‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 69 sur 89 · COLLECTION DE DESSINS DE M. DE NOINTEL · texte numérisé non relu

COLLECTION DE DESSINS DE M. DE NOINTEL

* eussent pu avoir ce crédit dans un pays si ennemi » de la peinture; mais il avoit toujours deux janis- » saires à côté de son peintre lorsqu'il tiroit quel-

» que chose". » Tous ces dessins, au moins pres-

que tous, étaient de la main de Jacques Carrey *.

1 Spon, t. I, p. 263; Wheler répète la même chose, pon, | Î

2 Voici ce qui nous reste de ces précieux dessins : CABINET DES ESTAMPES DE LA BIBLIOTHÈQUE IMPÉRIALE.

Un volume in-folio, relié en maroquin rouge, sous l’'Empire , en 1811, marqué de l’ancien n° 616 et des marques nouvelles Fe 3 réserve, On lit sur la feuille de garde une notice écourtée sur Jacques Carrey. Elle est intitulée: Notice sur l'auteur de ces dessins précieux dont le nom étoit resté ignoré jusqu'à présent (année 1811). Grosley, qui publiait alors ses Troyens célèbres, a dü fournir ces renseignements, au moment méme où Quatremère de Quincy faisait comprendre tout le prix de ces dessins. Le savant académicien n’en connaissait pas l’auteur, il hésite sil ne les attribuera pas à M. de Nointel lui-même. En effet, 1l s'exprime ainsi en parlant du fronton : « C’est ainsi que nous l’a représenté M. de Nointel, » ou son dessinateur, en 1674, » Il nous apprend que cet albuin avait eu déjà ses vicissitudes dans la Bibliothèque du roi: « Le recueil de ces dessins étoit resté très longtemps non pas » perdu mais égaré, ou du moins oublié et inconnu dans le » cabinet des estampes derrière un rayon de volumes qu’on » visitoit fort peu. Un hasard le fit retrouver dans les der- » nières années du xvin* siècle. » C’est en 1797 qu'on fit cette découverte, mais c’est après le travail de M. Quatremère qu'on en comprit la valeur, et c’est alors qu'on donna, au recueil, cette belle reliure qui a détruit l'ancienne. Carrey

dessinait dans un album de 49 centimètres de longueur sur

Il n'entrait pas dans les habitudes du temps d'é-

crire soi-même la relation de ses voyages. Les gens

33 de hauteur. Ses vues prenaient tout une feuille, mais ses dessins de la frise occupaient la moitié de la hauteur et toute la longueur. Quant aux métopes, il en faisait entrer huit sur chaque feuillet, c’est-à-dire deux rangées de quatre métopes. On a conservé aux vues leurs dimensions, mais les sculptures ont été coupées par bandes collées sur papier et entourées de filets noirs. L'ordre des feuilles de l'album, c’est-à-dire l'ordre primitif, n’a pas été maintenu.

En tête du volume, après la feuille de garde sur laquelle est écrite la notice sur Jacques Carrey, se trouve une ancienne note explicative des dessins, Je vais la reproduire en copiant d'abord l'observation suivante écrite en marge : « Du cabinet

de M. Begon, intendant de la généralité de la Rochelle et

de la marine de Ponant à Rochefort, 1698. Voici la note :

Desseins au crayon rouge et terre de plomb, de figures et

bas-reliefs du temple de Minerve d’Athènes tirés par les

soins de M. de Nointel dans le temps que ce temple, ren- » versé depuis par une bombe des Vénitiens, estoit encore dans son entier. Feuille n° 1. Deux pièces en deux feuilles représentant dix-neuf figures posées sur la corniche du > frontispice antérieur du temple, les unes debout et les > autres assises ou demi-couchées avec un char tiré par deux chevaux. Feuille n° 2. Deux autres pièces en deux feuilles représentant sept figures posées sur la corniche du frontispice postérieur avec des testes de chevaux. Ce frontispice avoit un plus grand nombre de figures, mais ce frontispice

a esté plus maltraité du temps que le premier et les autres

figures qui s’en sont ressenties ne subsistent plus. »

