que notre peinture murale, à cette époque, pouvait rivaliser avec celle de l’Italie. Les segments des voûtes encadrés par les arcs ogifs, les soubassements élevés des fenêtres, les chapelles absidiales et celles des basses nefs et bien d’autres endroits procuraient aux peintres des surfaces favorables à la manifestation de leur talent et, dans le Midi, l’extrados des coupoles, comme on le voit à la cathédrale de Cahors dont' les peintures fort curieuses d’invention ont été découvertes en 1890 sous plusieurs couches de badigeon. Chose digne de remarque, le procédé employé est le même que dans l’Ile-de-France. C’est donc à tort que l’on a prétendu que la place manquait à la peinture dans les monuments gothiques, à cause de
l’importance prise par le fenestrage dont les vides prévalaient grandement sur les pleins des murs, lesquels du reste étaient complètement obscurcis par l’éclat de leur lumière ou des teintes vives des vitraux qui en tamisaient la crudité et la brutalité aveuglantes. Les larges et hautes fenêtres des chapelles, de l’immense claire-voie qui régnait autour de l’édifice et les roses des portails recevaient entre leurs meneaux, des châssis composés d’une grande quantité de morceaux de verre très vibrants de couleurs diverses, retenus par un réseau de plomb accusant les contours des figures qu’ils formaient. Le peintre verrier ne disposait alors que de verres de petites dimensions qu’il coulait lui-même et appelés verres à la main. Les sujets étaient disposés par compartiments ou registres, ne présentant naturellement que des personnages de petite dimension. L’ensemble du vitrail avait de l’analogie avec un tapis d’Orient translucide déroulé sur le vide de la fenêtre. Toutes ces nuances très vibrantes, dont la juxtaposition était amortie par le réseau de plomb, se neutralisaient entre elles et produisaient une harmonie aérienne d’une orchestration très puissante, coloriant l’atmosphère de tout l’édifice de reflets paradisiaques. Il s’en dégageait une poésie céleste et mystérieuse où la ferveur des fidèles s’exaltait et trouvait l’extase. Au fond des sombres et mystérieuses cathédrales, les verrières translucides et multicolores du rond-point éclataient comme une fanfare lointaine, céleste, harmonieuse, et vers le crépuscule les fervents attardés en ressentaient une exaltation mystique qui leur faisait oublier les misères du monde.
L’art de colorer le verre était depuis longtemps connu et dès l’époque gallo-romaine, on savait assembler des verres de formes et de couleurs différentes. On obtenait ainsi une espèce de mosaïque translucide fermant les petites fenêtres, fortement ébrasées des monuments religieux. Mais ce ne fut qu’au xi® siècle qu’eut lieu la découverte de l’émail, appelé grisaille, oxyde de fer fusi-
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ble à une température relativement peu élevée ; on put ainsi l’appliquer sur les verres coloriés pour obtenir des dessins aü moyen d’un trait et d’ombres sommaires produites par quelques hachures. Ce procédé rudimentaire servit d’abord à exécuter des ornements et des entrelacs qui constituent la majeure partie des vitraux des XI® et xii® siècle, appelés grisailles. Dans la seconde moitié du xii® siècle, les peintres s’enhardissant à l’exemple des sculpteurs, la figure humaine commence à apparaître dans les fenêtres. Au xiii® siècle, quoique très abondamment employée, elle est encore saciifiée à l’effet général, la petitesse de ses dimensions la rendant confuse à une faible distance. Ce ne fut qu’au XV® siècle, l’industrie étant parvenue à couler des verres de plus grande étendue, que les peintres verriers purent donner à la figure humaine toute son importance en en faisant le motif principal. De grandes figures sacrées, drapées avec ampleur et richesse, apparurent dans les verrières, pouvant ainsi témoigner de tous les progrès accomplis dans les arts du dessin. Le xvi® siècle portera à son apogée cet art véritablement français avec les Engraud le Prince et les Jean Lepot à Beauvais, les auteurs des inimitables verrières de Saint-Etienne et de la cathédrale, des Jean Soudoyer de Senlis qui ne leur fut pas inférieur, comme l’atteste l’admirable Prédestination de la Vierge à Saint-Samson de Clermont (Oise), les Pinaigrier de Paris, auteurs des verrières de Saint-Etienne-du-Mont, des Jean Cousin, grand sculpteur et grand peintre, qui donna son nom à un nouvel émail, etc. Né en France, cet art merveilleux s’y perfectionna parallèlement aux autres arts ; il y produisit ses chefs-d’œuvre qui font partie importante de nos gloires artistiques, et auxquels l’étranger tributaire ne peut rien nous opposer. Ainsi l’on peut dire sans nier un instant, la part importante qui revient à la peinture murale, que la véritable décoration picturale de nos églises, surtout de nos cathédrales était obtenue par les vitraux, les fenêtres étant les parties les plus vastes et les plus visibles.