IGTE RÉCEPTION CHEZ LE GRAND VIZIR
dessous , M. de la Haye, prenant la parole, lui a dit… Je ne transcrirai pas ce discours; je citerai seulement le passage de la dépêche de M. de Nointel où il montre sa manière de rendre humeur pour humeur, impertinence pour impertinence. Selon les usages, on s'était fait réciproquement des présents : Le caimacan en lesmoigna une reconnaissance médiocre, mais je luy en tesmoignay encore moins des caphtans, ou robes qu’il m'a fait donner au nombre de vingt. — Il se leva en même temps et nous de mesme, luy prenant son chemin vers sa chambre sans se tourner ; nous prismes le nostre du costé de la porte sans le regarder.
Le sultan, passionné pour la chasse, résidait à Andrinople; l'ambassadeur s'y rend et se présente chez le grand vizir, qui le reçoit assez sèchement, car il se souvenait d’avoir rencontré sinon les troupes de Louis XIV , au moins la portion la plus chevaleresque de la noblesse française sur les champs de bataille, au siége de Candie et à Saint-Gothard. Aussi, lorsque M. de Nointel lui parle, par l’entremise de son drogman, de la vieille amitié de la France, le grand vizir murmure que ces vieux amis , il les rencontre partout au milieu de ses ennemis. Ce qui m'a déplu davantage, dit l'ambassa-
deur en terminant sa dépêche !, c'est la manière de
‘ Dépêche du 3 janvier 1671. (Archives du ministère des
affaires étra ugères.)
recevoir la lettre du roy, la sécheresse de sa conversation, et son incivilité lorsque je l’ay quitté, et, si je n'en ay pas tesmoigné sur le champ mon desplarsir, ça esté par prudence pour ne pas faire eschapper la gravité du visier, qui, pour estre sérieux, n’en est pas moins emporté ; mais dès le lendemain je me suis plaint. Dans son mauvais vouloir, le grand vizir refusait d'accepter les modifications proposées par la
France aux capitulations; le renouvellement même
lui semblait devoir être ajourné, et il employait
l'habileté turque à créer des atermoiements.
M. de Nointel comprit facilement que la discussion et les bonnes raisons n’avanceraient pas la négociation ; il écrivit à sa cour que l’intimidation seule pouvait l'appuyer. Je ne puis douter qu'ils ne changeassent de langage s'ils voyoient arriver & Constantinople dix ou douze vaisseaux avec des lettres de Sa Majesté pour demander ou le renouvellement des capitulations aux termes que je prélends par vos ordres, ou le retour de l'ambassadeur et des François avec la restitution des avanies *. Quelques jours après, il écrit : 1! faudroit un volume pour vous expliquer l’arrogance de la Porte et le peu de considération qu'on affecte de faire paroitre pour la France. Ce n’est pas qu'ils ne la craignent ; mais on s’imagine qu'il en sera
* Dépêche datée d’Andrinople et du 25 février 1671. (Voyez
dans les archives du ministère des affaires étrangères.)