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RÉSULTATS DU VOYAGE DE M. DE NOINTEL

Ce sont là les seuls renseignements que nous aurions sur cette grande page déchirée par les Vénitiens quelques années plus tard, si les dessins de M. de Nointel ne se fussent pas retrouvés. De pareilles bouffonneries ne sont plus des éléments d’études; elles forment comme le piédestal du monument de reconnaissance que nous devons à la

mémoire de Jacques Carrey.

En retournant à Constantinople, M. de Nointel passa par Chios, où ses gens eurent une rixe assez fâ-

cheuse avec quelques habitants de l’île !. De la Croix, son secrétaire, qui, comme nous l'avons vu, avait été chargé de porter en France les capitulations renouvelées, le rejoignit ici. Le 21 février, l'ambassadeur rentra dans la capitale de l'empire ottoman. Là, après avoir mis à jour les affaires et correspondances, il s'occupa de rédiger, sous forme de mémoires, ce quil avait vu dans son voyage, et de faire mettre au net, ou en couleur, les croquis que ses peintres avaient faits sur place. La dépêche suivante ? rend compte de ces occupations : « Les continuelles dé- » pesches auxquelles j'ay esté obligé depuis mon retour, soit pour vous ou pour la Porte et aux eschelles, m'ont empesché jusqu'à présent de démesler et mettre en ordre un grand nombre de mémoires que j ay tirés des différents endroits où 1 Dépêche de Smyrne, 18 janvier 1675.

? Elle est datée de Constantinople, le 6 juin 1675.

Jay passé, et qui doivent encore être confirmés et plus estendus par d’autres que j'attends; il ne m'a pas aussi esté possible, de la quantité de desseins que Jay, d'en faire exécuter plus de huict, qui sont des représentations du sépulchre d’Absalon et de son paysage, d'une cascade admirable dans le fond du Liban sous Canobin, d'une grotte qui en est proche , de la lanterne de Démosthènes à Athènes, des eaux de Damas, de la rivière du Jourdain, d’un nain d’une figure extraordinaire que je rencontray à Antab et d’un dervisch que je vis à Gaza. Ces tableaux n'estant pas encore bien achevés et leurs toiles estant fort plicées, je n'ose pas prendre la liberté de les envoyer, me réservant pour d'autres qui, représentant les mêmes choses, n'auront pas les mesmes deffauts; un fort grand, dont la mesure a esté prise sur un endroit de la salle du palais de France, est commencé, et il représentera mon audience du visier lors du renouvellement des capitulations, dont les principaux visages seront au naturel et où l'on tasche de renfermer ce qu'il y avoit de principal dans cette cérémonie ; il y en a un de crayonné qui est de mesme grandeur, où l’on voit le saint sépulchre, la moitié des galleries qui l'environnent, les spectateurs qui y sont placés et le spectacle du feu saint qui se joue en bas par les Grecs, dont la

variété et multiplicité des figures, et la singularité

1675. RÉSULTATS DU VOYAGE DE M. DE NOINTEL. 135 de l’action universelle qui s'y distingue peut donner quelque satisfaction !.

» Ce qui retarde, monsieur, la continuation de ces peintures, c’est la visée d'en perfectionner quelques-unes davantage, ce qui m'a obligé d’envoyer mes deux * peintres à Andrinople pour

observer le visier et les autres grands de la Porte,

mesme le Grand-Seigsneur et son fils, et estre aussy

témoings des réjouissances publiques qui s’y feront pour la circoncision et le mariage, je me persuade qu'ils s'en acquitteront bien, car leur ayant confié les desseins que j'ay déjà de Sa Hautesse, de son premier ministre et du prince qui ont esté faits par un peintre, mort à Naxis, dont le coloris ne valoit rien : je me promets qu'ils s'en aideront considérablement et qu'ils en rapporteront des portraits parfaits; ils scavent bien mesler les couleurs, et ils ont le génie et l'exécution très-bon ; la matière, outre celle déjà marquée, ne leur manquera pas, par les sorties du Grand-Seisneur, la cavalcade de son fils et le campement, et quand

ils seront de retour icy, j'auray le moyen de leur

? On verra , page 144, que ces tableaux décorèrent plus tard son château de Bercy. M. de Nointel, les considérant comme sa propriété, les aura rapportés en France sur le refus du roi de les payer.

? On voit par là que M. de Nointel avait déjà remplacé le peintre qui mourut à Naxos.

» fournir des habillemens des principaux officiers et

» de tous ceux qui sont remarquables par leur variété

» et singularité. Les plus beaux points de vue du

» monde nous environnent encore de tous côtés,

» ainsv voilà une abondance qui demande beau-

» coup de temps pour estre épuisée. Les frais, mon-

| » sieur, n en sont aussy que trop grands pour moy,

» puisque ces deux peintres, pour leurs gages s Mme

» reviennent à 500 escus par an, et que leur nour-

» riture avec les toiles et couleurs reviendra encore

» à autant, ce qui me donne l'espérance que Sa

» Majesté aura la bonté d'y faire une réflexion effi-

» CaCce à mon soulagement. »

M. de Nointel, livré ainsi aux arts et aux lettres,

n'abandonnait rien de sa dignité d'ambassadeur. La

résistance qu'il opposa aux empiétements du vizir

et la fermeté dont il fit preuve dans cette lutte in-

égale ! seraient remarquables à toute époque, elles

eurent alors un grand retentissement.

1 Je ne puis mieux faire comprendre le caractère de cette

lutte qu’en citant M. de Nointel lui-même. L’accuser de

petitesse d'esprit, lorsqu'il insiste sur l'observation rigoureuse

. Sr. + Q , e de petitesses d'étiquette , ce serait montrer quon 1gn0ore

l'importance du cérémonial chez les Orientaux, Le passage

suivant des instructions données, au nom du roi, à M. Girar-

din, qui succédait en 1685 à M. de Guilleragues, le succes-

seur même de M, de Nointel à l'ambassade de Constantinople,

donne mieux que Je ne pourrais le faire une idée exacte de

cette importance : « L’ambassadeur doit sur toutes choses se

» maintenir dans la possession dans laquelle ledit sieur de

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