‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 48 sur 89 · LE MARQUIS DE NOINTEL · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE NOINTEL

ciations pour obtenir le renouvellement et, plus encore , l'extension des capitulations.

M. de Nointel parut convenir à ce poste important. Il fut nommé ambassadeur près de la Porte, et, pendant qu'on rédigeait ses instructions !, pendant que lui - même préparait avec un luxe inusité son équipement d'ambassade, des vaisseaux de la marine royale, sous la conduite du sieur d'Alundras, étaient envoyés à Constantinople pour ramener en France M. de la Haye Vantelet avec toute sa famille.

Charles-Francois Olier, marquis de Nointel?,

d'une famille noble, originaire du pays chartrain,

était fils d'Edouard Olier, marquis de Nointel, con-

seiller au parlement de Paris, et de Catherine

‘ Voyez aux archives du ministère des affaires étrangères : « Un mémoire du roy pour servir d'instruction au sieur de » Nointel, allant ambassadeur à Constantinople, » daté du 12 juillet 1670. La réduction des droits de douanes, le libre commerce dans la mer Rouge et, avant tout, la protection des saints lieux et le rétablissement des échelles du Levant, formaient les articles principaux de ces instructions.

2? Tous les actes diplomatiques signés par M. de Nointel, qui m'ont passé sous les yeux, portent : « Nous, Charles- » Francois Olier, marquis de Nointel, conseiller du roy en » tous ses conseils, en sa cour de parlement de Paris et son » ambassadeur en Levant. »

Ses armes portaient d’or, au chevron de gueulles, cotoyé de trois raisins, deux en chef, un en pointe; l’escu soutenu

de deux levrettes et couronné d’une couronne de marquis.

Masson. Voulant suivre la carrière de son père, il se

distingua dans ses études, et fut nommé conseiller au parlement! le 26 août 1661. Quelques années après , il reçut le titre de conseiller d'État.

1] convenait au nouveau poste qu'on lui destinait. De bonne famille, il était aussi homme d’affaires , parlait facilement plusieurs langues, et ses voyages antérieurs *, son goût pour les arts et pour les investigations de toutes sortes devaient en faire un noble

représentant du roi* et un habile népociateur. Il

1 Cornelio Magni , attaché à l'ambassade de M. de Nointel, tenait de lui ce détail. Il dit : « Egli è del! estrazione di » toga, auend” occupato Ja carica di consigliere del parla- » mento di Metz in Lorena, come pure in Parigi, nel cui » impiego termino i giorni il di lui padre con sommo ap- » plauso. » Tome Ï, page 96.

? Coulanges rapporte dans ses mémoires qu'avant d’entrer au parlement de Paris il avait été conseiller au parlement de Metz avec un M. de Nointel et qu’ils voyagèrent ensemble en Allemagne et en Italie dans les années 1657 et 1658. Onlitégalement dans le Voyage de Cornelio Magni:«E » ben versato nella lingua italiana , auendo dimorato qualche > tempo in Roma e passegiata l’Italia, come la Germania € » Flandria, essendosi negli anni giouanili portato per la via » di Pollonia verso queste parti per pura curiosità. » Tome I, page 95.

? Le chevalier d’Arvieux, qui n’était pas payé pour aimer M. de Nointel , ayant à lui reprocher certains froissements d’anour-propre, fait cependant de sa personne un portrait dans lequel la part d’éloges est la meilleure : « Il étoit âgé

» de quarante ans, d’une taille médiocre; il avoit le visage

1670. M. DE NOINTEL A CONSTANTINOPLE. 91 partit de Paris, et s'embarqua à Toulon le 22 août 1670. Après treize jours de navigation il arrive à Malte ! et continue son voyage jusqu à Constantinople.

Dès son arrivée dans cette ville, il met en action

un système d'ostentation, de bravade, de superbe,

qu'il n'abandonna pas un seul instant pendant toute

la durée de son ambassade. C'était dans sa nature, c'était aussi le résultat d'une appréciation assez juste du caractère des populations orientales, qui jugent les gens sur l'extérieur et sur l'attitude. Qu'on n'oublie pas d’ailleurs quel traitement M. de la Haye Vantelet avait subi, en pleine audience du grand vizir, le 7 décembre 1665, et subi sans demander ses passe-ports; or, tout vizir étant capable de se porter à de semblables excès, il convenait que

le nouvel ambassadeur de France indiquât tout

» long, le teint brun, les yeux grands ; d’une complexion » mélancolique, il étoit grave, comme il convient à un ma- » gistrat, il parloit peu, avoit la voix grosse, rude et peu » agréable; il paroissoit indifférent, peu attaché au bien ; » sans faste, il aimoit pourtant à étre bien logé et bien meu- » blé; il étoit scavant, fort sage, fort posé et fort homme de

bien. » (Mémoires, t. IV, p. 243.)

1 Dépêche du 4 septembre 1670. Il parle de sa réception dans l’ile de Malte : « J'y ay esté receu avec touttes les dé- » monstrations d'honneur que je pouvois désirer et qui font » bien connoistre que le roy est le maistre partout. » (Archives des affaires étrangères.)

d'abord par sa manière d'être qu'il n'était pas d’'hu-

meur à les accepter.

M. de Nointel écrit au ministre, à Paris, qu'il a recu des forts et des châteaux tures, dans les Dardanelles, force saluts d'honneur, et il continue ainsi sa dépêche : Nous avons tenté d’estre traitlés de la même manière à Constantinople ‘, mais le caimacan trouva la proposition si nouvelle, qu'il respondit que

‘ « Les quatre vaisseaux du roi qui portoient M. de Nointel et Soliman aga étant arrivés aux isles des Princes, devant Constantinople, le 22 octobre 1670, M. d’Apremont qui les commandoit envoya dire au caimacan qu'il avoit des ordres exprès de ne point saluer le serail, ni la ville, à moins qu'il ne fut assuré que l’un et l’autre lui rendroient > le salut. » (Mém. du chev. d’Arvieux.) Soliman aga, dont il est ici question, est l'ambassadeur turc que cite la Fontaine dans sa lettre en vers à la princesse de Bavière, du mois de juillet 1669. Il retournait à Constantinople. Le poëte vante les succès de notre ambassadeur près de la Porte, et son éditeur, M. Walckenaer, met en note qu'il s’agit de M. de Nointel. Les dates contredisent cette assertion. M. de Nointel n’avait pas quitté la France au mois de juillet 1669 , mais la renommée de la grande représentation de ce diplomate éblouissait encore, au xix° siècle, un homme aussi perspicace que M. Walckenaer. Voici le passage : Que craindroit-il (Louis XIV), lui dont les armes Vont aux Turcs causer des alarmes.

Nous attendons du Grand Seigneur Un bel et bon ambassadeur, Il vient avec grande cohorte.

Le nôtre est flatté par la Porte,

Tout ceci la paix nous promet Entre saint Marc et Mahomet.

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