RÉLATIONS DES AMBASSADEURS. GI
cond lieu, la ligne de navigation des pélerins en
terre sainte, la seule voie suivie par les voyageurs,
qui passait loin et hors de vue du Pirée. Rien ne
prouve mieux l'influence de ces deux circonstances que l'initiative prise par nos ambassadeurs à Constantinople, en se rendant à leur poste ou en en revenant. N'ayant rien à craindre des parties belligérantes, et la terre sainte n'étant pas le but de leur voyage, ils se détournent de leur route, jettent l'ancre dans le Pirée et vont visiter la célèbre ville de Minerve. Leurs relations méritent quelque attention, parce que seules elles fournissent des données exactes au milieu des compilations", des redites *
et des amplifications.
Pio quinto, el rey catholico Phelippe segundo, y Venetianni contra il Turco. Éscritta por Marco Antonio Arroyo. En Milan, #, 1576. « Voyez le chapitre : « Discorso sobre el accrescentamiento de los Turcos. »
1 Je pense aux ouvrages d'hommes, d’ailleurs très-savants, tels que Laurenberg, Ortellius, etc.
2 Je citerai en exemple Chappuys, qui se mit en tête de montrer l’Estat des royaumes et républiques du monde tant anciens que modernes. Paris, folio, 1598. Il parle de Rome ancienne et s'étend complaisamment sur la Rome moderne; mais après avoir longuement disserté sur Ja république des Athéniens , il se tait sur la situation présente d'Athènes, comme si Athènes et les Athéniens avaient disparu de la surface de la terre. Nous nous somines occupé, p. 10, de l/50lario de Bondelmonte, je dirai ici quelques mots d’un ouvrage du même genre, d’'Antonio Millo. J'ai vu au Musée
François Savary de Brèves, lhabile diplomate, revint de son ambassade en 1605. Il se rendait en terre sainte, de là à Tunis et à Alger. Il ne se
détourna pas de sa route pour visiter Athènes, et la
relation de son voyage, écrite par son secrétaire ,
bien qu’elle mentionne la Grèce sur le titre, ne parle cependant que des îles de Scio, de Metelin et de Candie, qu'ils apercurent de leur bord. Ce n'est donc pas à lui que revient l'honneur d'avoir inauguré parmi nos ambassadeurs cette louable ha-
bitude de rendre hommage aux plus nobles souve-
nirs, c'est à Louis Des Hayes, baron de Courmenin , qu'il appartient ?. Louis XIIL, dont il était le conseil-
Britannique un volume, inscrit sous le n°10,365 des additions au catalogue, qui porte en titre: Arte del navicar de Antonio Millo Armiralgio in Candia 1591 et qui contient, à partir du feuillet 34, un /sulario de tuto el mare Mediterano; mais les dessins en sont si mauvais, tant dans cette copie que dans une autre qui a pour titre : Zsulario de Antonio Millo MDLXXXVIT (Cotton, Julius, E. IL.), qu'il me semble inutile d'en parler dans mon travail , où il n’est pas question de discuter la position géographique d'Athènes et la manière dont on est parvenu peu à peu à la fixer.
‘ Relation des Voyages de monsieur de Brèves, tant en Grèce, terre saincte et Ægypte qu'aux royaumes de Tunis el d'Alger, le tout recueilli par le S. D. C. (Jacques Du Castel, son secrétaire, qui dédie l'ouvrage au fils de M. de Brèves, celui-ci étant mort.) Paris, 4°, 1628.
? Henri, baron de Beauveau, le courageux compagnon du duc de Mercœur en Hongrie, n’était pas ambassadeur, mais
LG21T. LOUIS DES HAYES, AMBASSADEUR. 63 ler et maitre d'hôtel, l'avait nommé son ambassadeur en 1621 et l'avait chargé, après avoir aplani quelques difficultés concernant les lieux saints, d'aller offrir au saint sépulcre de magnifiques présents, Il accomplit les intentions de son souverain , et revint en France, sans avoir vu la ville de Périclès; mais, chargé d’une seconde mission en 1630, il se rendit à Constantinople en traversant la Grèce et en passant par Athènes. Par égard pour ses remar-
T x ? - , quables travaux sur Jérusalem ‘, où l'exactitude
s'allie au talent, nous mettrons sur le compte de son secrétaire la description suivante :
La ville d'Athènes est située sur la pante et aux environs d'un rocher, qui est assis dans une plaine,
il voyageait dans le Levant à cette époque, et il fit entrer dans la seconde édition de son ouvrage du Levant une vue cavalière ou dessin à vol d’oiseau de toute la Morée. C’est une fine estampe, une combinaison neuve et bien faite, dans l'état des connaissances de l’époque, pour donner une idée approximative de la configuration du pays et de sa silhouette dans la mer. Elle se trouve dans l'ouvrage suivant, à Ja page 20 : Relation journalière du Voyage du Levant faict et descrit par Henry de Beauveau. — Reveu, augmenté et enrichy par l'autheur de pourtraicts des lieux les plus remarquables. A Nancy, 4, 1615.
