POSITION DIFFICILE DE M. DE NOINTEL
ar malheur la position particulière de M. de
Nointel n’était plus en rapport avec les prétentions PI P
» Guilleragues s’est restabli, d’avoir son siége ou tabouret sur l’estrade ou sopha du grand visir, et comme ce premier ministre n’a consenti à rendre cet honneur à l’ambassadeur du roy que par la juste appréhension qu'il a eue d’irriter la puissance de Sa Majesté, qu’il sçait bien pouvoir porter toute seule plus de dommage à l'empire ottoman que toutes les forces de l’Europe jointes ensemble, il ya bien de l’apparence que cette mesme raison subsistant toujours et augmentant même de jour à autre par les soins infatigables de Sa Majesté à tout ce qui est de sa gloire et de l’agrandissement de son empire, il ne rencontrera pas de difficultés à obtenir ce mesme traitement. »
Galland connaissait le caractère des Turcs, qu’il pratiquait journellement, et dont il parlait la langue. Loin de blâmer M. de Nointel, il approuve sa conduite et vante sa fermeté. Voici une des dépèches de notre ambassadeur datée de Constantinople, le 5 mai 1677:
« Sire,
» Le nouveau visir, Moustafa Pacha, ayant accordé de me » donner son audience, je me suis rendu à son palais avec » la pompe ordinaire, où estant monté dans une petitte » chambre pour attendre son retour du grand sérail où il > tenoit divan, J’eus lieu d’exercer ma patience. Estant re- » monté à cheval, affin de passer dans la seconde cour et y » mettre pied à terre au degré, je suis monté à l'appartement » du visir, et pour y arriver, passant dans des galeries assez » étroites, Je repoussay des Turcs qui sembloient ne me pas » connoistre ou avoir trop d’empressement à entrer dans la > chambre d’audience; et je les escartay d’une facon à les
» faire tomber si la muraille ne les eust retenu, ce qu'ils
par son amour du faste, qu'il considérait d’ailleurs
LE] CE dl . + A ’ qu il manilestait comme ambassadeur. Entraîné
receurent comme ils le devoient avec une très grande patience, et parce que Mauro-Cordato vouloit en quelque facon modérer mon juste ressentiment, je l’arrestay par le bras et le fis aussi reculer, et j'entray de ceste manière dans le lieu destiné à me recevoir ; un tabouret m'y estant présenté au bas de l’estrade, qui me donna à juger que celuy du visir, lorsqu'il arriveroit, se mettant sur son extrémité, on me réduiroit à lui parler dans une situation si inesgalle et qui est contre usage, je crus debvoir prévenir ce nouvel affront et ne pas réserver à m'en défendre contre ce ministre en personne. Par ce motif, tout aussi tost que je fus dans ceste chambre, je montay sur le sofa, je pris le tabouret qui m’estoit préparé des mains de trois hommes qui le tenoient, ils me le quittèrent fort humblement estonnez de la juste indignation qui ne laissoit pas, quoique je fusse entièrement maistre de moy mesme, de paroistre sur mon visage. On vint en mesme temps me prier de descendre , afin de me tenir en bas, plusieurs offices s’interposèrent à ce sujet, mais inutilement ; car demeurant sur mon siége lorsque celuy du visir avoit esté reculé crainte que Je ne le prisse , Je respondis d’un ton de voix ferme et assez eslevé à estre entendu du visir mesme que je scavois ma place, que plustost de la quitter je perdrois la vie, et que, si le visir persistoit à me la disputer, Je me retirerois sans audience. Mon droguemant me sollicitant d’acquiescer, je luy répliquay , je vous commande partout, mesme icy, de ne me pas proposer une si insigne bassesse que le deffunct visir n’a Jamais exigé et à laquelle jamais je ne consentiray. La réthorique de Mauro-Cordato fut aussi très inutile; cependant le vizir, qui m’avoit fait attendre, attendoit à
son tour dans l'espérence de me fleschir, estant tout prest à