INSTRUCTION POUR L'ACHAT DES MANUSCRITS
«Il y a à Constantinople et aux lieux voisins plusieurs » manuscrits grecs, ou entre les mains des Turcs, qui les
ont pris sur les chrestiens, ou chez les Grecs, particuliè-
rement les moines ou les prestres et leurs héritiers et les uns et les autres sont souvent à vendre. L'on ne peut manquer d’achepter tous les vieux en parchemin et en papier, soit de soye ou enduit de quelque matière, pourveu que ce ne soient pas des livres de prières, de chant et d'usage > ordinaire dans les églises.
» Si M. de Nointel prenoit ce soin, il pourroit envoyer de > temps en temps plusieurs manuscrits en France, le public » y trouveroit un très grand avantage, parce que les hommes » de lettres enrichiroient par l'édition de plusieurs belles » pièces non imprimées, chacun la science de sa profession , » et ce seroit orner nostre France des despouilles de l'Orient, » M. de la Haye, il y a quelques années, envoya, en deux » fois, plus de cent manuscrits en cette langue , parmy les- » quels il y en a trois qui n’ont point de prix et plusieurs » très considérables. »
Depuis lors, tous nos ambassadeurs à Constantinople recevaient des instructions de ce genre. Lorsque M. Girardin, en 1685, partit pour succéder à M. deGuillerargues, M. de Louvois lui ordonna de l’informer des manuscrits curieux et des statues antiques qu'il pourrait découvrir. Il ajoute, dans sa lettre, qu'il trouveroit a Constantinople un nommé Galand qui estoit chargé de faire ces recherches. (Journal de M. Girardin, aoust 1685.) Le nouvel ambassadeur prit au sérieux cette recommandation (l'influence de M. de Nointel était encore debout à Terapia), et il inséra, dans ses instructions aux dif-
férents consuls du Levant, un article dans cette intention. Il
deux peintres à la représentation des plantes, arbres, fruits, fleurs, ports de mer, montagnes, villes, isles, point de vues des plus beaux, habillements de chaque lieu, dont j'ay voulu prendre aussy les originaux !, aussy bien que les animaux, plantes et fruits, médailles et marbres que j'ay pu rencontrer les plus remarquables. Quant aux plus belles personnes, qui ne sont pas en grand nombre, il m'a fallu contenter de leurs portraicts. C'est ce que j'ay fait jusqu à présent, mais trouvant que mon dessein ne serait pas assez étendu s’il se renfermoit seulement dans les isles de Mételin, Scio, Micone, Naxis et autres de l'Archi-
pel, la tentation m'a pris et j'y ai succombé, de
en donne avis au ministre dans une lettre du mois d’août 1685:
Je luy manday (au consul de Chypre) qu'ayant appris qu’il se trouvoit dans ces quartiers d'anciennes médailles fort belles et des manuscrits curieux , que Je le priois de me donner avis et de m'envoyer des mémoires de ce qu’il découvriroit, afin que je pusse en écrire au roy qui m'avoit chargé d’en faire la recherche pour son cabinet et sa bibliothèque, qu’il ne manquât pas aussy de m’avertir si dans les anciennes ruines et vieux édifices il se trouvoit encore quelques statues antiques , afin que Je les fisse examiner et que J'obtinsse de la Porte les ordres nécessaires pour les faire
transporter en France. » (T. [, p. 256 de la correspondance
de M. Girardin, Département des manuscrits de la Biblio-
thèque Impériale.)
1 Cornelio Magni trahit , dans la formation de cette collec-
tion, un projet assez puéril, J'en parlerai plus loin.