‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 62 sur 89 · J. CARREY DESSINE LE PARTHÉNON · texte numérisé non relu

J. CARREY DESSINE LE PARTHÉNON

tel, qui, après avoir vu Athènes en détail et fait une excursion intéressante dans les environs, trouva le travail achevé ', Et cependant, cette opération se composait de deux frontons occupés par vingt-sept figures, de quatre-vingt-douze métopes et de plus de trois cents pieds de frise. Il fallait travailler sans le secours d'un échafaud, c’est-à-dire ajouter, à la fatigue des yeux, la lassitude d’une attitude forcée. I! faillit s'y crever les yeux, nous raconte Spon, qui passa par Athènes l’année suivante, et vit ces dessins à Constantinople dans les mains de M. de Nointel. L'entreprise, comme on voit, était si grande, si nouvelle, qu'elle subissait déjà, comme une légende orientale , l'influence de l’exagération.

On a dit, de nos jours, que ces esquisses étaient trèsimparfaites et sous le rapport du style et de l'expression tout à fait insignifiantes *. J'admets ces criti-

! J’estime, comme on le voit, qu’il mit de vingt à vingt-trois Jours à son travail. Spon varie entre deux mois et quinze jours, Galland compte quinze jours. M. le marquis de Nointel, dit Spon, fit tout dessigner lorsqu'il passa à Athènes; son peintre y travailla deux mois et faillit à s’y crever les yeux, parce qu'il falloit tout tirer de bas en haut, sans échafaut. (T. IT, p. 148.) Il avait écrit dans le premier volume : Z/ demeura quinze jours à copier seulement les bas reliefs et la façade du temple de Minerve à Athènes. (T. I, p. 263.) Wheler copie Spon, comme à son ordinaire, page 362. Galland s’exprime ainsi : Pendant quinze jours qu’un peintre y resta par ses ordres pour dessiner les bas reliefs qui y sont.

? Je cite la critique de M, Brônstedt, c’est la plus bien

ques quand je compare, commodément assis dans la galerie de l'Ecole des beaux-arts, les dessins de Carrey avec les plâtres pris sur les originaux, mais sous ce rapport l'élève de le Brun méritera le blâme en bonne compagnie, car je ne connais pas aujourd’hui beaucoup d'artistes capables de s'acquitter d’une pareille tâche selon toutes les conditions de l'art. Juger ainsi l'œuvre de J. Carrey n’est pas conforme à la justice. Il faut se transporter en idée à Athènes et au xXvii siècle. Pour mon compte, je me rappelle avec quelles difficultés j'ai dessiné la petite partie de la frise qui est restée en place. Faute de recul possible, et les entourages du temple n'étaient pas dégagés au temps de Carrey comme ils le sont de nos jours, on voit les bas-reliefs de Phidias d’un angle tellement aigu que le raccourci forcé fausse les mouvements et change le caractère des têtes. Le peintre de M. de Nointel était pressé et par le temps et par la crainte d’indisposer la population et son aga , il allait vite, et cependant, quand on examine ses dessins, sous le rapport de l'exactitude et du mouvement bien senti, deux conditions essentielles, on ne peut s'empêcher de les admirer à part même les difficultés du travail , et la reconnaissance du service qu'il nous a rendu. Service immense, si l’on veillante, Ayant construit tout son second volume des recherches en Grèce sur ces dessins, l’ingénieux Danois ne voulait pas les déprécier. (Voyages, t. II, p. 166, en note.)

1674. DESSIN DU PARTHÉNON PAR SPON.' 131 considère que beaucoup de ces bas-reliefs et statues sont perdus à tout Jamais ou dispersés en fragments qu'on ne saurait rapprocher sans le secours de ses indications; si l’on considère surtout que ce n’est pas l'artiste, mais l'archéologue qui les interroge. Du reste, Ce service sera mieux apprécié quand on aura sous les yeux, en regard des dessins de J. Carrey, ceux quon donnait en même temps au public.

Voici le fronton occidental du Parthénon tel que

l'a dessiné Spon ‘.

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Le voici tel que l'a reproduit Wheler?, et d’après

1 Voyages de Spon, t. II, p. 143. Cette copie de la gravure de Spon est faite trait pour trait avec la plus grande exactitude.

? Voyages de Wheler, p. 360. Dans cette gravure (voyez sur la page suivante) les dieux de Olympe jouent à ce jeu que les enfants nomment le saut-de-mouton, Il faut, pour y croire, le voir de ses propres yeux, et c’est pourquoi Je donne cette reproduction , fidèle jusqu’au moindre trait.

lui, toujours en ajoutant davantage au ridicule

; À] À 6 ; Cornelio Magni ‘ et les autres.

Le voilà enfin tel que le donne l'ingénieur qui

accompagnait en 1685 M. d'Ottières ?.

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1 Dans la reproduction donnée par Cornelio Magni, le

char de la Victoire sans ailes est trainé par un seul animal qui a les formes d’une souris. Les métopes sont remplacées | par des guirlandes. (T. II, p. 498, lettera sesta.) 2 Ce dessin se trouve dans un volume du Cabinet des Mss de la Bibliothèque Impériale, suppl, français, n° 19. La copie que Je publie est réduite au tiers. J’en parle plus loin en citant cette tournée d’inspection des échelles du Levant.

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