MOROSINI CAPITULE A CANDIE
sonné, et que cette guerre allait devenir le signal d’un massacre général. Peu à peu cette fureur insensée se concentra sur l’île de Crète, sur les Vénitiens qui en étaient maitres, et parmi les nations chrétiennes sur celles-là seulement qui lui portaient seCOUrS.
La guerre se résuma bientôt dans le siége de Candie, dont les défenseurs héroïques prolongèrent pendant vingt-cinq années leur résistance désespérée. En Europe, tous les cœurs généreux battirent à l'unisson du cœur saignant des assiégés, et de tous côtés on se croisa pour la défense de Candie. On sait les noms de nos héros français qui vinrent, sur la flotte du duc de Noailles, ravitailler la garnison épuisée et défendre cette forteresse démantelée, on sait aussi l’inutilité de leurs exploits. Le 6 septembre 1669, François Morosini signait, sur un monceau de décombres, une capitulation honorable et la paix avec le Grand Turc.
Le lamentable siége de Candie avait eu ses inter-
ruptions et ses reprises, ses moments de langueur
et ses luttes acharnées, toutes vicissitudes dépen-
dantes des événements de Constantinople et des
succès ou des revers de la flotte vénitienne; mais
en même temps aussi la guerre entre la Porte et
Venise, débordant l'enceinte de l’île de Candie, se
répandait dans l’Archipel, dans le continent de la
Grèce, elle avait pénétré jusqu'en Dalmatie, et de là 6,
elle souleva bientôt les populations de la Hongrie et de la Pologne (19 mars 1663). Elle avait excité une telle irritation parmi les musulmans qu'il n'y avait
plus pour les chrétiens aucune sécurité dans tout
l'Orient, et que l'ambassadeur de France lui-même
recevait en pleine audience des soufflets de la main du grand vizir, irrité des secours qu'un duc de la Feuillade conduisait contre l’armée ottomane !. L’Archipel offrit donc, pendant ces vingt-cinq années, une traversée bien peu sûre, et l'attrait des voyages en Grèce était devenu par trop dangereux. Près d’un quart de siècle se passa sans qu'on sût
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rien d'Athènes ‘, Si ce nest qu On n ÿ entrait qu en
1 M. de Hammer est le garant de cette assertion ; mais comme ses preuves sont dans des relations turques, 1l faut supposer de lexagération et admettre, au lieu de soufflets , quelques bourrades.
2? Les guides nautiques ou cartes marines publiés alors témoignent de ce retour à une ignorance complète sur le sort et sur les monuments d'Athènes. J'en donnerai une preuve : « Prima parte dello specchio del mare Mediterraneo dal ca- » pitan Francesco-Maria Levanto in Genova, folio, 1664. » Il y est dit d'Athènes : « Hora altra colà non si vede che ter- » reno sterile seminato di pietre, » p. 119. Cette phrase est copiée, ou au moins répétée, dans le Nouveau grand livre de Letroit, contenant la mer Méditerranée, — Mis en lumière par Jaacque Anthoine. — Amsterdam, folio, 1664. Le voyage de plusieurs ecclésiastiques italiens dans PArchipel est du même temps; Monsignor Sebastiani, Vescovo di cilla di Castello, en avait écrit la relation, et la communi-