‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 56 sur 89 · J. CARREY, PEINTRE DE M. DE NOINTEL · texte numérisé non relu

J. CARREY, PEINTRE DE M. DE NOINTEL

orientaux qu'on lui apportait de toutes parts, depuis

qu'on connaissait ses poûts et sa générosité.

L'ambassadeur, devenant voyageur, menait avec

» une petite boete qu’on lui envoioit de Brousse dans laquelle » il y avoit cinq médailles. » (Après avoir décrit la cinquième il ajoute): « En voicy la représentation dessignée par le sieur » Rombaut Fayd’herbd de Malines, disciple de Diepenbok » pour le dessin et de Jourdans pour la peinture. » (Cette médaille, face et revers, est dessinée habilement au crayon rouge). — « Mardi le 23 may. Le sieur Fayd’herbd montra à » Son Excellence le portrait du Grand Seigneur , qu’il avoit » peint, lequel ne lui déplust pas. — Samedy 27 may. Le sieur Rombaut Fayd’herb dessina et peignit le Reiïskitab après l'avoir veu passer par les rues d’Andrinople avec toute la ressemblance que son idée avoit pu lui fournir. — Dimanche 28. Le sieur Fayd’herbd estoit allé coucher le jour précédent à Andrinople pour voir aujourdhuy le grand visir, — il craionna la veuë d’Andrinople qui est fort belle du costé de Bosnakioi.— Vendredy 16 juin. Le sieur Rhombout Faydherbd fut à Andrinople de la part de S. E. (M. de Nointel) pour voir aller le grand visir à la mosquée et le bien remarquer, afin d’en tirer le portrait. — Il le vit si bien que d’abord qu'il fut de retour à Bosnakioï il mit son portrait en couleur suivant l'idée qu'il en avoit, avec tant de succès que M. l'ambassadeur en fut fort satisfait. — Mercredy 5 juillet, Je vis ce que le mauvais temps m'avoit empêché de pouvoir voir l'année précédente, Je veux dire la tente du Grand Seigneur, posée, ornée et ameublée de la manière qu’elle doit estre pour le loger. M. l’ambassadeur eust la bonté de m’y envoier avec son premier et second secrétaire et son peintre qu'il avoit fait accompagner de son chiaoux pour nous y introduire. — Mercredy 20 septembre. Monsieur , Je quitte le style ordinaire de mon

lui deux peintres de tale it, innovation dont il avait

compris l'importance, même avant de quitter Paris.

» journal pour vous addresser particulièrement celuy que je » dois écrire dans la suite. Je me persuade qu’il sera très » digne de vostre curiosité puisqu'il doit conienir le voyage » de Scio, d’Athènes, de Naxis. — M. l'ambassadeur s’ein- » barqua sur les cinq heures du soir dans le port de Thera- » pla qui estoit proche de son serrail, sur une galiote à seize » paires de rames armée de six perriers, qu'il avoit prise à » louage, à cent cinquante écus par mois, avec suite de qua- » rante cinq à cinquante personnes. »

Mon commentaire sur ces extraits sera d'autant plus court qu'il se trouve fait d'avance dans diverses parties de cet ouvrage, Les trois premières citations montrent M. de Nointel en rapport avec les missionnaires, le patriarche et quelques habitants d'Athènes, avant son voyage en Grèce, les questionnant sur l’état des monuments de cette ville, et encourageant leurs investigations par sa curiosité. Les cinq citations suivantes nous donnent le nom du peintre flamand que M. de Nointel attacha à sa personne, qui entreprit le voyage de terresainte et de Grèce avec lui, et qui mourut en route; ses maitres peuvent faire préjuger la nature de son talent; le dessin de la médaille tracé sur une des pages du journal de Galland montre la facilité et l’habileté de sa main, qui a de l’analogie avec la manière de J. Carrey. Nous savons qu'il dessinait également le portrait et le paysage. La citation du 5 juillet prouve que M. de Nointel avait en outre son peintre, c’est-à-dire Jacques Carrey; enfin, la dernière citation est le début de la relation du voyage. Elle commence avec le jour du départ, le 20 septembre 1673, et malheureusement elle s’interrompt dix Jours après. Selon Galland, M. de Nointel s’embarqua sur une galiote; M. d'Otières, dans une dépêche adressée à M. Girardin, et les sieurs de Combes, officiers du génie, dans un