1 Voyage du Levant fait par le commandement du Roy en 1621 par le sieur D. C. Paris, 4°, 1624. Seconde édition avec des additions, fruits d’un second voyage. Paris, #4,
1629. Troisième édition. Paris, 4°, 1643,
laquelle est bornée par la mer qu’elle a au midy et par les montagnes agréables qui l'enferment du côté du septentrion. Elle n’est pas la moitié si grande qu’elle estoit autrefois, ainsi que l’on peut voir par des ruines, à qui le temps a fait moins de mal que la barbarie des nations qui ont tant de fois pillé et saccagé cette ville. Les bastimens anciens qui y restent témoignent la magraficence de ceux qui les ont faits ; car le marbre n'y est pas épargné non plus que les colomnes et les pilastres. Sur le haut du rocher est le chasteau dont les Turcs se servent encores aujourd'huy. Entre plusieurs anciens bastimens, il y a un temple qui est aussi entier et aussi peu offencé de l’injure du temps comme s’il ne venoit que d'être fait ; l’ordre et la structure en est admirable ; sa forme est ovalle et par dehors aussi bien que par dedans ; àl est soutenu par trois rangs de
colonnes de marbre, garnies de leurs bases et chapi-
leauæ : derrière chaque colonne il y a un pilastre qui en suil l'ordonnance et la proportion. Les chrétiens du pays disent que ce temple est celui-là même qui éloil dédié au Dieu incogneu, dans lequel saint Paul prescha, à présent il sert de mosquée, et les Turcs y vont faire leurs oraisons *.
1 Voiage de Levant fait par le commandement du Roy. A Paris, chez Adrian Taupinart, #, 1632. L'éditeur s'exprime ainsi dans un avis au lecteur : « Outre que lPautheur a cor- » rigé beaucoup de fautes qui s’y estoient coulées, tu verras
» qu'il ya adjousté plusieurs choses notables qu’il a observées
1630. ATHÈNES SUR LES PORTOLANS. >) Ces visites de nos ambassadeurs faisaient ainsi flotter de loin en loin le drapeau français dans le port du Pirée, et les bâtiments de commerce de toutes les nations y cherchaient quelquefois un refuge ; aussi, tous les portolans, guides nautiques de ces temps, marquent-ils avec soin le port Lion. Sur ces cartes marines, le nom d'Athènes, bien que ville de l'intérieur, se trouve placé à côté de celui du port, et cela par un reste d'habitude, car si leurs auteurs s'aventurent dans quelque légende explicative, ils dévoilent aussitôt leur ignorance de l'état réel de cette ville, comme de tout l’intérieur du pays. Ainsi, je lis sur l’une des jolies cartes de la Méditerranée, dressées par Francesco Monno, en 1630 ! : Atene e adesso tutta giettata a terra che non » en un troisième voyage que depuis deux ans il a fait à » Constantinople par le milieu de la Grèce, dont tu trouve- » ras icy la description. » On lit, en effet, le récit de ce voyage à la page 467. Il y eut entre la mission de 1622, et celle de 1630, un autre voyage dont le secrétaire de M. Des Hayes parle ainsi : « Outre ce voyage de Constantinople et » de Jerusalem , ren ay fait encores deux autres en Levant » avec le sieur Des Hayes. » Enfin, on fit une troisième édition de cette relation à Paris, même format, année 1643.
! « Arte della vera navegatione, con il regimento della > tramontana et del sole di gio : Francesco Monno di Mo- » naco, chirurgico, con un portolano, con le coste figurate > de tutti li porti da stantiar vascelli co i luoghi pericolosi di » tutto il mare Mediterraneo et carta mediterranea — l’anno » di nostra salute MDCXXXIHIL. » — On voit, par l’une des
légendes, que ce portolan fut dressé en 1630. Près du port
vi si vedono $sollo delle edeficij dove erano gl studij con grandi anticaglhe et vi e un poco di forlezza con artegliaria pero non puo giongiere all” armala qual potra stare dentro del porto di Atene.
Un goût nouveau, ou l'extension d'un nobie goût déjà ancien, vint stimuler des efforts d’investigation sollicités vainement par les érudits et par l'archéologie. Depuis que François I avait envoyé chercher en Italie des statues antiques, et fait mouler celles qu'on découvrait tous les jours, faute de pouvoir les acquérir; depuis qu'il avait abandonné ces poursuites, rebuté par infidélité d’Andrea del Sarto , ce goût s'était maintenu et propagé en dépit des contrefaçons et des roueries des antiquaires italiens, et sans qu'il vint à personne l’idée de s'adresser à d'autres et de chercher ailleurs. Vers 1625, pendant que le cardinal de Richelieu prodiguait l'or pour obtenir de Fltalie les sculptures antiques qu'il
destinait à la décoration de son nouveau château !,
le comte d’Arundel ouvrait une voie nouvelle?, en
du Pirée, qui n’est pas nommé, on lit Saffinos, l’une des variantes du nom corrompu d’Athènes.
* Le Père Babin, dont je reproduis plus loin la relatien,cite la collection des antiques de ce château comme point de comparaison avec les beautés du Parthénon. Cette appréciation montre quelle était alors la renomméedu château de Richelieu.
2 Voir plus haut (dans mon ouvrage sur le Parthénon) ce
que ] ai dit de Cyriaque d’Ancône au commencement du
x vit siècle, et de ses recherches de fragments antiques.
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LE