RÉSULTATS DE L'AMBASSADE DE M. DE NOINTEL
de monuments et d'objets d'art, collections de costumes et d'ustensiles curieux à l'usage des populations, dessins nombreux de tout ce qui frappait l'attention, en monuments, plantes, animaux, physionomies nationales, mœurs et usages; on fit enfin des notes, et on demanda des mémoires aux agents français.
A partir des premières années du xvu° siècle, la Grèce et ses colonies étaient redevenues ce qu'elles avaient été sous les Romains, une vaste carrière d'objets d'art exploitée par chacun. Les Anplais, comme je l'ai exposé plus haut en détail, s'étaient déjà approprié les plus curieux morceaux de sculpture. Quelque opinion qu'on professe pour ces procédés, il est incontestable qu'enlever les monuments au lieu de les dessiner était un mode d'investigation admis et avoué !. M. de Nointel, dans son ardeur, eût été capable d'inventer le procédé; il en usa lar-
France (c’est de M. de Nointel dont il s’agit) les auroit néant-
; moins fait ouvrir si les scrupuleux l'eussent voulu permettre. (T. IE, p. 120, Wheler, p. 364.)
1 Arrivés à l’/sola Micone (c’est-à-dire à Délos, sa voisine), ils trouvèrent une statue colossale toute mutilée: « Questa la » credemmo il simulacro d’Apollo Nume Tutelare ; 11 capo » intieramente manca, esportato, per quanto dicesi, da certi
» Jetterati inglesi, non so, se dal conte di Arandel che fece
» per tutto lArcipelago di molti marini lPacquisto, come pud » raccogliersi dal libro da esso palesato, intitolato Marmora » Arundeliana. » (Cornelio Magni, t. If, p. 107).
gement. Il dit lui-même dans une de ses dépêches qu'il avait quatre manœuvres qui détachaient des bas -reliefs les parties les mieux conservées, qui dégrossissaient les fragments pour alléger leur poids, qui faisaient enfin avec ordre et précaution ce que d'ordinaire l’étrangeté de semblables procédés ne permet pas de faire. À Paros, il choisit, parmi les objets d'art, ce qu'il y avait de mieux et de plus transportable , et, quoiqu'il ne soit pas dit dans sa correspondance qu'il eût rapporté quelque chose d'Athènes, nous savons par différentes relations * qu'il
a encore trouvé là à glaner après tant d’autres FA
lu Caminando per la città osserv il signor ambasciatore
» molti marini dispositi in varie parti, scarpellati con esqui- » sita maestria, rappresentati varie cose, molti ne fece levare, » e condurre alla sua barca, quelli particolarmente, che erano
» di facile esportazione. » (Cornelio Magni, t. IE, p. 131.)
? On Jit dans une lettre de Galland, qui faisait partie de l'expédition scientifique de M. de Nointel : Z{ y a une inscriplion à Constantinople que M. de Nointel a fait transporter d'Athènes (p. 224, de la réponse à la critique.)
* « Mancano quasi a tutte queste le teste (aux métopes du » Parthénon) mentre, chi non hà potuto esportare i corpi » intieri, si e contentato di esse, per trasmetterle poi ad or-
» pare le galerie, e gabinetti de signori Grandi, e curiosi
» letterati in Roma per l’Italia, Francia, Espagna, Germania, ».e rimanente dell Europa, t. IE, p. 484. »
Bien que cette observation se trouve dans une lettre datée de 1674, il ne faut pas oublier que l’auteur ne mit son ouvrage sous presse qu'en 1691, et qu’il se pourrait bien qu’elle füt écrite sous l'impression des spoliations vénitiennes, à la
1685. LES MARBRES DE M. DE NOINTEL. 157 ayant un talent particulier , et des moyens à lui,
pour endormir la surveillance si jalouse des Turcs *.
suite du siége d’Athènes en 1688. Cependant on a vu plus haut (page 149 en note), dans la biographie de Carrey, un détail que Grosley tenait du neveu de ce peintre, et qui prouve qu'après l'ambassadeur les personnes de sa suite glanaient à qui mieux mieux.
