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LES MARBRES DE M. DE NOINTEL

« M. de Nointel, ambassadeur de France à la

» Porte, voyageoit toujours dans le Levant avec

» deux dessinateurs et avec deux ouvriers munis

tronne : « On n’apercoit qu’une seule occasion, dit-il, qui » puisse historiquement expliquer le transport à Paris de ce » fragment du Parthénon. C’est le retour de M. de Nointel, » qui fut ambassadeur à Constantinople entre 1670 et 1679. » A une difficulté qui surgissait de l'attribution de cette tête à une figure représentée dans le dessin de Carrey avec sa tête sur les épaules, M. Letronne répondit ainsi : « Sur le dessin » de Carrey qui représente le fronton occidental, la figure à laquelle, d’après vos rapprochements, a dû appartenir la tête en question est intacte, du moins cette tête y est-elle en place. Mais il serait possible que ce fût une restauration de Carrey et que la tête fût alors tombée, gisant au pied de la figure, sur la saillie même du fronton. Dans cette chute de quelques pieds, la tête tombée sur le nez n’a perdu que cette partie saillante; car tout le reste, même les lèvres et le menton, est presque intact. Carrey ne devait avoir aucun doute sur la figure à laquelle la tête avait appartenu , il put sans erreur la remettre en place dans son dessin. Quant à la tête elle-même , il la descendit et elle fit partie de cette belle collection d’antiquités attiques que Nointel rapporta de son ambassade. Voilà donc par quelle voie la tête de Phidias a dû parvenir à Paris. » C’està-dire que voilà des hypothèses entassées sur des hypothèses, et les treize pages suivantes, qui devaient démontrer comment cette tête était entrée si secrètement a la Bibliothèque Royale, ne démontrent rien du tout et ne prouvent pas plus son existence dans la collection de M. de Nointel que son passage de cette collection dans la Bibliothèque.

En cherchant à m'expliquer, à mon tour, comment ce beau

marbre a pu sortir de la Grèce pour entrer dans la Bibliothèque

s les instruments nécessaires pour arracher » les inscriptions et les bas-reliefs des endroits où

» ils avoient été encastrés. C'est ainsi que, con]join-

de la rue de Richelieu, je trouve une voie qui me semble autorisée par quelques probabilités. Ce serait de reporter l’enlevement de ce buste après le départ d'Athènes et en conformité des ordres laissés à ses agents par M. de Nointel, c’est-à-dire après que Carrey eut terminé ses dessins. On rappellerait cette phrase de Spon : À la qauche de Jupiler sont cinq ou six fiqures dont quelques-unes ont perdu leurs têtes. (FT. WE, p. 146.) Mais comme Spon vit à Constantinople la collection de marbres de l'ambassadeur de France, et ne parle pas de ce beau morceau de sculpture, on supposera que M. de Nointel le lui aura caché dans la prévision des difficultés qui pouvaient naitre de l'enlèvement arbitraire, de la possession illésale et du transport non autorisé hors de la Turquie d'un fragment aussi précieux. M. de Nointel revient en France. Sa gêne pécuniaire explique le passage de cette tête antique dans quelque cabinet ignoré, à la suite des ventes à l'amiable et presque mystérieuses que l’ex-ambassadeur aux abois était obligé de faire, ventes dans lesquelles se fondirent et disparurent toutes ses collections. Devenue, depuis lors, un ornement de salon, en dehors du petit monde des archéologues, elle a pu rester totalement ignorée Jusqu'au moment où les spoliations de 1793 Pauront fait entrer à la Bibliothèque nationale avec tant d'autres magnifiques propriétés des émigrés et des victimes de l’échafaud révolutionnaire. Cette explication sauve l’invraisemblance de la présence de ce beau marbre dans la collection de Thévenot, sans que Baudelot lait mentionné spécialement dans son legs fait à l'Académie, linvraisemblance aussi de son exposition dans les salles de

l’Académie, pendant 70 ans, sans que cette foule d'amateurs

et d’archéologues de premier ordre, parmi lesquels il suffira

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