Journal des Savants. Janvier
.3. Revue archéologique. 1851.
Caryatides qui, évidemment, n’a jamais pu servir d’entrée au temple, nous paraît réunir toutes les probabilités, et par sa forme, et par sa position, et par le caractère de son architecture dans laquelle on voit figurer de grands denticules , ornements spécialement funéraires aux belles époques de l’art grec.
Sur les degrés communs à tout l’Érechthéion, s’élève de i‘",96 une sorte d’enceinte de grand appareil formant un soubassement et longue de 7™, 60 sur 3"’, 60 de profondeur. L’élégant entablement, haut de 0'",90, qui surmonte cette tribune, ne se compose que d’une architrave et d’une corniche. Par une exception unique, la frise a été supprimée, afin que, rendu plus léger, il ne parût pas écraser ses supports, en apparence plus faibles que des colonnes ou des piliers ; il est soutenu en effet par six caryatides, quatre de face et deux en retour. Ces figures, qui sont au nombre des productions les plus parfaites de l’art grec, ont 2"’, 33, compris la plinthe sur lac{uelle elles reposent et l’espèce de chapiteau qu’elles supportent. Dans ces jeunes filles, M. Beulé croit voir des Erréphores, pensant trouver dans le poids qu’elles supportent un souvenir du fardeau mystérieux que leur confiait la grande prêtresse ^ ; mais les Erréphores n’étaient que des enfants, au nombre de deux seulement, et il nous semblerait plus naturel, si l’on veut trouver dans ces figures autre chose que de simples caryatides ^ et les rattacher au culte de la déesse, d’y reconnaître les Canéphores qui figuraient également dans les cérémonies des Panathénées et qui étaient des vierges adultes, telles cjue nous les présente la tribune de rErechthéion. Si, sur ce point de peu d’importance, nous ne partageons point l’opinion de
1. i; Une circonstance m’a singulièrement étonné; je crois devoir la rapporter, parce qu’elle est peu connue. Deux jeunes filles, que les Athéniens nomment les Erréphores, logent à peu de distance du temple de Minerve, et même, durant un certain temps, elles y prennent leur nourriture. La fête étant arrivée, voici ce qu’elles font pendant la nuit. Elles prennent sur leur tête ce que la prêtresse de la déesse leur donne à porter; elles ignorent ce que c’est, et la prêtresse ne le sait pas elle-même. Il y a dans la ville, à peu de distance de la Vénus dans les jardins, une enceinte où se trouve un chemin souterrain ouvert par la nature; elles descendent par là, laissent au fond ce qu’on leur a donné, et elles reçoivent et apportent quelque autre chose élégamment couverte. On les congédie ensuite et on les remplace par deux autres jeunes filles qu’on amène dans la citadelle. »
Paosanias. .4ff. C. XXVII.
2. 11 est bien entendu que nous n’employons ici le mot canjatydes, xapéaTioec, que dans un sens purement architectural, et que nous ne faisôns nullement allusion aux jeunes prisonnières de Carya qui, suivant Vitruve (L. I, c. l), donnèrent leur nom à ce genre de support.