ATHÈNES VILLE FLAMANDE
alternèrent avec les défaites. Elle se termina en 1479 par la cession de Scutari, et c'est la seule mention qui soit faite d'Athènes '.
Il semble que dès lors la paix eût dû favoriser quelque exploration scientifique de la Grèce et d'Athènes, mais l'idée de voyager pour étudier ou pour dessiner des monuments n'était encore venue à personne depuis les célèbres périégètes de l'antiquité. Et pourquoi courir les aventures, pourquoi .s'exposer aux dangers? Pour rapporter des vues exactes de la ville d'Athènes? À quoi bon? Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyse, le plus grand amateur de beaux manuscrits, le meilleur connaisseur en miniatures, et certes un homme fort instruit, se contente d’une représentation de la ville de Minerve transformée plaisamment en ville gothique de la Flandre ?. Jean Paradis, le plus habile de ses écrivains *, venait en 1473 de terminer la copie de la chronique de Jean de Courcy, seigneur normand, et sire de la Bou-
“Consultez Hämmer, Gesch. des Osman. Reichs,t.1, p. 85.
? Voyez la planche placée en regard de la page 39, et à la Bibliothèque Impériale , dans l’ancien fonds, les numéros 6739, 6740, 6741, 6742, dans le supplément francais le numéro 2301. Cette gravure, exécutée par M. Gaucherel, qui a fait de l'architecture du moyen âge une étude particulière, reproduit parfaitement la miniature de ce dernier volume.
* Ce copiste se nomme à la fin du prologue : « Par moi » Jehan Paradis, son indigne écrivain , l'an mil quatre cent » soixante-treize, »
quechardière. Cet ouvrage, en deux gros volumes, comprend, dans le premier, les trois livres qui traitent de l’histoire de la Grèce depuis le déluge qui fut au temps Noé ‘. Il fallait représenter Athènes, sa fondation et sa splendeur : le peintre le plus habile s’en
chargea sans hésitation , et s'acquitta de sa tâche,
comme on le voit, sans se tracasser autrement de l'exactitude. Louis de la Gruthuyse accepta cette mystification , ou l’excusa en faveur du brillant des couleurs , de la finesse des détails et du charme de tout l’ensemble. Ne nous révoltons donc pas contre le bon public d'alors, qui faisait la vogue de la grande chronique de Nürnberg ?. Ses deux mille
1 M. Paulin Paris a décrit cette chronique avec son exactitude ordinaire dans utile ouvrage qu'il publie sous ce titre : Les Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi. W n’a pu trouver d'autre renseignement que deux dates : 1422 pour la fin de la chronique, 1431 pour la fin du chroniqueur.
2 I] fallait nécessairement mettre en présence la miniature du manuscrit et la gravure en bois qu'Hartman Schedel , ou plutôt son éditeur, a placée, sous le titre ambitieux de Athene vel Minerva, au folio 28 dela Chronique dite de Nürnberg, dont la première édition est de 1493. Si dans l’une se mire la jolie ville de Flandre, dans l’autre se carre la bonne ville allemande, serrée dans des murs que flanquent de hautes tours et dominée par une église au clocher à coupole semblable à celui de Mayence. Sur la droite s'élève, au haut d’une éminence boisée, un château fort, crénelé et bastionné, c’est l’Acropole : le chemin escarpé qui y conduit est fermé par une porte que dominent des mâchicoulis, ce sont les Propylées. Tout l’ensemble rappelle Nordhausen ou toute autre
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