‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 34 sur 89 · LETTRE DE SIM. KABASILAS · texte numérisé non relu

LETTRE DE SIM. KABASILAS

savait de la Grèce : « Nos historiens allemands écri-

vent qu Athènes est complétement détruite, qu'elle

entièrement peuplée. Mais aujourd’hui la partie la plus inférieure ‘, celle de l’Acropole, où se trouve le temple dédié au dieu inconnu ?, est habitée exclusivement par des Ismaélites ?. La partie en dehors de celle-là (j'entends celle qui est entre deux), est tout entière habitée par les chrétiens. De la partie la plus extérieure, où se trouve aussi le palais royal #, bâti en marbre et orné de très-grandes colonnes et au-dessus de la porte * duquel a été gravée cette inscription d’un seul vers , qui se voit encore :

C’est ici Athènes, l’ancienne ville de Thésée.

Le tiers seul est habité, Toute la ville, dont la population peut être de douze mille habitants, a six à sept milles $ de circonférence ?. — Écrit dans la maison du patriarche de Byzance, — Siméon Kabasilas, de la ville d’Akarnanie, en Grèce.

1 Cette division d'Athènes par races, langues et religions, est conforme aux habitudes du moyen âge et s’est conservée en Orient. On voit par la lettre de Kabasilas, qui nous fournit à cet égard le plus ancien document, que les Turcs, maîtres du pays, gardaient la citadelle et habitaient tout autour ; que les chrétiens, c’est-à-dire les Grecs, la véritable population indigène , se divisaient en deux quartiers, l’un plus près du centre, l’autre plus éloigné, celui-là s'étendant au sud-est de la ville, vers le temple de Jupiter Olympien et vers l’arc d'Hadrien, partie de la ville aujourd’hui déserte, mais dans laquelle l’anonyme de 1460 avait vu un grand marché, preuve d’une nombreuse et active population, et où Spon trouva encore quelques maisons habitées qui sont figurées dans la vue générale dessinée par J. Carrey.

2 Le temple dédié au dieu inconnu est une assertion qui confirme celle des missionnaires, dont Guillet assuma la responsabilité, et qui fut vivement combattue par Spon et Vaillant.

3 On entendra les Tures sous ce nom d’Ismaélites,

4 L’anonyme de 1460 décrit également l’'Olympiéion sous le nom de palais d'Hadrien; c’était la tradition locale.

5 La porte de ce quartier, c’est l’arc d'Hadrien.

6 Ce chiffre de la population est admissible, si l’on considère qu’il était encore à la fin du xvrie siècle de sept à huit mille, selon Spon; mais la circonférence de la ville, portée à sept milles, même à six, est exagérée.

7 Je n’ajoute pas le paragraphe, qui suit dans le texte, sur la pureté du dialecte athénien. Il est bien établi que, {oule proportion gardée, on a parlé et on parle meilleur grec à Athènes que partout ailleurs.

60 ATHÈNES AU XVI° SIÈCLE. 1578; est remplacée par quelques cabanes de pêcheurs ; qu'y a-t-il de vrai dans cette assertion ? » La réponse

de l'habitant de Constantinople, qui se vante d’être

né à Nauplie et d'avoir été souvent à Athènes,

prouve deux choses à la fois : d’une part, l'existence gnifique par les monuments de l'antiquité; d'autre

d’une Athènes encore peuplée et toujours ma

part, l'ignorance où était le correspondant grec, comme les Grecs de Constantinople en général, de l’histoire et de la situation de leur patrie. Quant à une absence complète de critique lorsqu'il s'agit de monuments, ce défaut n’était particulier ni à Zygomalas, ni aux habitants d'Athènes, il était propre aux villes de l'Italie, de la France, de l'Espagne, qui toutes avaient conservé de l'antiquité ses monuments bien mieux que ses souvenirs.

Deux circonstances que j'ai déjà signalées, mais qu'il n'est pas inutile de remettre en évidence au point où nous en sommes arrivés , expliquent cet isolement de l’Attique et ce retranchement d'Athènes du monde vivant. C’est, en premier lieu, la lutte incessante et furieuse de la chrétienté et de l'isla-

misme dans les mers de l’Archipel ‘; c'est, en se-

* Un bon tableau de l’antagonisme sanglant des chrétiens et des musulmans dans l’Archipel , accompagné de sages réflexions sur le défaut d'union , cause de toutes les défaites, se trouve dans l'ouvrage d’Ant. Arroyo : « Relacion del pro- » gresso de la armada de la santa Liga hecha entre el papa

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