RÉCEPTION CHEZ LE CAIMACAN
c'estoit lui demander sa teste que d'exiger que le sérail rendit le salut ; qu'il n'y avoit pas d'exemple qu'on l’'eût jamais fait à personne, pas mesme pour les armées triomphantes du Grand Seigneur! L'ambassadeur trouve l’excuse impertinente; il y répond par une impertinence : C'était sa manière et son système. Par son ordre, les vaisseaux du roi de France ne saluent pas le sérail, et ils entrent silencieusement dans le port. Il descend à terre avec un grand
appareil et le cérémonial le plus imposant qu'il pût
imaginer; il en donne tout le détail à la cour de
France, qui du reste avait fait entrer dans les instructions de l'ambassadeur les règles d’étiquette qu'il devait observer * : J'ai cru qu’il estoit imporlant de commencer à me faire cognoïstre par une entrée publique, encore que quelques -uns de mes prédéces-
1 Ce passage se trouve dans les instructions que M. de Nointel recut à Toulon avant de s’'embarquer; on y lit en outre :
« L’ambassadeur estant arrivé à Constantinople, il fera
toute diligence pour saluer Sa Hautesse le plutot qu'il luy
sera possible afin de pouvoir, sans perdre de temps, commencer les fonctions de son ambassade, ce qu’il ne pourrait faire qu'après ceste cérémonie.
» 1] prendra soin qu’elle se fasse de la manière accoustu-
mée et ainsi qu'il convient au rang que le roy tient dans
la chrestienneté et à la réputation en laquelle les roys de
France ont tousjours été auprès des empereurs ottomans
qui donnent à eux seuls, de tous les potentats chrestiens,
le titre d'empereur qu'ils prennent aussi pour eux mêmes. »
seurs l'ayent néghgé par des considérations particulières, et je m'y suis détermuiné par l'exemple des autres ambassadeurs et par la raison que, s'agissant d'un renouvellement d'alliance, il estoit a propos de faire voir la magnificence des Francois aux Turcs, après leur avoir imprimé la terreur avec les vaisseaux de Sa Majesté ; ce qui m'a convaincu, c'est que, toutte la cérémonie se devant faire a Andrinople, j'ay pensé qu'il en falloit faire voir quelque chose a Constantinople. C’est pourquoy, en complimentant le caimacan de ma part, on luy a demandé quand il désiroit me faire recevoir ; 1l a respondu qu'il attendoit les ordres de la Porte, dans la crainte qu'il avoit de n'en pas faire assez. M. de Nointel ajoute, dans une lettre du 12 novembre : Les Turcs et les étrangers ont fort approuvé mon entrée dans Constantinople : 1ls témorgnent qu'ils n'ont pas de mémoire d'en avoir veu une si belle ‘.
Il rend compte ensuite? de sa réception chez le
caïmacan. Il attend dans son salon : Le caimacan est venu, et, comme 1 traversoit pour gaigner sa place, nous l'avons joint sur le sopha ou estrade, et, nous
eslant assis en même temps el vis-a-vis de luy, mais
1 J'ai omis tous les détails de cette entrée, parce qu'ils ont été donnés par le chevalier d’Arvieux , et M. de Hammer les a répétés d’après lui.
2? Dépéche du 30 novembre 1670. (Archives du ministère des affaires étrangeres.)