ARVIEUX EST ENVOYÉ A M. DE NOINTEL
Pendant le temps donné à ces investigations, on avait reçu à Paris les dépèches de M. de Nointel, qui déclarait le mauvais succès de ses négociations, et le roi avait décidé l'envoi à Constantinople d’une personne d’un certain rang diplomatique, porteur d’une lettre ministérielle très-ferme, qui annoncerait le rappel immédiat de l'ambassadeur, s'il n'était pas fait droit aux demandes de la France. Le chevalier d’Arvieux, qui parlait le turc, fut la personne choisie pour cette mission. On le connaît par ses mémoires; un homme de peu, qui se croit un personnage, et se faufile dans les bonnes grâces de Louis XIV, en passant par les boudoirs des maitresses du roi !. Il nourrissait contre M. de Nointel Grecs de Baktchekleu, entre le même et un papas de Calcédoine. La perpétuité de la foi touchant l’eucharistie, liv. VIIT. Preuves de l’union des églises d'Orient avec l’Église romaine, t. Il, p. 1129. Paris, in-8°, 1841.
1 Après avoir fait ses visites d'adieu à la reine et à toutes les princesses, il ajoute : « Le roi étant à la messe, je pris » ce tems pour voir mesdames de Montespan et de la Val- » lière qui me firent beaucoup d’honnêtetés. Je les entretins, » pendant qu’elles furent à leur toilette, sur les coutumes » des dames de Turquie et sur le sujet de mon voyage. Et » comme Je sortois de la chambre, je trouvai le roi à la porte » qui alloit entrer tout seul, Il se prit à rire, et, selon qu’il me » fut rapporté, deux heures après, par une de leurs femmes
» de chambre, le roi ne fat pas faché que J'eusse été faire
> na Cour à ces dames; elle me dit encore que l'entretien
» qu'ils eurent ensemble là-dessus nrétoit très-avantageux. »
(Mém. IV, p. 294.)
beaucoup de jalousie, et le secret désir de le supplanter. La flottille qui l'amena à Constantinople entra dans le port le 19 février 1672. L'ambassadeur se servit habilement de la présence des vaisseaux français pour ‘intimider le gouvernement de la Porte et pour presser les négociations. Il laissa de côté et tint à l'écart le porteur de la lettre du roi. De là l'irritation du chevalier d’Arvieux; et cependant cette conduite était sage, puisque le grand vizir se relâcha de son mauvais vouloir et consentit
à discuter les nouveaux articles des capitulations.
Après quelques difficultés, les négociations attei-
gnirent une heureuse conclusion. Votre Majesté peut maintenant être assurée, écrit l'ambassadeur !, que les capitulations de la France avec la Porte sont renouvellées, et tous ses sujets, même ceux du clergé, lui en sont redevables d'une nouvelle obligation, puisqu'ils doivent uniquement à la terreur qu’elle vient d'imprimer l’aschèvement de ce traité. J'y ai apporté, sire, depuis près de trois ans, tout ce qui pouvoit dépendre de mon industrie, de mon zèle et de ma vigilance *.
1 Dépêches d’Andrinople des 3 et 10 mai 1672. (Archives du ministère des affaires étrangères.)
? On trouve, dans une dépêche du 21 septembre 1673, un intéressant commentaire sur les capitulations et des détails curieux sur les présents donnés à cette occasion à tous les fonctionnaires, se montant à 7,128 piastres et 5 sols. Les
dépenses personnelles s'élevèrent à environ 6,000 piastres.