‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 52 sur 89 · M. DE NOINTEL VISITE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

M. DE NOINTEL VISITE CONSTANTINOPLE

des lettres de créance sur le point spécial du renouvellement des capitulations. Ainsi débuta cette bruyante ambassade, Cet échec laissait du loisir à M. de Nointel; il était homme à l’employer utilement. Je ne parlerai pas de ses courses dans les environs de Constantinople, de ses visites dans toutes les mosquées, dans tous les palais, de ses réunions et de ses fêtes !; je mentionnerai seulement ses efforts pour répondre à la curiosité générale qu'excitaient en France les assertions erronées du ministre protestant Claude, au sujet de certains articles de foi des Grecs schismatiques. Un nouveau patriarche grec étant arrivé à (? astantinople, M. de Nointel

lui fait quelques avanves et se loue de ses bonnes

dispositions pour l'Église romaine : Je luy ai fait

! Pour les fêtes somptueuses et le luxe grandiose de cette ambassade, je renvoie au journal de Galland, dont je ne citeral que ce passage, qui paraitra moins singulier, si on se rappelle que la troupe de Molière a ôté aux hommes le privilége de Jouer le rôle des femmes : « Dimanche 29 jan- » vier 1673 : M. l'ambassadeur donna à M. le président de » Gennes, au secrétaire d'Angleterre et à une très-grande > assemblée de Francs, de Grecs et de femmes, tant de Péra que de Galata, le divertissement du Cyd, de l’École des Ma- » ris et de la Petite Farce (composée par Galland) qui avoit » esté représentée le dimanche précédent. On emprunta de » très-riches habits à la grecque pour habiller les personnages qui devoient représenter les femmes dans le Cid, voici l'ha-

> billement que j’avois pour faire celuy d'Elvire, suivante ou » confidente de Chimène, etc. »(Bibl. Fmp.,anc. fonds10,529 )

présent de toutte l'histoire byzantine; si j'avais les Pères grecs, je les luy donnerois encore dans quelque occasion favorable, et je prendray la liberté de vous représenter sur ce subject que, si j'avois deux ou trois histoires byzantiines, et des Pères et autres autheurs grecs , bien reliés avec les armes du roy, je m'en pourrois servir dans des conjonctures avantageuses ; car, outre que ce seroit le moien de faire esclatter icy la libéralité de Sa Majesté, je pourrois par la tirer plusieurs manuscrits de Montathos et des autres endroits où il en reste.

Il se trouve encore icy de beaux livres persans, turques et arabes, escrits et reliés admirablement ; il arrive mesme quelquefois que l’onvend des bibliothèques touttes entières de gents de loy, comme de Mouftis, Cadis et autres, el qu'on les a pour un prix assés raisonable. Si vous jugiez, monsieur, que ce fust une chose digne de la curiosité du roy, je prendrois l’occasion d’en faire achepter quelqu'une des plus considérables et dont les livres seroient et des meilleurs et des mieux condilionés; vous aurez la bonté de me faire scavoir la volonté de Sa Majesté et le prix que j'y pourrois mettre .

Ce n'était pas sans un but sérieux que notre ambassadeur faisait tant de frais pour le patriarche grec et les autres religieux des sectes dissidentes. Il

avait reçu, en partant de France, des instructions,

1 Dépéche datée de Constantinople, le 9 février 1672.

1672: EXAMEN DU SCHISME GREC. 101 provoquées par les solitaires de Port-Royal, pour

s'assurer si les communions orientales, séparées de

l'Eplise d'Occident, croyaient à la présence réelle de

Jésus-Christ dans l’eucharistie, et à la transsubstantiation ‘. Il avait emmené avec lui le jeune Antoine Galland , dont on vantait déjà les connaissances dans les langues orientales, pour obtenir du clergé grec schismatique des attestations en forme sur les articles de leur foi *. Il écrit au roi à ce sujet :

J'aicru, sire, ce point de fait si important que je n’ay rien oublié pour l'esclaircir, et je puis asseurer V. M., en luy gardant toutte la fidélité que je luy dois, que les Grecs et les Arméniens croyent la présence réelle de J.-C. au saint-sacrement et la conversion substantielle du pain et du vin en son corps et en son sang, et qu'ils

1 On voit dans les mémoires du chevalier d’Arvieux qu'il recut une commission du même genre : « J’allai prendre » congé de M. de Turenne, qui avoit beaucoup de bonté pour » moi; et comimne Je l’avois souvent entretenu sur la croyance » des Orientaux sur la présence de Jésus-Christ au saint-sa- » crement de l'autel, avant sa conversion, 1] me recommanda > très-fort de lui ramasser tous les éclaircissemens qu'il vou- » loit encore avoir sur cet article et sur plusieurs autres et » de l'en bien informer à mon retour. » (Mémoires, t. IV, p. 296.)

? Le curieux journal de Galland est rempli de détails à ce sujet. Je renvoie aux dates suivantes : 1672, 4 janvier 10, 21, 26, février 20, mars 1, 4, avril 3, 17, août 2, novembre 15, 1673, juillet 25. (Bibliothèque Impériale, deux volumes, an-

cien fonds 10,529 A.)

adorent Jésus-Christ présent réellement et invisiblement dans l'eucharistie *.

Il envoya plus tard en France des professions de foi et des déclarations signées par les patriarches et les hauts dignitaires de l'Église d'Orient ?. Ces actes furent déposés à la Bibliothèque du roi par ordre de Pouis XIV et sy trouvent encore aujourd’hui. Ils ont été souvent consultés et plusieurs fois invoqués. J'en citerai un vénérable exemple. On lit dans la Perpéluité de la foy touchant l’eucharistie :

Je rapporterai ici divers extraits des relations que M. de Noiniel, ambassadeur du roy à la Porte, a envoyées à ses amis à Paris, qui contiennent des témoignages qu persuaderont toujours non-seulement tous ceux qui connaissent particulièrement la parfaite sincérilé de celui qui les a écrites, mais aussi toutes les personnes sensées qui ne S'imagineront jamais qu'un homme d'honneur, qui sert de ministre à un grand roi, dans un emploi considerable, voulût hasarder sa répulation en publiant des faussetés dont tant de gens auroient intérêt de le convaincre cl tant de moyens de le faire *.

* Dépêche datée de Constantinople, le 1° juillet 1672.

? Cornelio Magni parle des travaux particuliers et importants de M. de Nointel sur ce même sujet, t. I, p. 96.

3 Suit le récit d’un entretien entre M. de Nointel et l'abbé du monastère de Mauromale en Europe, près Constantino-

ple, entre le même fonctionnaire et un papas de l'Église des

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