‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 13 sur 89 · INDIFFÉRENCE DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

INDIFFÉRENCE DE L'EUROPE

L'Europe sortait alors d'un long et barbare sommeil, au bruit enchanteur de la renaissance classique. La langue grecque, les œuvres du génie de la Grèce, le nom d'Athènes surtout, retentissaient doucement dans le bourdonnement merveilleux d'un réveil général, mais tout cela n'était encore qu'une aspiration poétique; on ne songeait point à s'enquérir de la réalité des choses, de l'existence d’une ville, de la conservation de ses monuments. Trop de nouveaux sujets d’études sollicitaient les

érudits ‘, ils ne pouvaient prêter attention à ce

Il ya quatorze pages à lire dans l’histoire littéraire de Tiraboschi. Le célèbre Italien passe en revue les nombreuses collections que le goût des statues, des bas-reliefs, des médailles, desinscriptions, fit former,au xv*siècle, rapidement età grands frais, tant à Florence qu’à Rome, Venise, Padoue, etc., etc. Il montre comment le nombre vraiment prodigieux des collections ‘augmentant, le champ des fouilles et des investigations dut s'étendre dans toute lltalie d’abord, puis en Espagne et en Égypte, et il n’a pas un seul mot à dire de la Grèce. Il ne la cite même pas. (Voyez t. VIT, Hib.1, Ç XXI, Munificenza dei Medici nel raccogliere le antichita. XXIIT, Musei in Italia. XXIV, Gata deqgl' Italiani in somiglianti ricerche. XXV et XXVT, Raccoglitori di antichita in Venezia e in altre citta d'Italia. XX VII, Raccolte d'Iscrizioniantiche. XX VIII, Illustratori delle antichità patrie.) Le silence de Tiraboschi ne serait pas une preuve que les collecteurs italiens n’aient absolument rien fait venir de Grèce. Jai parlé plus haut (voyez l'ouvrage sur le Parthénon) des efforts de Cyriaque d’Ancône, aux premières années du xvi° siècle, et des relations

faciles, comimodes, journalières, de l'Italie avec la Grèce,

changement d'Athènes chrétienne en Athènes mu-

sulmane , fait lointain, obscur, qu'on apprit tard,

qu'on ne comprit pas. Venise, seule, à un point

de vue très-matériel, pouvait sentir la violence du coup porté aux intérêts européens et à son commerce par la soumission de la Grèce presque entière; mais Venise, sans l'assistance de l'esprit religieux, était alors impuissante, et les chrétiens ne se préoccupaient que des lieux saints. Tant que la route de Jérusalem restait ouverte et, dans une certaine mesure, protégée, ce qui était à côté les frappait médiocrement au milieu du tableau de désolation générale de la chrétienté en Orient.

Parmi ces pèlerins qui traversaient la partie occi-

dentale de l'Archipel pour se rendre à Jaffa, il n°y

devenue par ses souverains une nouvelle Italie intermédiaire de l'Orient. Je me suis étonné des faibles lumières offertes par les documents, et de voir la Grèce, dès cette époque, exciter plus d'intérêt et d'attention par ses souvenirs que par ses antiquités. Cependant , d’un côté, le célèbre historien a étudié profondément son sujet, et il avait à sa disposition des documents de toutes sortes et les correspondances, si nombreuses en Italie, des érudits et des amateurs; de l'autre côté, ce goût des statues et des musées d’antiques n’eut besoin de déborder au delà des frontières italiennes qu'après un certain temps, et alors Constantinople était pris par les Turcs. Dans ces mers rougies du sang chrétien , les vaisseaux italiens furent reçus désormais, en temps de guerre comme des ennemis, en temps de paix comme des espions; les recherches et l’enlèvement des marbres n'étaient pas chose facile.

Page 1