‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 54 sur 89 · M. DE NOINTEL VISITE LA TERRE SAINTE · texte numérisé non relu

M. DE NOINTEL VISITE LA TERRE SAINTE

La mission de l'ambassadeur de France était accomplie; mais, poussé par sa curiosité, son désir de paraître et de faire briller partout l'éclat de sa suite et l'importance de sa position , M. de Nointel entreprit

de parcourir tout l'archipel grec, de visiter Smyrne,

la terre sainte, le mont Sinaï et l'Egypte. Il don-

nait pour prétexte, pour excuse, où au moins pour raison de cette entreprise si vaste et alors si hardie, l'utilité d’une sorte d'inspection générale de toutes les échelles du Levant et la convenance d’une installation officielle et magnifique des nouvelles capitulations dans tous les lieux où elles allaient avoir dorénavant force de loi.

Ce côté du projet, le plus nouveau, n'était pas sans grandeur ; il ne fut pas exécuté sans efficacité; l'autre, celui de la curiosité, de linvestigation scientifique et de l'étude des arts, était depuis longtemps prévu et avait été préparé avec soin. M. de Nointel portait avec lui une bonne bibliothèque. Il était accompagné de personnes instruites, de drogmans habiles, et parmi eux se faisait remarquer le jeune Antoine Galland ’, qui avait pendant deux

1 Cet orientaliste habile, studieux, exact, a consigné patiemment par écrit ses observations de chaque jour, ses acquisitions de manuscrits orientaux , ses sujets d'étude, pendant tout le temps qu’il resta près de M. de Nointel, sans caractère officiel, mais attaché à sa personne pour le guider de ses conseils dans ses rapports délicats avec les Tures et les

Grecs, et l'éclairer de son savoir dans toutes les questions re-

années de séjour à Constantinople perfectionné ses

études du grec moderne et du turc: son savoir lui

ligieuses ou littéraires, dont il se donnait mission de s’occuper en dehors de ses devoirs, et pour satisfaire son activité prodigieuse. J'ai retrouvé à la Bibliothèque impériale deux volumes de ce journal, le premier comprenant toute l’année 1672, le second commencant avec lan 1673, mais s’arrêtant par malheur à Chios, le samedi 30 septembre, après avoir décrit d’une manière suivie, méthodique, étendue, le commencement ou les dix premières journées du Voyage en terre sainte et en Grèce de M. de Nointel, de manière à nous donner une idée de Putilité et de l'intérêt qu’aurait eus une relation aussi détaillée dans des lieux si célèbres. Qu’est devenue la suite de ce journal? J'ai questionné les catalogues et les conservateurs, mes recherches ont été vaines. Un autre sera probablement plus heureux que moi.

J'ai lu ces deux volumes. J'y cherchais des détails d’intimité et d'intérieur sur les gouts et les serviteurs de M, de Nointel, Je croyais qu'un camarade de Carrey et de Magni parlerait des dessins de l’un, des descriptions de l’autre ; mon attente a été trompée. Galland est très-réservé quand il s’agit du personnel de la maison de l’ambassadeur. Les habitudes diplomatiques et la crainte des indiscrétions lempêchèrent sans doute d'écrire tout ce qu'il voyait et entendait. Quoi qu’il en soit, 1] y a dans ce journal bien des passages curieux, d'abord sur les études de Galland lui-même, sur son gout pour les médailles, dont 11 s’occupa dès lors spécialement, sur sa prédilection pour les contes orientaux, la source de sa réputation future, sur son caractère réservé, sur les tendances de son esprit d'observation ; puis beaucoup de remarques sur l’active curiosité de M. de Nointel, s'étendant à tout, mettant à profit sa position et ne laissant échapper au-

cune occasion de voir, ici une mosquée ou un palais de

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