1673. R. FAIDHERBDE, AUTRE PEINTRE DE M. DE NOINTEL. 111 IL avait prié le grand peintre du temps, Charles le Brun, de lui indiquer un artiste assez habile pour dessiner à la fois l'architecture, la figure, les animaux et le paysage, assez jeune pour supporter les fatigues du voyage, assez indépendant pour quitter Paris et s’absenter quelque temps. C'était assez difficile à trouver. Cependant le Brun lui désigna, parmi ses él ves, un jeune homme qui pouvait convenir à ses projets et qui consentait à partir pour l'Orient. Jacques Carrey, de Troyes en Champagne, dont je parlerai plus loin ”, était donc l'un de ses peintres, l'autre entra à son service pendant son

séjour à Andrinople, c'était Rombaut Faidherbde”?,

mémoire adressé au ministre de la marine (Archives du dépôt de la marine), disent qu’il montoit un londre, qui est une espèce de brigantin. L’ambassadeur écrit au roi qu’il monte une frégate. Se faisait-il illusion ? je l’ignore; se trompait-il sur la valeur des termes? c’est probable et cela importe peu.

! Sur Jacques Carrey et l’orthographe de son nom, voyez d’autres détails, page 146.

? Sandrart cite Lucas Fajdherbe, de Malines (il écrit ainsi son nom), parmi les bons élèves de Rubens; il nous apprend qu’il abandonna la peinture pour se faire sculpteur et s’acquit dans cet art une véritable réputation. (Acad. nob. artis pictoriæ. Noribergæ, folio, 1683.) Rombaut, le peintre de M. de Nointel, était-il son frère? Ce jeune homme de talent voyageait, comme dit Cornelio Magni, pour se perfectionner, et il est resté ignoré, en mourant à la fleur de l’âge, loin de son pays. Je ne puis rien affirmer, le journal de Galland, auquel je renvoie, étant le seul document que je puisse invoquer pour faire la biographie de Rombaut Faydherbde.

de Malines, élève d'Abraham Diepenbeck et de Jordaens, homme habile à saisir la ressemblance, soit que son modèle post, soit qu'il ne fit que passer devant lui. Il composait également de souvenir les scènes de mœurs et les cérémonies publiques, faculté rare et précieuse en Orient, où les musulmans voient de mauvais œil, et comme de mauvais augure, le travail d'un peintre, qui tient pour eux de la sorcellerie.

Avant de partir’, l'ambassadeur annonce son voyage au roi, et charge son secrétaire De la Croix de le faire agréer en bonne part, en même temps qu'il remettra à Sa Majesté l'original des capitulations renouvelées : « J'en ay chargé Delacroix, mon » second secrétaire, à cause de sa fidélité, ne croyant » pas la pouvoir mieux recognoitre qu’en luy pro- » curant l'avantage de se présenter devant V. M. » Et plus loin, dans la même dépêche, il s'exprime ainsi : « Je lui demande la grâce de ne pas trouver » mauvais le voyage que je vais faire du consente- » ment du Visier à Smyrne, Chio et quelques au- » tres isles de l'Archipel, puisque j'ay déjà pourvu » à préserver les marchans d’estre inquiétés pendant

» mon absence.

‘ Il se fit précéder dans les échelles du Levant par l'envoi des capitulations renouvelées. On en trouve les doubles dans la correspondance ministérielle : dépêche datée de Chios, 17 octobre 1673.

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