UN MAGASIN À POUDRE DANS LES PROPYLÉES. S
ments, des formes moins conventionnelles pour les églises grecques, un dessin plus serré pour l’indication des contours des montagnes; mais les bons Pères avaient fait de leur mieux, et les voyageurs s'estimaient heureux d’avoir communication, même en cachette, de ce travail d'ensemble qu'ils n’auraient pas eu le temps d'exécuter, qu'ils n'avaient pas l’imprudence de tenter.
Le bon exemple donné par les capucins fut trèsgoûté des Grecs, il eut de l'influence sur les Turcs eux-mêmes, qui sassocièrent à ces idées nouvelles de conservation des monuments antiques. Nous avons le témoignage de Babin. Il raconte qu'un fragment de la frise de Phidias étant tombé, les Turcs le mirent à l'abri dans l’intérieur du Parthénon, leur mosquée *.
Cependant les nécessités de la défense d'Athènes, dans l’état de guerre, l’état normal de l'Orient, avaient fait de l'Acropole une place fortifiée dans les règles; les nouveaux procédés de la guerre en faisaient un dépôt d'armes et de munitions, et ces circonstances devinrent pour les monuments une
cause fatale de destruction. On en sentit vers cette
époque les redoutables conséquences. Un magasin à
poudre avait été établi dans les Propylées, non loin
de la demeure de l'aga. En 1656, l’aga, sa famille
* Voyez plus loin la relation d'Athènes, du Père Babin.
82 ATHÈNES AU XVII‘ SIÈCLE. 1670, et une partie du toit des Propylées sautèrent en Fair avec le magasin à poudre ?.
Les intervalles de paix, qui favorisèrent par instants des retours d'étude et de dispositions bienveillantes pour la conservation des monuments,
n'étaient jamais de longue durée. La conquête de
Rhodes et celle de Chypre devaient amener tôt ou
tard une attaque contre l'ile de Crète, véritable
continent dans l'Archipel grec, sur la route de
navigation des pèlerins de la Mecque, et bar-
rant les communications de Constantinople avec
l'Égypte. Le sultan Ibrahim, l'un des plus fanati-
ques et des plus cruels de ces souverains barbares,
décida la guerre, et voulut l'accompagner des mesu-
res les plus violentes contre les chrétiens. Il sembla,
pendant un moment, que leur dernière heure avait
!« I] n’y a pas vingt ans, écrivait Spon en 1676, qu'il
» étoit plein de poudres et d'armes à la turque. Isouf apa Ï | OT?
» qui commandoit le chateau, demeuroit dessus dans un ba-
» tunent à la moderne. — Le feu s'étant mis aux poudres par
» un coup de foudre, tout ce batiment sauta en l'air. — Les
» marques de ce désastre se vovent encore. » (t. 11, p. 108. 1 \ ;
« Until about twenty years ago, it was blown up by gun-
» powder keptinit. » Wbheler, p. 309, il copie Spon, comme
on voit, mot pour mot. M. Emile Burnouf raconte autre-
ment cet événement. « Au mois d'août 1656, la foudre tomba
» sur l’Acropole d'Athènes pendant le siége qu’elle soutenait
» contre les Vénitiens, » etc. (Arch. des Missions, t. I, p. 8.)
Il v a là une erreur d’une trentaine d’années.