1 Spon avait remarqué quelques sculptures dans le château des Sept-Tours, il les décrit dans son ouvrage et ajoute : « Monsieur le marquis de Nointel, ambassadeur de France à
» la Porte, qui est extrêmement curieux, pourra un jour faire » dessigner ces reliefs. Il nous fit voir chez lui plus de curio- » sités que nous n’en aurions vu dans tout le reste de Constan-
» tinople. Nous y vimes environ trente marbres ou inscrip- » tions antiques qu'il a apportées d'Athènes ou de Archipel. » (T. I, p. 263, 1re édit.; t. I, p. 156 de l’édit. de 1724.)
? Un beau jour, du mois de juillet 1846, on apprit à Paris,
avec un étonnement mêlé de quelque gaieté, que M. Ch. Lenormant venait de découvrir une tête de Phidias dans les caves de Ja Bibliothèque Royale. Quelle chance ont ces conservateurs, se dirent les lecteurs, de trouver, sans les chercher, de si belles sculptures dans une bibliothèque où on cherche si longtemps, sans les trouver, les livres que nous demandons! Sans alléger en rien le pavé qu’il lancçait à la tête de ses prédécesseurs, M. Lenormant lut à l’Académie, le 31 juillet, une note dans laquelle, en annonçant sa découverte, il établissait avec sa sagacité ordinaire que cette tête, rapportée de Grèce par M. de Nointel, appartenait à la figure à laquelle j'ai donné le n° 12 dans le dessin de Carrey. M. Letronne avait été administrateur de la Bibliothèque Royale pendant bien des années, néanmoins il annonça la découverte du conservateur des médailles, sans rancune, et sans se croire obligé d’expliquer où d’excuser ce nouveau mode
D'Ansse de Villoison disait, en 1787, à
mie, en lui donnant quelques détails sur son propre
voyage :
de conservation appliqué par lui-même aux chefs-d’œuvre antiques. Une tête en marbre sculptée par Phidias enfouie, pendant quelque cinquante ans, dans la cave d’un établissement public, qui possède un cabinet des antiques et un musée de sculpture , cela lui paraïssait-1l bien régulier? Voici quelques lignes de la note insérée par lui dans la Revue archéologique du 15 août 1846 : « En déblayant une cave de Ja » Bibliothèque Royale, on a trouvé, au milieu de débris de » peu de valeur, une tête colossale de femme ayant de hau- » teur 0",26 ; de largeur 0",17. Le nez est cassé , et Ja cassure » régulière, ainsi que le trou pratiqué au milieu pour rece- » voir un tenon, annoncent qu'on a eu, à une époque quelconque, l'intention de le restaurer. L'un des conservateurs du cabinet des antiques, M. Ch. Lenormant , dont on connait le goût et l’œil exercé, frappé du style grandiose de cette tête en marbre pentélique, n’a pas hésité à y reconnaître la plus grande analogie avec ce qui reste des sculptures du tympan du Parthénon. — Il paraît qu’à cette heure toute tradition est perdue sur l’époque où cette tête a pu entrer au cabinet des antiques. Cependant il est possible que des recherches ultérieures fassent connaître par quelle route ce précieux débris à passé pour arriver d’Athènes à Paris. Mais, en attendant, l'origine attique ne nous semble pas douteuse. C’est une découverte qui fera beaucoup d'honneur à la sagacité de M. Lenormant. » Le mois suivant, M. Letronne publiait encore, dans la méme revue, une lettre adressée à M. Lenormant sur cette tête de Phidias et sur la coilection de M. de Nointel dont elle faisait jadis partie. Je regrette de ne pas rencontrer dans ce mémoire Ja
clarté, premier et habituel mérite des travaux de M, Le-