Je n'arrête ici, la suite de cette notice n'étant plus que la description des dessins reproduits exactement dans mon ouvrage sur le Parthénon. Je remarquerai senlement que la

du monde et les grands fonctionnaires se conten-

taient de dicter à leurs secrétaires, ou bien ils leur

fenille n° 8 est ainsi décrite : Trois pièces du tombeau de Socrate. C'est-à-dire trois figures en bas-relief de l'horloge hydraulique d’Andronicos qu'on appelle vulgairement la tour des Vents, et qui était nommé le tombeau de Socrate par les capucins d'Athènes et tous les voyageurs. Cette observation semblerait indiquer que cette description des dessins de Carrey a été faite sur ses notes manuscrites, aujourd'hui perdues. Après cette note descriptive viennent d’abord les dessins des deux frontons, puis ceux des métopes, ensuite ceux de la frise. Les figures de la tour des Vents occupent les feuillets 22 et 23, La feuille 24 est intitulée par Carrey lui-même: Ruine d'un édifice antique d'Athènes. J'en ai donné un fac-simile dans mon ouvrage sur le Parthénon, Ce sont les trois colonnes corinthiennes engagées dans les murs de l'église grecque la Megali Panagia, qui faisaient partie de ce grand ensemble que nous nommons Stoa d’Hadrien, « attendant une meilleure explication, On voit sur la feuille un bas-relief d'ornement, et sur la feuille 26 une frise interrompue par trois croix grecques entaillées, elle est intitulée Bas-reliefs représentés à Athènes AUTOUR D'UN PETIT TEMPLE ROND CHEZ LES CAPUGINS ; les mats, imprimés ici en capitales, sont biffés au crayon et remplacés par ceux-ci : À la principale église grecque, c’est-à-dire à la petite église, nommée

le Catholicon, construction du moyen âge, bizarrement composée de fragments de sculpture de toutes les époques, disposés sans art, mais avec assez de gout, et de manière à produire un effet agréable. Deux vues de la partie orientale d'Athènes ont été dessinées du sud par Carrey sur les deux feuilles 27 et 28, il les a intitulées lui-même, l’une,

Veue d'une partie de la ville d'Athènes, d'une porte et d'un édifice bastis par l'empereur Hadrien, et d'une partie

donnaient quelques aperçus , quelques vues som-

maires que Ceux-ci amplifiaient et rédigeaient, De

des environs de la ville ; l'autre : Veue d'une porte et d’un édifice antique d'Athènes bastis par l'empereur Hadrien avec une partie de la ville d'Athènes. Ces vues ne n'ont pas paru assez intéressantes pour être reproduites.

Ce recueil si important avait appartenu, comme on l’a vu, à M. Begon. Louis XV acheta sa collection. Le Prince mentionne cette augmentation de la biblicthèque du roi de la manière suivante : « En 1770, Sa Majesté fit aussi lacquisi- » tion du cabinet d’estampes de M. Begon, intendant de la » marine du roy, à Dunkerque. Cette collection avait été » formée par son aïeul mort en 1710. » (Essai sur la bibl., p. 235.) Michel Begon, né à Blois en 1638, était collectionneur par instinct, mais collectionneur distingué par le secours de bonnes études, de beaucoup de goût pour les arts et d'un esprit élevé. Nommé trésorier de la marine, à Toulon, en 1677, il a pu, par les devoirs de sa charge, se trouver en rapport avec M. de Nointel et le recevoir à son retour de Constantinople. Si les mêmes goûts les rapprochaïent, des carrières différentes les séparèrent. M. Beson fut nommé intendant des Antilles françaises. I] revint en France, et se trouvait en 1685 à Paris, lorsque M. de Nointel mourut. Il put donc acheter les pièces les plus intéressantes de la collection de l'illustre et pauvre ambassadeur; les dessins de Carrey en particulier, qu'il avait peut-être vus dans les mains de M. de Nointel à Toulon, et dont l’enthousiaste propriétaire lui avait fait comprendre limportance et le prix. Lorsque M. Begon, à son tour, mourut en 1710, sa collection s'était singulièrement augmentée et par ses acquisitions faites à Paris et par les relations que sa position officielle Jui permettait d'entretenir en tous pays. Depuis l’année 1685 il était intendant des galères à Marseille, et correspondait di-

