‹ Athenes (volume 2)Chapitre 114 sur 276 · T R I B U N E DES G A R V A T 1 Ü E S · texte numérisé non relu

T R I B U N E DES G A R V A T 1 Ü E S

M. Beulé, en revanche, nous ne saurions faire ressortir aussi bien que lui un des principaux mérites de ces figures célèbres. « Ce qu’il y a d’admirable, dit-il^, dans les vierges de l’Érechthéion, ce n’est pas seulement la sculpture (les opinions seront, je crois, unanimes pour les placer au premier rang parmi les antiques)^ c’est le caractère monumental qui les met en harmonie avec les lignes et le sentiment de tout l’édifice 2. Telle est l’entente des deux branches de l’art souvent séparées chez les modernes, toujours étroitement unies chez les Grecs : le sculpteur semble avoir subordonné son œuvre à celle de l’architecte ; l’architecte a tout calculé pour faire valoir les statues du sculpteur. De cette abnégation si intelligente est résulté un ensemble qui atteint la plus haute perfection que la science puisse rêver. »

Empruntons encore à un écrivain allemand quelques mots qui compléteront cette intelligente appréciation. « Dans les inscriptions, dit Hermann Hettner les caryatides de l’Érechthéion sont appelées xopat, jeunes filles. Avec quelle perfection l’artiste a su unir la plastique à l’architecture ! Pour que la masse ne paraisse pas trop pesante, le plafond du portique n’est pas chargé d’un toit et prend ainsi l’apparence d’un dais. Et ce dais, les vierges le soutiennent sur leurs têtes gravement et sans effort, comme si elles portaient des ustensiles sacrés dans la procession des Panathénées. Leurs formes puissantes, leurs nobles traits, les riches plis de leurs draperies, et surtout l’ampleur de leur chevelure luxuriante, sont rendus avec une vigueur et une liberté qui placent ces statues au premier rang des sculptures antiques; et cependant, sous aucun rapport, elles ne franchissent les limites de leur destination architecturale. Remplir leur office est pour elles un plaisir et non une fatigue; et l’on voit à la richesse de leurs formes que leur force musculaire n’est pas inférieure au poids qu’elles supportent. »

Des six statues, trois seulement étaient encore en place au moment de l’a.fïranchissement de la Grèce ; une quatrième était tombée pendant le dernier siège de l’Acropole ; la cinquième avait été emportée par lord

2. Aussi ne peut-on comprendre comment Leroy a cru devoir conclure, du silence de Pausanias, que le portique des Caryatides n’existait pas encore de son temps. Le style même, si essentiellement grec, de ces admirables figures ne suffit-il pas pour repousser absolument une telle supposition?

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