‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 15 sur 89 · L'ÉRUDITION À ATHÈNES. II · texte numérisé non relu

L'ÉRUDITION À ATHÈNES. II

mis à la mode, sur les portolans qui se répandent dès

» civitate Rhodi Romam domino Jordano cardinali, Anno » inillesimo quadringetesio xxi]. » Cet ouvrage fut bien accueilh, et bientôt, j'entends dès la seconde moitié du xv° siècle, les copies s’en multiplient à linfini. Mais on les reproduisait sans corriger les barbarismes du latin, les idiotismes italiens, les fausses allusions mythologiques et les erreurs de toutes sortes; puis, en reproduisant les dessins fantastiques et les contours arbitraires des places, on altérait à chaque copie la donnée première. Ainsi se présente cet ou vrage plus curieux qu'utile. Aux détails que Bondelmonte donne sur Constantinople, au peu de mots qu’il consacre à Athènes, on voit qu'il a bien vu la première de ces villes, et qu'il connaissait à peine l’autre.

De beaucoup de manuscrits offerts à ma curiosité dans différentes bibliothèques, je n’en citerai que deux. L'un appartient à la bibliothèque impériale de Paris ; il est inscrit sous le numéro 4825. C’est un petit in-folio, relié en veau brun, aux armes et chiffres de Henri I. Il a été écrit sur parchemin, dans la seconde moitié du xv* siècle, en 1466 même , si je me fie à la légende suivante écrite sur l’/nsula Santilini : « Hic » ab annis vii] nata est insula in longitudine viii] galee, vide- » licet 1458. » Au feuillet 42 est l’insula Egripos, et en face la partie de la côte de l’Attique où figure Athènes, ainsi que Je l’ai reproduit dans le texte, page 9. Le manuscrit du Musée britannique, que je distinguerai parmi les deux qu’il possède, est composé de la même manière, écrit sur parchemin et orné de dessins exécutés avec plus d'art et d'agrément, sans présentier plus de garanties d’exactitude. L’évêque Raphaël de Marcotellis, abbé de Saint-Bavon, près de Gand, fait une note à la fin du volume pour qu’on sache qu'il a acquis ces cartes, et quoad potuit correxit anno Domini 1485. 1 porte, en effet, traces de plusieurs ratures.

L'ouvrage de Bondelmonte a été publié par M. de Sinner

lors en si grand nombre ?, et sur la célèbre map-

pemonde dessinée par Fra Mauro vers 1460 *?.

c'est que la ligne des côtes * fut étudiée de tout temps avec soin par les marins, dans l'intérêt de leur

avec soin, mais à une époque où cet érudit sentait lui-même ce qui lui manquait pour commenter utilement des indications souvent très-vagues. Voyez Christ. Bondelmontii, Florentini, librum insularum archipelagi. — Instr. G. R. Ludovicus de Sinner. Lipsiæ, 8°, 1824.

1 J'ai vu et décrit d'innombrables portolans dans les bibliothèques de l’Europe, je n’en parlerai pas ici. Le rôle que joue Athènes dans ces cartes marines, même au point de vue des développements de la géographie, est sans importance; sous le rapport de l’art, il est complétement nul, J'ai relevé les formes différentes de la corruption du nom d’Athènes,en Athina, Setine , etc. C’est la fausse interprétation que les oreilles occidentales donnaient à la contraction du grec moderne, eiç rais Aünvais — eic T’ Onvais — Xünvais. Stamboul s’est formé de la même manière,

? M. Bettio affirme avoir lu, au revers de la carte, à l’époque où elle fut transportée, et avant qu’on la fixât sur le mur de la bibliothèque de Saint-Marc : Fo terminada in octubrio 1460.

3 Fra Mauro mettait dans le choix de ses documents de la critique et un vrai scrupule. Il avait réuni des dessins en grand nombre. Je lis sur sa grande carte, près de la ville de Babylone : S’il pareva ad alqun che io non habi ben posto Babilonia, per haver la descrita sopra Tygris e non Eufrates come scriveno li autlori, per quali prima considerar questo disegno e dapoi domandi que li hano veduto ad occhio, ei tenderano che io non me parle de la verita. Et près de l'Euphrate : Lo ho lassato amplissimi disegni di tutte queste parte ; — che li sono meso distincte et ordinate.

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1460. L'ANONYME DE 1460. 13 sécurité bien plus que par amour de la science,

et comme ils apercevaient les murs de l’Acropole

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d'Athènes par-dessus le bastingage de leur navire, à l'ancre dans le port du Pirée , ils inscrivaient assez exactement à sa place la ville célèbre, sous le nom de Settines, n'en rapportant d'ailleurs qu'un souvenir assez confus, qui se traduit sur quelques cartes par des traits dépourvus de toute ressemblance.

Une pareille indifférence pour les antiquités grecques régnait-elle aussi à Athènes? À en juger par l'absence de tout écrit sur son histoire et ses monu-

1 J'ai calqué ce fragment avec un soin que le graveur n'a pas imité dans quelques parties des légendes. Il est facile de suppléer à ces erreurs.

i 4 ATHÈNES AU XV° SIÈCLE. 1460.

ments pendant la longue période du moyen âge, nous aurions droit d'accuser les ducs francs, bour- SUISNOPS , champenois, napolitains ou toscans, personnages appartenant tous aux plus grandes familles de leur pays, surtout à la classe la plus éclairée , de n'avoir stimulé aucune étude, de n'avoir fait naître aucun travail érudit. Mais l'absence de monuments écrits n'est la preuve ni de l'ignorance d'un peuple, ni de son engourdissement. L'antiquité, comme le moyen âge, a eu de ces naufrages faussement accusateurs. D'ailleurs ne savons-nous pas que Byzance et Thessalonique avaient conservé des académies, des écoles, des écrivains, tout le personnel et l’attirail du culte d'Apollon, moins le feu sacré que les révolutions avaient éteint? Nous n'avons point à Juger ici cette décadence raffinée qui se croyait en droit, encore en plein xv° siècle, de plaindre dédaigneusement l'Occident tout entier de sa profonde barbarie; mais, si nous l’étudions avec attention , il nous sera impossible de supposer que le mouvement érudit, parti de foyers littéraires

aussi actifs, aussi voisins, ne se soit pas étendu Jus-

qu'au sein de l'Attique, jusqu'au milieu de la popu-

lation d'Athènes qui trouvait, mieux que toute autre, dans son nom célébre, et dans la vue de ses antiquités encore maJestueuses , un aiguillon d'amour-propre et comme un point d'honneur. La

domination turque aurait pu devenir un obstacle à

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