là beaucoup de vague et peu d'originalité, M. de

Nointel était suivi de ses secrétaires, qui, sous sa

rectement avec tous les consuls du Levant. Le journal de l'ambassade de M. Girardin est rempli de ses lettres.

Vers 1716, Montfaucon, à la recherche des monuments dont il pouvait enrichir le grand ouvrage qu’il préparait sous letitre d’'Antiquité expliquée, furetait partout, et obtint de M. Begon fils l'autorisation de consulter la collection de son père. Il trouva lPalbum de Carrey, et il y puisa les dessins de deux métopes (n° 19 et 21 des métopes du sud, n°° 79 et 81 de la suite complète. Voyez mon ouvrage sur le Parthénon). Le graveur leur conserva très-bien le caractère du crayon de Carrey, et Montfaucon les publia dans son tome TI, pl. 1, n° 3 et 4, en y ajoutant cette remarque : « Une autre » image, qui nous a été communiquée, longtemps après les » deux autres, est tirée des bas-reliefs du temple de Minerve » d'Athènes que fit dessiner sur les lieux M. le marquis de » Nointel. — Ces deux figures sont fort anciennes, faites, à » ce qu’on croit, du temps de Périclès, qui fit bâtir le Par- » thénon, ou le temple de Minerve d’où on les a tirées. » Près d’un siècle se passa sans qu’on entendit parler de ce recueil, Caylus le cherchait vainement en 1764. (Voyez plus haut, p. 144, note I.) La collection de M, Begon était morte alors, faute d’un propriétaire qui sût lui donner la vie; mais en 1770 entrée dans le cabinet des estampes du roi, elle fut mise à la disposition de tous, et cependant personne ne parle des dessins de Carrey. Il est vrai qu'ils étaient perdus derrière quelques rayons. On les retrouva en 1797, et en 1812 M. Quatremère consulta de nouveau cet album et en reproduisit les dessins des frontons; d’autres après lui, et plus particulièrement M. Brônstedt, démontrèrent l'importance de ces dessins en s'appuyant sur eux,

comme sur un document authentique, dans les discussions

dictée, correspondaient avec le roi, avec le ministre

des affaires étrangères, avec la Porte et les agents

les plus graves, au sujet des questions les plus élevées de l’archéologie grecque. Jai dit comment je me décidai à reproduire exactement tous ces dessins, pour qu'ils entrassent désormais dans le domaine de l’érudition en échappant à toute chance de destruction.

Dans ce même département de la bibliothèque impériale, mais dans un volume de la topographie générale, intitulé Syrie, J'ai trouvé un grand dessin, aux crayons rouge et noir, qui représente une vue générale de Damas. Je ne pus méconnaître ni la ville orientale, ni la main de artiste, J. Carrey a fait ce dessin pendant le voyage de M. de Nointel en terre sainte, mais dans une expédition particulière, isolée, car l'ambassadeur n’a pas poussé ses pas de ce côté. Dans sa dépêche du 6 juin 1675 que J'ai citée plus haut, il annonce un tableau des eaux de Damas fait par l'un de ses peintres, c’est une autre vue du même lieu, mais qui ne s’est pas retrouvée Jusqu'à présent. J’ai parlé déjà de cette vue (voir plus haut, p. 120, note Let p. 134), et J'ai eu occasion de la citer dans mon Commentaire sur la Bible, en décrivant les travaux dont la terre sainte a été le sujet. (Entrod., p. xLzv, et note 1. Paris, folio, 1841.)

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