‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 51 sur 89 · RÉCEPTION CHÈEZ LE GRAND VIZIR · texte numérisé non relu

RÉCEPTION CHÈEZ LE GRAND VIZIR

comme par le passé et que les menaces demeureront sans effet, et l’on n'a pas fait difficulté de me dire que M. de la Haye et mes prédécesseurs avoient souvent menacé de quitter, soit à l’occasion des Génois ou des avanies, mais qu'ils n’en avoient rien fait’.

Une seconde visite chez le grand vizir donne à notre ambassadeur l’occasion de prendre sa revanche d'arrogance et de supériorité ? : Le visier entra ; lorsque nous fümes assis, j'affectay de me tenir aussi fier et aussi indifférent qu'il m'en monstroil l'exemple.

Après avoir rapporté la conversation qui eut lieu

entre eux, il dit : Je me retiray en regardant fixement et avec gravité ce ministre superbe , et luy faisant pour tout salut une inclinaison de teste impercephble et si peu considérable, que c’estoit quasi ne le pas saluer ; néantmoins, soit qu'il creust que j'en ferois davantage en me voyant commencer, ou autrement, il me salua, sans bouger toutefois de son siége. Il parul durant tout l'entretien beaucoup plus affable que la première fois, et il faisoit cognoistre, nonobstant ses menaces , qu’il avoit dessein que je fusse content de son accueil ; ce qui ne m'empescha pas de tesmoigner que je ne l’estois pas par mon geste, par le ton de ma voix et la fierté que j'affectois, car ce sont les seules choses qu despendent d'un ambassadeur. Il a beau parler

{ Andrinople, 15 mars 1671. (Arch. des aff. étrangères.) ? Constantinople, 9 mai 1671. (/dem )

Juste, les drogmans en usent comme il leur plaist, et l'on peut dire qu’ils S'acquittent de toutle autre fonction que de la leur; car, au lieu d’estre de véritables interprêtes, ils font le personnage et du visir et de l’ambassadeur, faisant dire à l'un et à l'autre tout ce que la himidité leur peut suggérer .

Le grand vizir repoussait les prétentions de la France comme exorbitantes. Il déclara que la Porte n'accorderait jamais autre chose que le renouvellement pur et simple des anciens traités. Il affecta de croire que les nouvelles exigences de la France avaient pour auteur, non le gouvernement du roi, mais son ambassadeur, et il ajourna à six mois toute

négociation, jusqu à ce que M. de Nointel eût recu

1 On comprit à Paris Pinconvénient de ces agents timides, souvent infidèles, et cependant indispensables. On envoya à l'ambassade de Constantinople le chevalier d’Arvieux, qui, s’il n’offrait pas les mêmes inconvénients, en avait d’autres. J’en parle plus loin. De la Croix s'exprime ainsi dans ses mémoires, tome [, p. 146 : « Cette lettre fut mise entre les mains de » monsieur d’Arvieux que l’on choisit à cause qu’il parle turc, » afin que l’on püt s'en servir en cas de besoin et s'il falloit » porter au grand visir quelque parole de vigueur, ce que les » droguemens ordinaires ne font pas volontiers, considérant » le Ture comme leur maitre prinutif qui a sur eux droit de » vie et de mort : ce qui les oblige d’adoucir les termes, de » Changer les phrases et de taire ce qui pourroit fascher la » Porte, en sorte que très-souvent un discours vigoureux » prend une autre face dans la bouche d’un interprète et pa-

» roit humilié et rampant. »

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